dans la marge le site

Accueil du site Géographica AGRO-VETO Jura et Franche-Comté

Jura et Franche-Comté

Publié le dimanche 25 janvier 2009

JURA

(JPG)

Le massif du Jura s’allonge en un arc montagneux entre le massif des Alpes et celui de la Forêt-Noire. Les mêmes plis, grossièrement parallèles, se retrouvent dans toute la chaîne ; le versant occidental appartient à la France, alors qu’une grande partie du versant oriental se trouve en Suisse.

La surrection du Jura date des grands bouleversements de l’époque tertiaire. Au Secondaire, les mers avaient déposé une épaisse masse de sédiments recouvrant le socle ancien et comprenant des calcaires et marnes du Jurassique et du Crétacé. La chaîne du Jura s’est formée au Tertiaire terminal, à la fin du paroxysme alpin ; cependant, la région avait été érodée depuis la fin du Crétacé supérieur. Le massif, dans sa partie haute, fut longtemps plus traversé qu’occupé. À l’est de la voie romaine qui mène d’Avenches à Augst, la germanisation fut totale. Dans son secteur central, la frontière franco-suisse suit la ligne de rencontre des mouvements de colonisation médiévaux issus des avant-pays français et suisses. L’histoire du peuplement a ainsi renforcé la division en bandes méridiennes que le relief suggérait. La Réforme figea les oppositions de part et d’autre de la frontière : celle-ci sépare toujours des protestants (en Suisse ou dans le pays de Montbéliard) et des catholiques. La guerre de Trente Ans creusa plus encore l’écart entre les deux versants. Ainsi, cette montagne, dont toutes les régions semblaient vouées à une destinée commune, est aujourd’hui divisée en deux parties nettement distinctes. Chacune s’articulait en compartiments animés d’une vie propre et dotés d’industries spécifiques : ils sont restés longtemps isolés par la disposition du relief tandis que les véritables centres étaient rejetés à la périphérie.

Georges CHABOT Paul CLAVAL

1. Unité de la géographie physique

(JPG)

la stratigraphie jurassique

Les chaînes jurassiennes s’accolent vers le sud aux chaînes préalpines dans le voisinage d’Aix-les-Bains, s’épanouissent au centre, et se soudent vers le nord aux plateaux du Jura souabe. En gros, cela se traduit par un faisceau de plis dirigés en arcs de cercle du sud-ouest au nord-est, l’ensemble s’élevant de l’ouest à l’est.

À l’ouest, dans le Jura central, des plateaux étagés (ceux de Lons-le-Saunier, de Champagnole, de Nozeroy, par exemple) sont séparés par d’étroits faisceaux de plis : ceux-ci se sont formés, à l’époque de la surrection de la chaîne, dans les étroits fossés tectoniques qui séparaient des fragments de socle demeurés quasi horizontaux. À cet ensemble de style comtois s’oppose le Jura oriental, qui est surtout celui des chaînes. Il s’élève jusqu’à 1 723 mètres au crêt de la Neige (Credo, Reculet et, en Suisse, Chasseral et Chasseron). Ces chaînes parallèles représentent le relief jurassien typique : les anticlinaux forment des monts ; sur leur sommet creusé, une vallée longitudinale donne une combe ; sur leurs flancs dévalent des ruz ; des cluses les coupent transversalement tandis qu’entre eux s’allongent des vals. Sur la bordure occidentale des plateaux, l’érosion a ouvert de larges échancrures aux bords abrupts, les reculées.

