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Dossier Chine : discours et points de vue, enjeux et perspectives

Publié le jeudi 13 septembre 2007

Chine – Bilan du Monde 2007

Désormais quatrième puissance économique mondiale après ajustement de la méthode de calcul de ses agrégats en décembre 2005, la Chine a vu sa croissance s’accélérer en 2006. Les prévisions tablent sur au moins 10,5 % de progression du PIB pour 2006, contre 10 % en 2005, année où le PIB avait atteint 1,75 trillion d’euros, selon les chiffres révisés publiés en août dernier. Le PIB devrait donc approcher 1,94 trillion d’euros. Sur la base du PIB par habitant, la Chine se situait en 2005 au cent-dixième rang mondial, avec 1 310 euros. Cinq ans après l’accession de la Chine à l’OMC en décembre 2001, les indicateurs qui mesurent son intégration dans l’économie mondiale ont déjoué les prévisions les plus optimistes. Les surplus commerciaux ont ainsi dépassé, dès septembre, le niveau record de 2005, soit 82,7 milliards d’euros. L’excédent commercial chinois devrait s’établir entre 120,3 et 135,3 milliards d’euros en 2006 : il est perçu de plus en plus comme structurel, et non comme une anomalie passagère. En 2006, la Chine devrait dépasser les Etats-Unis comme deuxième exportateur mondial, avec près de 722,1 milliards d’euros de produits exportés. Une première. L’évolution est également qualitative, car la Chine est, depuis deux ans déjà, le premier exportateur mondial de produits des technologies de l’information. Cette remontée de la chaîne de la valeur ajoutée est encouragée par l’Etat, et stimulée par des dépenses en R&D qui ont été en 2006 de 103,8 milliards d’euros selon l’OCDE, les deuxièmes du monde, devant le Japon et derrière les Etats-Unis. L’explosion de ses échanges commerciaux avec le reste du monde signifie pour l’économie chinoise une dépendance accrue vis-à-vis de la demande globale : avec un commerce extérieur et des exportations qui représenteront en 2006 respectivement 70 % et 37 % du PIB, la Chine est la plus exposée des grandes économies, notamment à un ralentissement américain. En outre, la nouvelle donne politique aux Etats-Unis depuis l’automne laisse envisager un front anti-chinois plus virulent, qui pourrait se traduire par une législation contraignante en vue de freiner le creusement du déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine : celui-ci devrait dépasser, en 2006, le record de 152 milliards d’euros de l’année précédente. L’autre conséquence est que les surplus commerciaux, ainsi que l’investissement étranger, ont dopé les réserves monétaires chinoises au-delà du trillion d’euros en octobre, soit 25 % de plus qu’en 2005 et ceci alors que l’inconvertibilité du yuan interdit toute fuite de capitaux. Placée en majeure partie en bons du Trésor américain, cette manne a aussi facilité les investissements stratégiques de la Chine à l’étranger, surtout dans l’énergie, ainsi qu’une aide au développement de plus en plus visible dans des régions riches en ressources naturelles. Après une série de visites officielles de Hu Jintao et Wen Jiabao en Afrique, la Chine a convié en novembre à Pékin 48 pays africains pour un sommet sino-africain à grande échelle, avec des aides massives à la clé. Les investissements directs étrangers en Chine devaient se stabiliser en 2006 au niveau des années 2004 et 2005, soit 45,1 milliards d’euros, mais ces chiffres excluent les participations stratégiques dans les banques chinoises, ainsi que les milliards de dollars levés par celles-ci à la Bourse de Hongkong. Ce phénomène témoigne que la « fièvre chinoise » touche les investisseurs du monde entier. A la suite de la Construction Bank of China en 2005, la série d’introductions en Bourse s’est accélérée avec celles de deux des quatre grandes banques chinoises : la Bank of China en juin, puis l’ICBC (Industrial and Commercial Bank of China), la première banque chinoise, le 27 octobre, à Hongkong et Shanghaï. Surtout, il s’agissait de préparer le secteur à l’ouverture totale du marché