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Epistémologie : article géographie partie 2

Orientations & méthodes
Publié le jeudi 8 décembre 2005

Unité et fragmentation de la géographie Quoi qu’il en soit, les deux géographies générales paraissent se distinguer par leurs méthodes au point qu’en effet une rupture peut se produire. Elle a eu lieu dans quelques pays ou universités à l’étranger. Elle est même souhaitée par certains géographes. Il en est en France qui ont affirmé, avec ou sans nuances, qu’il n’y a de géographie que la géographie humaine, que « la recherche de l’explication des particularités du milieu naturel n’est qu’un secteur auxiliaire ou complémentaire de recherche ». Or, c’est justement cette exclusive qui rompt l’unité de la géographie. Aussi bien est-elle contraire à toutes les traditions de la géographie depuis ses origines les plus anciennes, ainsi qu’aux conceptions admises tant dans les organisations internationales que dans les pays où est pratiquée la recherche géographique. L’homme, certes, est un élément essentiel du paysage. Mais on doit constater qu’il n’occupe pas entièrement la surface du globe et que le domaine de la géographie ne saurait se confondre avec l’œkoumène, le monde habité. Les étendues vides d’hommes des inlandsis et des Barren Grounds, des très hautes montagnes, des déserts chauds ou des grandes forêts, taïga froide ou forêt toujours verte des tropiques humides, les mers elles-mêmes et leurs fonds relèvent de la géographie. Leur connaissance et leur explication sont nécessaires à la compréhension des régions voisines. Et comment établir des barrières spatiales à l’intérieur du domaine géographique, la surface du globe ? De même qu’on ne peut expliquer correctement un relief en ignorant la bioclimatologie ou les actions anthropiques, de même on ne saurait aborder des recherches de géographie agricole, par exemple, sans une connaissance exacte de la même bioclimatologie, charnière la plus solide entre les deux géographies générales, mais aussi sans la connaissance de la géomorphologie dynamique (étude des processus, distincte de celle des facteurs structuraux ou paléogéographiques). En outre, comment rechercher des barrières entre les domaines géographiques à une époque où l’on assiste à une double évolution ? Le peuplement de la Terre tend à se concentrer dans les espaces actuellement les plus utiles, les déserts sont abandonnés par les nomades, les montagnes par les groupes humains qui avaient su faire usage des étapes bioclimatiques et aménager les versants, car bédouins et montagnards ne peuvent espérer améliorer leur économie et leur niveau de vie autant que les habitants des plaines urbanisées, sans des reconversions dont ils ne sont pas capables, ou qui sont actuellement impossibles. Mais, par ailleurs, le monde se rétrécit dans la mesure où les moyens de communication se perfectionnent et s’accélèrent, où les besoins en matières premières augmentent. L’homme a besoin de connaître dans sa totalité cette Terre qu’il occupe partiellement. Il s’alarme de l’accroissement démographique, car il n’est pas assuré d’augmenter les productions nécessaires à une alimentation encore souvent déficiente, ou à une industrie qui risque de manquer de matières premières. Il s’effraie, car il s’aperçoit qu’il est capable de rendre la Terre inhabitable en polluant l’air et les eaux, continentales ou maritimes, que les sols s’érodent, qu’il ne sait où rejeter les déchets radioactifs. Dans la mesure où s’accélèrent les découvertes techniques, son domaine, la Terre, lui apparaît plus rétréci, plus mesuré. Il y annexe ou veut y annexer la Lune et les planètes. Et c’est au moment où l’œkoumène se confond sinon avec la surface entière du globe, du moins avec la surface utilisable, au moins éventuellement, où aucun point, même sous-marin, ne demeure scientifiquement et techniquement indifférent, où enfin la connaissance du milieu physique apparaît plus nécessaire encore à l’homme développé qu’à l’homme de Neandertal, c’est à ce moment que l’on proposerait d’abandonner une section essentielle de la géographie ! Si l’on admet que telle région peut éventuellement intéresser l’homme comme frange pionnière ou comme source de matières premières, va-t-on limiter son étude et les méthodes de recherche en décidant que certaines méthodes utilisées par les sciences physiques, chimiques ou naturelles ne sont pas géographiques ? C’est la négation même, non seulement de la géographie, mais aussi de la recherche scientifique en général. Toute exclusive en sens inverse, à l’égard de l’usage des statistiques ou d’enquêtes sociologiques ou ethnologiques, sous prétexte qu’elles ne sont pas géographiques, serait aussi dommageable à la géographie humaine ; il est impossible, par exemple, de comprendre un terroir africain sans connaître la structure familiale, non plus que la répartition des entreprises et leur activité dans un pays développé sans connaître l’organisation sociale et politique qui détermine les investissements de capitaux. Si l’on a tenté une dichotomie entre les deux géographies générales, on a également tenté d’opposer les géographies générales et la géographie régionale, de rechercher une sorte de hiérarchie en faveur des unes ou de l’autre. La géographie régionale peut apparaître comme l’orientation de la recherche géographique qui permet de définir le plus clairement la spécificité de la géographie par rapport aux autres sciences. C’est aussi la plus délicate parce que le régionaliste doit manier le plus grand nombre de données physiques et humaines, rechercher leurs relations, déterminer les principales, les plus caractéristiques, les plus stables ou les plus dynamiques. Le souci d’isoler la géographie régionale, quel que soit le rang qu’on lui accorde, apparaît peu justifiable. On ne peut définir les traits spécifiques d’une région qu’en appliquant une méthode comparative et en ayant recours à des données générales, à des références sur les discontinuités spatiales, acquises ou résultant de dynamismes inégaux. En sens inverse, les géographies générales ne se nourrissent-elles pas d’exemples régionaux, comme si l’étude régionale était à la fois le début et la fin de toute géographie ?




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