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Epistémologie : article géographie partie 5

Publié le lundi 10 décembre 2007

5. Une science à part entière ? Un guide de l’action territoriale Le désir de se singulariser par rapport aux autres sciences et aux autres thèmes d’enseignement, tant dans les universités que dans l’enseignement secondaire, et surtout le souci de se placer avantageusement dans le cadre des institutions de recherche ont poussé les maîtres de la géographie, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, à se recommander des méthodes et de la référence des « sciences de laboratoire ». Premier effet, lourd de conséquences, le détachement des sciences historiques, qui ne figurent plus qu’à titre accessoire dans les études supérieures de géographie, et la préparation de la nouvelle « agrégation de géographie » créée en 1943. On organise les premiers « laboratoires » de géographie, à l’instar des sections scientifiques, avec un appareillage emprunté aux sciences physiques et aux sciences de la nature et un entourage de techniciens traitant des échantillons extraits du milieu naturel pour fournir l’explication par des lois naturelles des phénomènes de la géomorphologie et de la morphogenèse. On introduit en même temps le « langage » mathématique, qui, synchroniquement, trouve sa place dans diverses autres sciences humaines, surtout l’économie, mais aussi la sociologie. La question se pose désormais de savoir s’il y a une ou plusieurs géographies, et si l’on peut toujours se prévaloir du titre de géographe sans le faire suivre d’une épithète restrictive quant à la compétence, mais qualificative sur le plan sectoriel de l’approfondissement de la recherche spécialisée. La différenciation, qui était circonstancielle à l’occasion de la participation à des commissions constituées au sein des comités nationaux de géographie ou de l’Union géographique internationale pour rassembler en un temps donné une somme de connaissances sur un objet particulier et promouvoir des recherches sur ce thème (habitat rural, morphologie littorale ou agriculture tropicale...), devient définitive, et les réunions professionnelles ou les congrès ne sont plus que des rassemblements de spécialistes qui ne se rencontrent que lors de la cérémonie officielle d’ouverture et du banquet de clôture. De nouveaux moyens d’information au service d’une géographie utilitaire Par un phénomène de convergence, la géographie évolue de façon similaire, sinon identique, dans d’autres pays, mais dans un contexte généralement beaucoup plus pragmatique, sauf en Italie. À côté de l’académisme et du scientisme français se développe une géographie pratique qui retrouve et affirme sa vocation de fournir les éléments de maîtrise de l’espace. La géographie est appelée, concurremment avec d’autres disciplines, à fournir des informations aux planificateurs de l’espace à des échelles diverses allant du remembrement rural, de la restructuration des quartiers urbains, de la stabilisation de topographies fragiles (géographie des « versants ») à l’économie régionale de l’eau ou à l’organisation de l’espace régional et continental dans les pays en voie de développement. Certes, la recherche de l’explication de la dynamique de l’espace est toujours indispensable, mais elle n’est plus une fin en soi ; elle est un moyen de définir les actions des programmes. Le pragmatisme anglo-saxon a donné sa forme la plus expressive à cette nouvelle application de la géographie dans les opérations de town planning et de land planning et, tout naturellement, le vocable de « géographie appliquée » est apparu dans le langage des géographes. Simultanément, l’arsenal des moyens de collecte et de traitement de l’information s’est enrichi très rapidement, grâce à la mise en œuvre de techniques nouvelles communes à toutes les disciplines scientifiques. Les méthodes de la cartographie ont bénéficié successivement des apports de l’interprétation de la photographie aérienne et de la constitution du stock encore très imparfaitement exploité des images recueillies par satellite. L’appesantissement des appareils d’État a accru dans des proportions considérables le nombre des informations statistiques, encore que celles-ci soient recueillies à des fins administratives et non spécifiquement scientifiques. Le traitement appelait l’usage de nouvelles méthodes mobilisant un matériel hautement spécialisé fourni par les applications de l’électronique. L’informatique est devenue un instrument d’une puissance exceptionnelle de traitement, de classification et de stockage des données, imposant de nouvelles méthodes d’approche et de travail. Par une déviation dangereuse, elle tend à substituer le modèle à la réalité objective dans toutes ses variables mesurables - et non mesurables. Et l’expression même de l’analyse tend à substituer le modèle d’observation ou le modèle opérationnel à l’enquête multiforme et exhaustive et à l’image complète des tendances et des perspectives. Crise méthodologique, qui