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Auvergne, portrait de la région

Publié le mardi 1er janvier 2008

AUVERGNE

L’Auvergne administrative est l’une des régions françaises les moins peuplées (1 310 000 hab. en 1999) ; elle est composée de quatre départements (Allier, Puy-de-Dôme, Cantal, Haute-Loire). Ainsi définie, par rapport à l’Auvergne historique, elle a annexé le Bourbonnais (Allier) et le Velay (Haute-Loire). Prolongement sud du Bassin parisien, elle s’organise autour d’un système de plaines (les limagnes), encadrées, à l’ouest comme à l’est, par de moyennes montagnes dont l’originalité relève largement de leur nature volcanique. Terre de tous les contrastes, l’Auvergne oppose de riches terres céréalières de plaine et des montagnes vouées à l’élevage. Sa réputation, désormais injustifiée, de ruralité profonde se heurte aux réalités d’aujourd’hui : celles d’une région industrialisée au-dessus de la moyenne nationale, touristique, urbanisée et bien groupée autour de la capitale régionale (Clermont-Ferrand, 410 000 hab. dans l’aire urbaine).

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Volcans et plaines L’Auvergne s’organise autour d’un couloir de plaines d’axe méridien, situé au sud du Bassin parisien et qui pénètre profondément au cœur du Massif central (Grande Limagne, Petites Limagnes, bassins tel celui d’Ambert). Ces espaces ont de tout temps constitué un ensemble de bonnes terres et un axe de circulation. Ces dépressions sont le fruit de mouvements tectoniques d’âge tertiaire. Le fond des fossés est descendu de plus de 2 000 mètres à l’aplomb de Clermont-Ferrand et une riche sédimentation s’est produite. Ce remplissage a été excavé à partir du début du Quaternaire avec l’établissement de nos climats actuels, provoquant le « creux » si visible dans la topographie. Mais, entre-temps, des manifestations volcaniques avaient eu lieu dans le fossé. Concentrées dans le sud de la Grande Limagne, elles donnent le paysage typique des buttes de la « Limagne bossue ».

Corrélativement à l’enfoncement des fossés, les bordures se sont exhaussées. Mais les modalités de cet exhaussement ont été différentes entre l’ouest, l’est et le sud-est. Côté ouest, les choses sont simples. Le rebord du fossé a été soulevé et porté en altitude. La table de roches cristallines plonge vers l’ouest en se raccordant aux plateaux limousins. C’est le domaine du relief en creux des Combrailles, né des vallées encaissées des affluents de l’Allier ou de la Dordogne. Cependant, le long d’un grand jeu de failles nord-sud, s’est épanoui le monde des volcans, chronologiquement du sud vers le nord. Le massif du Cantal (de - 22 millions à - 4 millions d’années) est un strato-volcan, caractérisé par ses cheminées et ses épanchements basaltiques qui surmontent de gigantesques épaisseurs de cendres. L’érosion fluviale a découpé ceux-ci en de vastes plans inclinés, rayonnant à partir des sommets (1 858 m au plomb du Cantal), séparés par des vallées profondes : les planèzes. Ces dernières constituent l’un des paysages caractéristiques de l’Auvergne, excellents pâturages l’été et domaine du ski de fond en hiver. Le Cézallier est une énorme galette de laves fluides dont les cheminées émergent à peine (de - 20 millions à - 2 millions d’années). Ce bastion perché (1 200 m) constitue un autre paysage typique de l’Auvergne, popularisé par l’exploitation touristique. On peut lui adjoindre l’Aubrac (situé au sud du Cantal), dont l’Auvergne administrative ne recouvre qu’une petite partie. Les monts Dore (de - 4 millions à - 250 000 ans) sont l’exacte réplique du Cantal, d’une superficie plus restreinte, mais qui offrent à l’Auvergne son point culminant (1 886 m au puy de Sancy). Enfin, le complexe volcanique est fermé, au nord, par la chaîne des Puys ou monts Dôme. Récents (de - 70 000 à - 3 500 ans), peu élevés (1 465 m pour le puy de Dôme), ils constituent un excellent musée des formes volcaniques simples. Les grands volcans ont connu une glaciation quaternaire, avec un inlandsis local qui a surtout laissé de belles traces grâce à ses langues terminales dans les vallées. Débordant sur le soubassement, il a aussi façonné le plateau de l’Artense (entre Dore, Cézallier et Cantal) en un véritable modelé scandinave.

