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Epistémologie : article géographie partie 2

Orientations & méthodes
Publié le jeudi 8 décembre 2005

Liens avec les sciences voisines Si limiter la géographie à l’une de ses sections apparaît contraire à sa définition même, du moins peut-on s’attacher à préciser ses limites avec les sciences voisines, à définir ses méthodes propres ou seulement son objet. Beaucoup de géographes s’y sont efforcés, surtout en géographie humaine. En effet, les difficultés sont moindres en géographie physique. La géomorphologie est proche de la géologie. Les géologues considèrent du reste souvent la géomorphologie comme relevant de leur domaine. La climatologie, comme l’hydrologie, ont des rapports non moins étroits avec la physique du globe, la météorologie, la biogéographie avec la biologie végétale et animale et la pédologie. Dans chaque cas, les méthodes sont les mêmes. Mais le géographe recherche de façon beaucoup plus systématique les relations entre les divers phénomènes et leur répartition spatiale. Une délimitation des disciplines n’apparaît pas nécessaire. Un géologue peut faire œuvre de géomorphologue et un géomorphologue œuvre de géologue, mais une carte géomorphologique ne ressemble pas à une carte géologique : celle-ci montre des roches caractérisées par un âge, un faciès, une genèse, des déformations tectoniques. La carte géomorphologique indique des formes liées certes à la structure, mais ici surtout à la lithologie, aux processus révélés par des dépôts superficiels et des altérations, corrélatifs, aussi importants qu’ils le sont peu pour le géologue, à une chronologie qui se rapporte généralement à des périodes récentes. Si, entre les sciences naturelles, les méthodes sont communes et les objets reconnus comme voisins, le souci d’établir des limitations précises apparaît bien formel... et débilitant. Il ne l’est pas moins en géographie humaine. On s’est ingénié pourtant à fixer des barrières entre géographie et démographie, sociologie, économie parce que des conflits se sont manifestés entre ces disciplines. On a pu alléguer que le sociologue se soucie de groupes humains qu’il analyse en profondeur en isolant des caractères particuliers, famille, religion, activité économique ; le géographe, lui, replace le groupe dans son espace - dans son milieu - et en recherche les relations extensives, globalement. L’économiste s’intéresse aux mécanismes, aux règles, aux lois générales qu’il peut tenter d’exprimer en formules mathématiques abstraites, en « modèles », voire en règlements. Le géographe procéderait à des analyses concrètes, s’efforcerait de préciser les liens des données entre elles, insisterait sur les résultats visibles, vivants. En somme, ces délimitations apparaissent contestables aux sociologues et aux économistes. Elles se révèlent en tout cas peu claires et peu utiles. Elles résultent de rivalités qui n’ont que des rapports quelque peu lointains avec la recherche scientifique. Un domaine gigantesque Vouloir délimiter le domaine de la géographie est donc une tentative décevante et vaine. Les liens de la géographie avec les autres sciences naturelles ou humaines sont évidents. C’est sur eux qu’il faut insister et sur une collaboration de plus en plus nécessaire, tant dans les sciences naturelles que dans les sciences humaines. Il n’en est pas moins vrai que le domaine de la géographie est d’autant plus gigantesque qu’elle est à la fois science naturelle et science humaine. On comprend aisément le besoin de limitation du domaine géographique et, par suite, de délimitation. Mais on le comprend chez un individu qui prétend tout savoir et tout suivre. C’était encore possible avant la Seconde Guerre mondiale pour une personne très douée. Ce n’est plus possible dans aucune discipline. Ainsi s’expliquent les spécialisations inévitables et nécessaires : le progrès scientifique résulte de moins en moins de démarches individuelles, bien qu’elles ne soient pas négligeables, tant s’en faut, dans les zones pionnières, les secteurs ou les régions peu parcourus. Les tentatives de limitation résultent en fait de traditions archaïques dans la conception et l’organisation du travail dont, en France, la thèse de doctorat et l’enseignement universitaire sont devenus les symboles. La documentation énorme doit être assemblée et traitée sur les plans national et international par ordinateurs. La recherche doit être organisée par groupes, laboratoires, équipes plus ou moins spécialisés et dont on peut imaginer des types divers sans que, pour autant, la géographie risque de perdre son unité. Car le travail des groupes peut être organisé, coordonné, voire planifié nationalement et internationalement. Le domaine géographique apparaît également gigantesque parce que la géographie ne peut, en somme, se définir ni par son objet ni par ses méthodes, mais plutôt par son point de vue. La méthode géographique par excellence, comme celle de toutes les sciences dites exactes, est une méthode inductive : établissement des faits d’abord, interprétation et théories ensuite, dans la mesure où les faits sont établis. Car c’est bien dans l’établissement, non pas tellement du fait brut qu’apparaît le point de vue géographique, mais plutôt de faits connexes qui sont liés dans l’espace, la succession temporelle et la série logique en groupements, de formes de relief, de types de temps, de végétaux, d’individus en sociétés, producteurs, consommateurs, villageois ou citadins, etc. Ces groupements sont si complexes que l’explication n’est jamais simple. Lorsqu’elle est simple, on peut être assuré qu’elle est incomplète et sujette à révision. Elle suppose une interprétation du géographe, un choix entre les facteurs selon qu’ils paraissent plus ou moins déterminants. La difficulté de l’explication, l’arbitraire du choix ont eu pour résultat que, souvent, la géographie a été plus descriptive qu’explicative et est apparue peu rigoureuse par comparaison avec d’autres sciences physiques ou naturelles, ou même des sciences dites humaines, comme l’économie ou la démographie : leurs données de base sont chiffrées et leurs résultats, quantifiables, apparaissent plus précis. En effet, les géographes ont hésité à chiffrer leurs données : ou bien ils n’ont pas confiance dans les chiffres, car ils en suspectent les méthodes d’enregistrement, ou bien ils pensent que les faits géographiques sont trop complexes pour être mis en formules. Il se peut aussi qu’ils n’aient pas confiance en eux-mêmes, en leur capacité d’utiliser correctement les données quantifiées.




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