est un effet de miroir d’une économie et d’une société techniciennes sur la problématique et le déroulement de la recherche. Comme toute crise, elle se traduit par des exagérations dans l’usage des nouveaux moyens de connaissance, dans la systématisation des résultats, mais aussi par des rectifications de la démarche qui, sans être toujours exemptes d’un certain passéisme, assurent, à terme, l’ajustement des méthodes à l’objet. La géographie ne peut rester étrangère à la révolution des techniques d’acquisition de la connaissance, mais, sous peine de disparaître, elle doit les maîtriser et les assujettir à sa propre finalité. Or il n’y a pas de contradiction fondamentale entre l’accès à une information d’une densité inconnue jusque-là et la destination de la géographie, qui est la prise de conscience de toutes les formes de rapports conditionnant l’existence des hommes sur la Terre. Bien au contraire, l’accumulation de données diversement corrélées est la base même d’une approche globale des phénomènes et de leurs relations permanentes et épisodiques. Elle comporte ses limites circonstancielles dans la mesure où tout n’est pas accessible au matériel dont on dispose. Elle est infiniment riche, mais elle est ouverte, et c’est dans ce sens que la science reste toujours un domaine de curiosité et d’innovation. Et, dans la démarche scientifique, on retrouve, à un degré nouveau, le processus alternatif de l’assimilation de techniques nouvelles et de leur apport et de la découverte ou de la redécouverte de méthodes complémentaires et correctives. L’évolution de la géographie dans ces mêmes pays anglo-saxons, qui ont contribué à un bond qualitatif des méthodes d’analyse, est significative à cet égard. Si R. J. Chorley en Angleterre, Bryan Berry aux États-Unis ont introduit radicalement la « modélisation » des données et jusqu’à la modélisation de l’image géographique, il est apparu assez vite qu’il y avait risque de décollage entre des modèles reposant sur un ensemble incomplet de données et la réalité, plus encore la dynamique des sociétés. Du moins le mérite de ces initiatives a-t-il été de mettre un terme à l’hyperspécialisation sectorielle qui isolait le chercheur de la notion fondamentale des ensembles en redonnant à ceux-ci la valeur essentielle. On sait aujourd’hui qu’il faut travailler empiriquement en aval et en amont de l’information mécanisée. En amont pour enrichir en diversité et en qualité la collecte des données et l’élaboration des hypothèses préalables au traitement informatique, en aval pour confronter l’information traitée, les corrélations numériques, avec la réalité et les systèmes de relation effectifs, la compléter en prenant en considération tout ce qui a échappé à la collecte parce que ne répondant pas à ses techniques d’accès. L’enquête, l’observation retrouvent leur place dans une démarche scientifique ouverte qui est à la fois simplifiée et densifiée par la préélaboration de matériaux d’un type nouveau qui, comme tous les matériaux, doivent être soumis à un inventaire critique et non adoptés comme connaissance finie. Le modèle n’est qu’un instrument d’approche simplificateur et imparfait qui prend sa place dans l’ensemble documentaire du géographe, mais, en aucune manière, ne saurait se substituer à son propre travail et moins encore à ses conclusions. L’intérêt énorme des moyens informatiques est de fournir un traitement exhaustif des données, mais l’ordinateur les prend telles qu’elles sont, c’est-à-dire dans leur insuffisance propre et souvent dans leur finalité ascientifique, tant il demeure vrai que la collecte officielle des données qui servent à la constitution du matériel scientifique est biaisée par leur nature même. La mise sur orbite de satellites capteurs d’images de la surface du globe a renouvelé les méthodes de la cartographie et ouvert diverses perspectives à l’analyse géographique d’images inédites. La connaissance des facteurs météorologiques des climats et des types de temps, la diversité des sols et de leur contenu hydrique, la géographie des mers et des zones côtières, des flux d’alluvionnement, la répartition des troubles dus à la pollution bénéficient de l’exploitation des images fournies à l’échelle continentale, semi-continentale ou régionale. Mais on dispose désormais d’images à grande échelle permettant l’analyse des phénomènes d’ordre local : parcellaire, réseau de communication, habitat, tous les éléments du « paysage ». Suivant les techniques de prise de vue, elles peuvent être utilisées à des fins diverses. Il convient donc d’acquérir des méthodes de mobilisation et de lecture des données : un nouvel apprentissage de l’information géographique, qui appelle un équipement spécial de laboratoires appropriés et l’organisation des relations avec les organismes de prise de vue, une nouvelle démarche de la recherche et de l’expression géographiques. Des thèmes nouveaux et des méthodes nouvelles plus qu’une « nouvelle géographie »




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