dans la marge le site

Accueil du site Géographica Espace etudiants Epistémologie : article géographie - introduction

Epistémologie : article géographie - introduction

Publié le jeudi 8 décembre 2005

Le grand public, souvent mal informé par l’enseignement reçu dans les classes primaires, et même secondaires, voire par la radio, croit que le géographe doit avoir beaucoup de mémoire, connaître le nom et l’altitude des montagnes, le nom et la longueur des fleuves et de leurs affluents, les chiffres de population des États et des villes ou ceux de productions agricoles et industrielles. C’est là évidemment une caricature. Nomenclature et chiffres peuvent être trouvés par quiconque dans les dictionnaires, les atlas et les cartes qui sont conçus à cet usage. On appelle parfois ces cartes « chorographiques ». On s’imagine aussi qu’une étude géographique, du moins régionale, sous prétexte d’analyser les rapports entre le milieu physique et l’homme, consiste à énumérer des données dans un ordre stéréotypé et immuable : structure géologique, relief, climat, hydrologie, végétation, peuplement et population, activités et productions, échanges accompagnés ou précisés par d’innombrables chiffres. Cette ordonnance peut subir des variantes, elle n’en est pas moins encore une caricature. Car les données successives sont empruntées à d’autres disciplines (géologie, météorologie, hydrologie, biologie et pédologie, démographie et histoire, ethnosociologie, économie et techniques diverses). Le géographe apparaît comme un pillard, un parasite, et son apport scientifique propre indiscernable. Pourquoi le prendrait-on au sérieux, hors des bancs de l’école ou de l’université ? Ailleurs, il est vrai, dans des sociétés savantes et des académies de nombreux pays, y compris la France, on fait une distinction entre cette géographie scolaire et la vraie géographie qui serait mathématique et cartographique. Cette distinction date de l’Antiquité et de la naissance même de la géographie comme science. La géographie scientifique était l’étude mathématique de la Terre considérée soit comme une planète du système solaire dans un monde étoilé, fixe ou mobile, soit comme un ensemble de continents, d’îles et de mers dont les formes devaient être définies et cartographiées grâce à des coordonnées précises ; les caractères de son atmosphère, de sa biosphère et de sa lithosphère devaient être décrits, si possible expliqués, par les méthodes de la physique. À côté de cette géographie scientifique s’est développée, depuis Homère, une géographie descriptive qui collectionnait volontiers les curiosités des reliefs, des climats, des animaux et des plantes, des peuples et des villes, décrivait des itinéraires, en inventait parfois. La géographie arabe, puis celle qui est issue des grandes découvertes, ont maintenu et développé cette double tendance qui se manifeste encore. La géographie mathématique est, en France, la géographie des polytechniciens, d’une section de l’Académie des sciences, de l’Institut géographique national qui fait les cartes. La géographie narrative et pittoresque est celle des voyageurs en quête d’aventures, d’incidents, de sensationnel, celle de pseudo-explorateurs à la recherche des derniers « blancs » de la carte (hélas ! il n’y en a plus, remplis au moins par des photographies prises d’avion ou de satellite), celle des journalistes répondant au double objet estimable de révéler un monde rétréci et d’aider au dépaysement photographique de masses intoxiquées par la vie de bureau et d’usine ! Entre ces conceptions traditionnelles, il est malaisé de faire connaître une conception qui a été précisée depuis le XVIIIe siècle, et surtout depuis le XIXe, dans les sociétés de géographie intéressées aux voyages de découvertes et, de plus en plus, dans les universités. Universités dites des lettres, ou de philosophie, dans certains pays, des sciences dans d’autres, concurremment dans les deux ailleurs encore, car la géographie a du mal à trouver sa place dans une classification des sciences où, longtemps, elle ne fut pas comptée. Là où elle est considérée comme science « exacte », la géographie économique ou humaine passe au second plan. Là où elle est qualifiée de science humaine, c’est la géographie physique qui risque d’être négligée, comme, dans les deux cas, la géographie régionale. Du moins cette géographie répond-elle à la définition initiale : une description et une explication de l’espace terrestre.




repondre à l'articleimprimer l'article






Plan du site avec articles.
RSS 2.0

Mes autres sites :
 Bibliathèque
 Pensée libre
 Little Romania
 Musiques et Mots
 Le Blog à Jean-mi