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Epistémologie : article géographie parties 6 & 7

Publié le lundi 10 décembre 2007

La géographie humaine est donc interrogée politiquement à plus d’un titre. Marquée durant les époques impérialistes par des conceptions coloniales, la géographie politique a fini par être déconsidérée à cause de son engagement unilatéral au profit des impérialismes. Yves Lacoste a pu écrire en 1976 : « La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre ! » En 1984, Daniel Dauvois et Jacques Lévy répondent en précisant : « La guerre, ça sert aussi à faire la géographie. » La controverse engagée témoigne du besoin de clarification, d’autant plus que le fascisme n’a pas amélioré la situation, bien au contraire : la géopolitique mise au point en Allemagne par le géographe-général Karl Haushofer a contribué à l’exploitation idéologique de la géographie par les nazis. S’appuyant sur les travaux de Levasseur et Meitzen (avant 1900), de Bowman (après 1900) ou de Mackinder, spécialiste de géographie militaire, Haushofer a développé durant la république de Weimar des réflexions pseudo-scientifiques qui furent reprises par les adeptes d’Adolf Hitler. Le maire nazi institué dès 1940 à Strasbourg, Robert Ernst, fut l’un des disciples du général. Même Christaller, l’auteur de l’importante étude fondamentale sur les lieux centraux en Allemagne méridionale (Iéna, 1933), a « omis » de tenir compte de la frontière rhénane franco-allemande sur la carte qui orne la couverture de son ouvrage. Les profondes transformations provoquées par le marxisme ont également marqué les milieux des géographes et non des moindres, cette idéologie permettant souvent d’aborder avec efficacité les problèmes du sous-développement et du véritable pouvoir politique. Pour cette théorie, les phénomènes politiques n’ont pas d’autonomie par rapport aux phénomènes sociaux ou économiques. Sa systématisation conduit toutefois à des impasses. Ainsi, à la faveur de l’expérience acquise par la confrontation des systèmes politiques en place, les géographes peuvent expliquer les faits spatiaux en fonction des réseaux d’influence, de clientèle, de marchés, de capitaux, d’idéologie et de formation. La compréhension globale ne peut se passer de l’interprétation politique, contrairement au rôle que tenait à assigner Lucien Febvre au géographe : « Le sol, et non l’État » ; l’historien a eu alors beau jeu de s’emparer pendant quelque temps de l’analyse politique, y compris de celle des espaces frontaliers. Les temps ont changé. Les géographes libres ne sont plus frileux ni imprudents en matière de géographie politique. La pratique consécutive à la Seconde Guerre mondiale d’une géographie active directement connectée avec l’aménagement du territoire a exigé des interprétations idéologiques multiples et répétées. La confrontation des grandes puissances et les nombreux points de fixation des rivalités entre celles-ci ont conduit les géographes à une observation systématique des positions conflictuelles. La géographie a participé à la constatation selon laquelle, surtout dans le domaine des relations internationales, le raisonnement économique se révèle singulièrement insuffisant pour expliquer les phénomènes observés et leurs répercussions. Certains facteurs échappent en effet à la logique économique, alors qu’ils sont devenus dominants. Ce fut le cas jadis du sel, des épices ou de l’or. Il en est ainsi du pétrole qui, depuis le début du XXe siècle, constitue une matière première stratégique dont le contrôle est source de rente élevée et de puissance politique marquée. Cette richesse énergétique étant un enjeu géopolitique déterminant, seule la géographie est à même d’étudier le jeu des rapports de forces. À la fin du XXe siècle, la mondialisation et la globalisation impliquent une vigilance accrue en matière socio-spatiale. Le recentrage des finalités économiques au bénéfice, à long terme, des sociétés humaines semble s’imposer. La géographie politique permet aussi de mieux appréhender les turbulences contemporaines d’un monde atomisé, dans lequel les principales évolutions sont conditionnées par des problèmes internes aux États. L’atonie de la croissance économique mondiale met en relief de profondes instabilités que les gouvernements ne parviennent pas à maîtriser. La géographie politique sert à scruter le fonctionnement et le devenir de l’espace en crise.




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