Côté est, les choses sont également très simples. Le rebord du fossé a été porté haut en altitude (1 640 m dans le Haut Forez, à Pierre-sur-Haute), formant une véritable cloison avec les plaines du Forez ou entre les Petites Limagnes et le bassin d’Ambert (1 200 m en Livradois). Mais il n’y a pas eu de volcanisme et l’englacement a été des plus limités. Les formes lourdes dominent, accentuées par un reboisement intensif en résineux qui a grignoté peu à peu les hautes chaumes (pâturages d’altitude).

Au sud, la situation est plus complexe. Les Petites Limagnes sont fermées par le bastion de la Margeride, morceau de socle porté à 1 500 mètres et qui s’apparente au Forez. Au sud-est, le Velay se constitue autour d’un bassin central (Le Puy) qui a gardé quelques dépôts lacustres ou continentaux d’âge tertiaire. Sa bordure orientale a été fortement relevée, le rebord vivarais s’élevant à 1 600 mètres. Mais les cassures ont donné naissance à un volcanisme complexe et étalé dans le temps (de - 11 millions à 0,5 million d’années). Il oppose les pointements (sucs) du Velay oriental (Meygal et Meyzenc) aux tables basaltiques et aux cônes surbaissés du Devès (à l’ouest).

Céréales et élevage

Les paysages anthropisés de l’Auvergne sont encore largement le fruit des modes d’exploitation du cadre naturel. Ils opposent ainsi plaines et montagnes. Les plaines ont toujours été de bons pays, riches, tournés vers la culture. Ainsi, la Grande Limagne (et désormais les Petites Limagnes), caractérisée par son paysage d’openfield né sur ses excellentes terres noires (un chernozem), est-elle orientée vers la grande culture céréalière (assolement : céréales, betterave à sucre, cultures industrielles) de type Bassin parisien. Elle se spécialise dans la production de semences (maïs). Au nord, en Bourbonnais, après avoir connu les révolutions de l’herbe (passage de la polyculture à la culture de l’herbe), dans un cadre de bocage qui débordait largement sur ses bordures (Bocage bourbonnais et Sologne bourbonnaise), elle s’oriente vers les céréales et vers les cultures fourragères destinées aux animaux (élevage bovin de race charolaise, élevage ovin). Mais le monde des buttes a perdu sa prééminence ; autrefois le plus riche des finages de plaine, avec une gamme étendue de cultures étagées sur les pentes (prés, céréales, cultures industrielles pour la confiserie, vigne, arboriculture, terrains de parcours pour l’élevage), il se caractérise aujourd’hui par la « friche sociale ». La crise du phylloxéra au XIXe siècle et, plus encore, l’extension de Clermont-Ferrand, qui reprend un à un les anciens villages perchés, déjà très méditerranéens d’aspect, sont responsables de cette situation. Les « montagnes » corsètent le monde des plaines, avec lequel elles ont toujours vécu en symbiose, échangeant leurs productions, complémentaires (viandes, laits, fromages), au niveau de véritables lignes de bourgs et de villes de contact. Elles s’orientent vers un élevage bovin naisseur sur les plateaux et les montagnes cristallines. Mais des bassins de production laitière existent, structurés au départ autour du besoin des agglomérations (Clermont-Ferrand, Aurillac, Le Puy, Ambert...) ; ils alimentent aujourd’hui une industrie laitière importante (Yoplait à Clermont, 3A à Aurillac). L’originalité tient surtout aux grands massifs volcaniques, qui ont connu autrefois remues et transhumances vers leurs estives (alpages) et burons (chalets). Vallées en hiver, « montagnes » en été produisent aujourd’hui des fromages A.O.C. : bleu d’Auvergne, saint-nectaire, cantal et salers, auxquels il faut adjoindre la fourme d’Ambert élaborée au départ, quant à elle, sur les « jasseries » (estives) du Haut Forez.

Au total, le passé polycultural et désuet de l’Auvergne est donc bien mort, avec une agriculture spécialisée, souvent efficace, en fin de modernisation : rajeunissement des exploitants, croissance de la taille des exploitations (28 hectares en 1979, 50 en 2000), forte mécanisation, recherche de compétitivité ou, au contraire, passage à l’extensivité. Il ne reste de la polyculture que quelques fleurons, spécialisés et modernisés eux aussi, comme l’élevage ovin relancé dans les monts Dôme ou la production de lentilles (A.O.C.) dans le bassin du Puy.