bancaire chinois, fixée au 11 décembre 2006 et très attendue par les établissements étrangers. Une ouverture loin d’être sans condition : des règles prudentielles contraignent les banques étrangères à capitaliser leur filiale en Chine à pas moins de 100 millions d’euros. Plusieurs mesures de resserrement du crédit ont été prises dans le courant de l’année, dont, à deux reprises, une hausse des taux directeurs. Mais cela n’a pas été suffisant pour remédier à la surchauffe l’investissement productif, qui devrait former cette année 45 % du PIB, et a augmenté à un rythme soutenu, bien au-delà des objectifs officiels. « Les grands travaux » d’infrastructures, notamment à destination des régions centrales et occidentales du pays (barrages, autoroutes et chemins de fer), moins développées, contribuent à ce déséquilibre. En outre, ils créent des gaspillages et nourrissent la corruption. En exacerbant les surcapacités et les risques de défaut de crédit, le surinvestissement ponctionne les ressources au détriment de la consommation, qui reste le parent pauvre de l’économie, à 52 % du PIB. Il existe aussi un découplage flagrant entre la politique économique telle qu’elle est conçue au centre, et son application dans les régions celles-ci fonctionnent comme des monopoles locaux qui, au lieu de respecter les consignes de refroidissement, cherchent à se concurrencer entre eux et à s’enrichir davantage. A cet égard, le scandale des détournements de fonds qui a éclaté au grand jour à Shanghaï au cours de l’été 2006, marque un tournant. L’exemple ne pouvait être mieux choisi, car Shanghaï est la plus sophistiquée des économies régionales et le foyer d’une bulle immobilière qu’aucune mesure ne parvient à enrayer. La révélation que l’argent des fonds de pension de la ville finançait des projets immobiliers de promoteurs proches du pouvoir a conduit fin septembre au premier limogeage depuis dix ans d’un membre du Politburo, Chen Liangyu, le secrétaire général du Parti communiste de Shanghaï et son véritable patron. La purge a une signification politique : elle permet à Hu Jintao de neutraliser la « clique de Shanghaï », les affidés de l’ancien président Jiang Zemin, dont la ville fut le fief. Mais l’audit mené par les inspecteurs de la Commission disciplinaire centrale du Parti a impliqué plusieurs hommes d’affaires en vue et jusqu’au chef du Bureau national des statistiques, levant le voile sur une collusion généralisée, qui fausse le jeu du contrôle macro-économique et détourne les retraites de la population. Car Hu Jintao et son premier ministre Wen Jiabao, qui mènent bataille sous la bannière de « la société harmonieuse », sont mis en difficulté par l’accroissement des inégalités sociales. Une partie croissante de la population se sent flouée par les, petits et grands arrangements que permet « l’économie de marché » à ceux qui ont le pouvoir. C’est le cas des campagnes chinoises, qui ont été au centre des débats lors du Congrès national du peuple de mars 2006 et la cible de diverses aides à dose homéopathique au regard de leurs besoins. Selon les statistiques officielles, le revenu disponible des paysans se serait accrû de 11,4 % sur les neuf premiers mois de l’année. Les jacqueries paysannes en réaction aux spoliations de terres ont pourtant monté d’un cran, puisqu’elles ont conduit en 2006 à plusieurs prises d’otages. Un désarroi diffus gagne aussi les habitants des villes, qui, inquiets des bas salaires, du manque de couverture sociale et du niveau élevé de l’immobilier, épargnent plus qu’ils ne consomment. La campagne anti-corruption qui a suivi le scandale de Shanghaï satisfait une soif de justice immédiate, sans remédier aux dérives d’une gestion non démocratique des affaires publiques et privées. La situation de l’emploi est plus que jamais fragile. Les quelque 150 millions de travailleurs migrants qui travaillent dans les usines de « l’atelier du monde » sont à la merci du moindre ralentissement des exportations. Brice Pedroletti

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