Les grands décrochements tectoniques ont préparé les rares passages actuels : cluse de Nantua ou col de Jougne. Pays calcaire, le Jura est marqué de belles formes karstiques. Les eaux creusent à la surface de petites cavités (dolines), s’infiltrent dans des gouffres, ressortent en grosses sources (Loue, Lison). Les rares cours d’eau ont creusé de profondes gorges, véritables canyons qui contribuent beaucoup à l’isolement des plateaux. De vastes dépressions fermées ne sont pas drainées vers l’extérieur (plaine de Saône, près de Besançon). Les glaciers alpins ont, au Quaternaire, franchi les chaînes orientales, élargi certaines vallées et abandonné sur les plateaux des sols morainiques ; en même temps, des glaciers jurassiens, plus modestes, venaient mourir dans les vallées, et leurs moraines retiennent de petits lacs (Nantua). Le réseau hydrographique est très compliqué : le Doubs, parti de Pontarlier, est contraint à un vaste crochet vers le nord avant de se diriger vers Besançon. Le climat, continental, est caractérisé par les fortes précipitations : le Jura forme en effet un écran incliné, si bien que toute la surface est largement arrosée (1 m de précipitations à l’ouest, 2 m à l’est). En raison de la rigueur de l’hiver (moyenne de janvier : - 3 0C autour de Pontarlier, minimum inférieur à - 30 0C), une partie de ces précipitations tombe sous forme de neige, alimentant les champs de ski. L’altitude entraîne un étagement de la végétation. Sur la bordure et sur les premiers plateaux (jusqu’à 700 m), les feuillus, chênes et charmes en particulier, forment l’essentiel des boisements. Sur les seconds plateaux ou en montagne, ils cèdent la place aux hêtres et aux résineux : les pessières (forêts d’épicéas) et les joux (forêts de sapins) donnent aux paysages des zones élevées leur majesté un peu grave.

2. Contrastes de la géographie humaine

Pays tardivement occupé, le long croissant du Jura offre des sols médiocres, un relief compartimenté, un climat partout rude et humide, une forêt souvent trop dense.

Des contrastes apparaissent dans le sens transversal. Le nord du pays appartient au monde germanique. Le Jura du Sud évoque déjà le Midi.

Artisanat et économie laitière Le milieu est trop rude, dans l’ensemble de la chaîne, pour que l’agriculture puisse être vraiment prospère. Mais le pays possède d’autres ressources : le bois, l’herbe que favorise l’humidité des étés, les eaux vives, du sel sur la bordure, et quelques poches de minerai de fer, autour desquelles s’est organisée la vie traditionnelle. Les premiers plateaux à l’ouest, les fonds de val les plus bas à l’est copièrent, sans la modifier, la polyculture du bas pays. Plus haut, l’élevage remplaçait peu à peu les céréales. Dans la partie plissée, au centre et au sud, purent s’organiser des migrations pastorales d’un type déjà montagnard. Les maisons rurales portent encore la marque de ces anciens genres de vie : elles ont des dimensions plus importantes que celles de la plaine, pour loger les récoltes, les fourrages et abriter une « écurie » importante. La pierre l’emporte sur les premiers plateaux, le bois tient de plus en plus de place lorsqu’on s’élève. Très tôt, des formes d’entraide, les fruitières, apparurent pour la fabrication des fromages de garde.

Les vallées constituaient un monde à part où se succédaient forges et moulins. Les zones favorisées furent plutôt celles des bordures, le long des lacs suisses, ou, à l’ouest, le Revermont et le Vignoble. Plus chauds, ils portaient de la vigne, et c’est là que s’établirent les villes. La masse de la chaîne n’abritait guère que quelques bourgades, au débouché des cols (Pontarlier), dans un bassin plus riche (Morteau) ou autour d’un couvent (Saint-Claude). Au sud s’étendait le Bas-Bugey, avec le bassin de Belley. La médiocrité des ressources incitait à chercher des activités complémentaires. Certains « montagnons » partaient tous les ans comme transporteurs, tels les rouliers de Granvaux. Dans les régions hautes, un artisanat se développa à l’instigation des centres locaux (chapelets de buis pour les pèlerins de Saint-Claude), puis des villes de l’avant-pays suisse. La transformation fut inégale : Vaud, plus rural, l’ignora. Besançon et Montbéliard se transformèrent bientôt à l’instar de Genève ou de Neuchâtel.