Industrie et tourisme

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L’Auvergne, compte tenu du dispositif de son relief, humide obstacle aux vents d’ouest opposable à la sécheresse des plaines et bassins, a constitué très tôt, grâce à la force hydraulique, une « montagne atelier ». Au contact plaine-montagne se sont opérées des concentrations de villes pré-industrielles aux productions reconnues : papeterie, coutellerie à Thiers, fabrication de chapelets et tissage à Ambert, tissage encore et fabrication de lames et outils autour de Sainte-Sigolène (ces derniers lieux relevant d’une grande mouvance stéphanoise et lyonnaise), textiles, cuirs, papeterie, confiserie et pâtes de fruits à Clermont-Ferrand, parapluies et meubles à Aurillac, etc. Contrairement à une idée reçue, la région a connu elle aussi la révolution industrielle, grâce à ses ressources charbonnières, qui ont donné naissance à de véritables « pays noirs », certes réduits mais bien réels : bassin de Montluçon-Commentry, de Saint-Éloy-les-Mines, de Messeix, de Brassac-les-Mines... On y a développé, comme dans le Stéphanois voisin, de la sidérurgie, de la métallurgie lourde, de la chimie de base et du textile pour employer les femmes (du moins à Montluçon, le reste ne dépassant guère le stade charbonnier). Il en reste des paysages et des crises de reconversion vers la construction mécanique, électrique (Valeo à Brassac) et, dans une certaine mesure, vers le high-tech (Sagem à Montluçon). Mais, surtout, les villes se sont industrialisées après l’arrivée du chemin de fer, au milieu du XIXe siècle, qui a permis l’accès aux matières premières et aux marchés. L’exemple de Clermont-Ferrand est éloquent, puisque l’industrie du caoutchouc est née de la reconversion réussie d’industriels locaux, Michelin notamment. Et il ne s’agit pas non plus d’une mono-industrie : la métallurgie, la mécanique, le textile sont présents tout au long du XIXe et du XXe siècle.

Dès l’entre-deux-guerres, l’Auvergne bénéficie du repli stratégique d’entreprises qui voulaient s’éloigner des frontières (aciéries aux Ancizes, pharmacie à Vertolaye, construction mécanique et pyrotechnie à Vichy...). Enfin, dans les années 1960, la décentralisation parisienne atteint les villes du Bourbonnais, proches de la capitale (Moulins et Vichy) pour des fabrications légères (construction mécanique et électrique). Aujourd’hui, grâce à ces strates successives et à la rénovation des industries traditionnelles (le « tissage » ambertois de fibres optiques, le forgeage de Thiers, la plasturgie de Thiers ou de Sainte-Sigolène), souvent dans le cadre de systèmes productifs locaux (S.P.L.), le bilan industriel est varié et complet... à l’exception de l’industrie high-tech. Le taux d’emploi dans l’industrie (21,6% en 1999) est supérieur à la moyenne nationale. Mais l’Auvergne a connu également la révolution tertiaire au XIXe siècle. Elle s’est ouverte au tourisme grâce à ses stations thermales, développées dès le XVIIIe siècle. Celles-ci ont donné lieu, dans la montagne volcanique de l’ouest, à la création de stations touristiques polyvalentes (été-hiver) : le Mont-d’Or-La Bourboule, Besse, Super-Besse, Le Lioran. Leur problème est alors celui de la modernisation de l’outil de travail comme pour toutes les stations anciennes (montagnes, littoraux). Le tourisme d’espace (ou tourisme vert) s’avère, comme ailleurs, plus mobilisateur et fédérateur des énergies que réellement efficace en termes d’accueil. Parallèlement, la région connaît actuellement une véritable révolution des transports, avec un quadrillage solide de son territoire par le réseau autoroutier et un positionnement de carrefour qui se cherche encore, entre Moulins et Clermont-Ferrand, en termes de logistique nationale et européenne. Air France a installé à Clermont-Ferrand son deuxième hub régional. La région est donc tout, sauf enclavée... Quant à la révolution des services (privés et publics), elle a définitivement fait entrer l’Auvergne dans le IIIe millénaire, même si on regrettera l’absence des services les plus rares, réservés aux métropoles millionnaires.

Une Auvergne urbaine

L’Auvergne est une région urbanisée, à l’exception du Cantal entièrement centré sur le massif éponyme et qui compte encore 50% de ruraux. Les poncifs sur la ruralité auvergnate sont donc à remiser au rang des idées reçues, même s’il reste à cette région une image, imméritée, de ringardise dont elle n’arrive pas à se départir. Pourtant, autour de l’aire urbaine de Clermont-Ferrand (en 1999, 410 000 hab. de Riom à Coudes) à laquelle se soudent l’aire d’Issoire (30 000 hab.) et l’aire de Thiers (30 000 hab.), métropole régionale incontestée, s’établit tout un réseau fort de villes moyennes, comptant de 50 000 à 80 000 habitants : Aurillac , Le Puy-en-Velay , Moulins, Vichy et Montluçon. Celles-ci s’appuient sur un semis exemplaire de petites villes (de 2 000 à 20 000 hab.) pour structurer remarquablement la totalité de l’espace auvergnat selon un véritable modèle théorique, encore étoffé à la base par une extrême richesse en bourgs-centres. Industrialisé (un peu au-dessus de la moyenne nationale), bien doté en équipements tertiaires d’encadrement, ce réseau s’inscrit parfaitement dans la troisième couronne parisienne, plus que dans un ensemble lyonnais.

En effet, l’Auvergne n’est pas un désert, ni en montagne (20 hab./km2), ni en plaine (100 hab./km2). Elle a certes connu, après un maximum démographique à la fin du XIXe siècle, un exode rural fort, faisant considérablement baisser dans les montagnes des densités qui étaient autrefois exceptionnelles, proches du surpeuplement. Pour vivre, depuis le XVIIIe siècle déjà, il fallait migrer à temps pour chercher du travail à la saison d’hiver, ni l’agriculture ni l’industrie traditionnelle ne pouvant absorber les surplus de main-d’œuvre. L’émigration définitive et massive a vu partir les plus « riches », les plus jeunes, les plus doués ; la population restante en a perdu l’espoir, sa fécondité a chuté, elle a vieilli... La légère reprise de fécondité, de 1946 à 1965, n’a rien changé au fond et les jeunes nés après guerre sont partis à leur tour. Mais le désert ne s’est pas installé pour autant. Les paysages anthropiques sont maintenus par les fermes restantes, qui ont pu se concentrer ; les villages reprennent vie grâce aux résidences secondaires (ou au tourisme) ainsi qu’aux politiques de rénovation publique ; les bourgs-centres, en dépit de fortes pertes de substance en commerces et en services, sont encore nombreux et les petites villes bien présentes. Quant aux plaines, elles se sont fortement peuplées grâce à la croissance de leurs villes, recevant une partie des montagnards, mais surtout grâce à la fécondité urbaine. Et aujourd’hui, la population urbaine évolue selon le rythme national.

Finalement, avec 1,3 million d’habitants en 1999, l’Auvergne forme une terre contrastée, groupée autour de sa capitale régionale (dans une zone qui abrite près de 50% des Auvergnats avec Vichy incluse) et qui se sent plus parisienne que lyonnaise (sauf dans l’est de la Haute-Loire), le dispositif du relief favorisant ce rattachement. Elle est plus industrialisée que la moyenne nationale, avec une industrie variée (et un taux de chômage, 7,8% au premier semestre de 2003, sous la moyenne), des entreprises de toutes tailles, ouvertes sur le monde et souvent innovantes. Région touristique (également variée et complète), elle aspire à devenir un véritable carrefour national, voire européen.

Christian JAMOT

Bibliographie indicative

Auvergne, ouvr. coll., Christine Bonneton, Le Puy-en-Velay, 1985 L’Auvergne rurale, ouvr. coll., Ceramac, Clermont-Ferrand, 1990 J.-C. ÉDOUARD, Organisation et dynamique urbaines du nord du Massif central, Presses universitaires Blaise-Pascal, Ceramac, Clermont-Ferrand, 2001 J.-C. ÉDOUARD & C. JAMOT dir., L’Auvergne urbaine, Presses universitaires Blaise-Pascal, Ceramac, Clermont-Ferrand, 2002 C. MIGNON, « L’Auvergne », in A. Gamblin dir., La France dans ses régions, S.E.D.E.S., Paris, 3e éd., 2000.

article AUVERGNE de wikipedia.




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