Une montagne industrialisée

L’ouverture générale de l’économie frappa durement la région au XIXe siècle. Du côté français, hors d’Arbois, le vignoble s’est très mal reconstitué. Le problème rural fut cependant résolu par une spécialisation herbagère plus poussée. Avec l’aide des fromagers suisses, il fut possible de reconvertir toute la chaîne à une économie laitière. La métallurgie traditionnelle succomba à la concurrence, ne laissant comme trace que quelques activités de transformation dans les vallées. Paradoxalement, les industries de la haute chaîne traversèrent sans encombre l’ère difficile de la révolution industrielle : elles restaient d’essence artisanale, et la mécanisation n’y fit que des progrès lents. Ainsi, le contraste entre les régions hautes et les régions basses s’accentua : les premières, plus peuplées, virent se développer de petites villes actives, comme La Chaux-de-Fonds. Au pied de la chaîne, des villes réussirent à fixer dans leurs ateliers une partie de la main-d’œuvre : Lons-le-Saunier, Besançon, Montbéliard, Bâle, d’une part, Genève, Neuchâtel, Bienne, Soleure, Aarau, de l’autre.

Cette organisation de l’espace est aujourd’hui remise en cause.

Vers de nouveaux équilibres

La rigueur du climat et le compartimentage du relief demeurent, mais l’isolement cède devant les moyens modernes : la chaîne est franchie par des autoroutes au nord et au sud ; des routes express désenclavent les villes de la montagne suisse ; les rames du T.G.V. gagnent Genève, Lausanne et Besançon. Les aéroports internationaux de Bâle, Zurich et Genève ouvrent une partie des centres jurassiens aux relations mondiales. Progrès donc, mais qui va de pair avec la remise en cause des spécialisations traditionnelles. L’intensification de la production laitière est freinée par l’impossibilité de cultiver le maïs au-dessus de 800 mètres et par la difficulté d’industrialiser la production du gruyère de Comté : les régions hautes perdent l’avantage qu’elles avaient connu durant un siècle. Dans le domaine industriel, beaucoup des activités traditionnelles ont régressé - diamant, pierres précieuses et pipe à Saint-Claude, boîtes à musique à Sainte-Croix, horlogerie dans le haut Doubs ou en Suisse. Quelques secteurs ont gardé leur dynamisme, comme la lunetterie à Morez. L’industrie des matières plastiques a enrichi Oyonnax et sauvé Saint-Claude et sa région du déclin. Jusqu’aux années 1970, certains foyers comme Champagnole ou Pontarlier appuyaient leur prospérité sur des industries variées. Depuis 1972-1973, la plupart des fabrications ont connu des à-coups. L’horlogerie suisse a perdu plus de la moitié de ses quatre-vingt mille emplois et ne s’est maintenue qu’au prix d’une restructuration très dure pour les sites montagnards du Locle et de La Chaux-de-Fonds. La mécanique de haute précision ne suffit pas toujours à combler les vides. En France, le Pays de Montbéliard a subi le choc de la crise de l’automobile et des mutations techniques nécessaires. Le groupe Peugeot a dû robotiser ses chaînes de Sochaux et réduire ses effectifs de vingt mille personnes. Besançon, qui atteint 117 730 habitants (recensement de 1999), a perdu aussi beaucoup d’emplois industriels, malgré la venue des Japonais. Mais son rôle de capitale régionale s’est renforcé.

Les régions montagneuses franco-suisses restent dynamiques et leur population s’accroît. Le tourisme, avec la vogue du ski de fond, le charme des eaux et des forêts, devient une ressource. Les petites entreprises font preuve de flexibilité et innovent beaucoup. Les contacts frontaliers sont multiformes et fructueux.

Georges CHABOT Paul CLAVAL

le dossier à télécherger

Word - 55.5 ko
dossier Jura et Franche-Comté

Le diaporama complet "Moyenne montagne de France" est à télécharger sur la page "Vosges"

Documents joints




repondre à l'articleimprimer l'article






Plan du site avec articles.
RSS 2.0

Mes autres sites :
 Bibliathèque
 Pensée libre
 Little Romania
 Musiques et Mots
 Le Blog à Jean-mi