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La zone méditerranénenne française : géographie régionale

Publié le samedi 8 mars 2008


 

I

II/ LA CORSE

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Située à près de 200 km au sud-est de Nice, l’île de Corse délimite, avec l’Italie péninsulaire, la Sicile et la Sardaigne - dont elle n’est séparée que par une dizaine de kilomètres aux bouches de Bonifacio -, la mer Tyrrhénienne, partie de la Méditerranée occidentale.

Ainsi placée au carrefour des voies maritimes, de l’Italie à l’Espagne, de la Gaule à l’Afrique, elle connut une histoire particulièrement tragique. Des Carthaginois aux Lombards et aux Maures, des Romains aux Aragonais et aux Génois, les peuples du Bassin méditerranéen se sont succédé sur son sol. Cependant, aucun ne semble avoir eu une influence prépondérante. L’île témoigne encore d’un fort particularisme qui, bien qu’étant source de richesses, constitue un obstacle sérieux à toute mise en valeur, à tout développement économique, alors que celui-ci se trouve déjà compromis par l’insularité et le puissant relief qui font de cette région française d’une superficie de 8 722 km2 une montagne dans la mer. L’histoire récente ajoute à ces difficultés. Alors que l’intérieur de l’île dépérit, le développement qui change le visage du littoral et des plaines a la fragilité des greffes. Qu’il s’agisse de démographie, d’économie, de vie politique, l’ensemble insulaire subit le traumatisme d’une évolution venue de l’extérieur. Il y réagit aux extrêmes, alors que, du même mouvement, la sensibilité corse croît en fonction de la conscience d’une déperdition : c’est en termes d’identité que l’avenir de l’île pourrait se dessiner.

Gilbert GIANNONI

1. Une montagne dans la mer

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La terre À part de faibles superficies de terres qui se trouvent à l’embouchure des fleuves, seule la côte orientale présente des espaces suffisamment plans pour qu’on puisse parler de plaine. Pour le reste, il s’agit de deux systèmes montagneux orientés du nord au sud et séparés par une dépression appelée « sillon de Corte ». Le système occidental est le plus important par son altitude (monte Cinto, 2 710 m ; monte Rotondo, 2 625 m ; monte d’Oro, 2 391 m ; Incudine, 2 195 m) et son étendue. D’une crête centrale, ne s’abaissant jamais au-dessous de 1 000 m, des torrents de direction nord-est - sud-ouest descendent vers la Méditerranée occidentale (Gravone, Taravo, etc.). Ces torrents ont creusé de profondes vallées limitées par des crêtes aiguës. Les roches essentiellement cristallines sont assez variées pour laisser place à des paysages contrastés : aux lourdes croupes et aux bassins granitiques s’opposent les pics et les gorges granulitiques. La présence de barres de roches dures dans les sections moyennes des vallées isole des bassins perchés, comme celui de Bastelica. Les rares plaines de la côte occidentale sont taillées dans les granites tendres (Calvi, Ajaccio). La crête centrale descend brusquement vers l’est (balcon de l’Ospedale), sauf au nord où les torrents tyrrhéniens ont réussi à la reporter très à l’ouest. Le principal d’entre eux, le Golo, a ainsi isolé le plus parfait des bassins montagnards : le Niolo, séparé du sillon de Corte par les gorges de la Scala de Santa Regina. Ce sillon lui-même est en fait composé de segments discontinus séparés par des cols assez élevés (San Colombano, 692 m). Au nord-est, le second système montagneux, moins élevé que le précédent (monte San Petrone, 1 766 m), est formé de deux masses bien distinctes : la « Castagniccia » et le Cap d’une part, la chaîne de Tenda et le désert des Agriates d’autre part. La première est faite uniquement de schistes tendres quelquefois renforcés de roches volcaniques (roches vertes). Il en résulte un monde de crêtes encore plus aiguës que dans la région granitique de l’ouest. La seconde est entièrement granitique et rappelle ainsi les paysages occidentaux.

L’importance du volume montagneux est le résultat du soulèvement récent et quasi continu de l’île. Mais la violence de l’érosion torrentielle est telle que les hautes surfaces tertiaires ont été fortement défoncées, sauf quand les torrents ont eu affaire à des barres de roches dures. Quelques plateaux subsistent alors (plateau d’Ese, Bosco del Coscione). Les altitudes sont maintenant insuffisantes pour qu’on ait actuellement des glaciers. Mais ceux du Quaternaire ont laissé des traces sous forme de lacs (Melo), de pics aigus et d’auges glaciaires (Golo).

L’écran de cet important relief en Méditerranée fait que l’île est copieusement arrosée, surtout en hiver. Il tombe plus d’un mètre d’eau par an sur les montagnes, et seules les plaines en reçoivent moins de 500 mm. La neige joue un certain rôle dans ces précipitations, et il n’est pas rare que les principaux cols soient encore fermés au mois de mai. En revanche, les températures restent déterminées par la latitude : les moyennes de janvier en plaine dépassent 8 0C et celles de juillet 20 0C. Pourtant, le thermomètre monte rarement au-dessus de 40 0C. Il reste que les golfes souffrent en été d’une chaleur humide qui rappelle les tropiques.

Si l’on ajoute que les côtes manquent de bons abris naturels, on aura une idée des conditions physiques que les hommes ont rencontrées.

Les hommes Quels éléments constituèrent la population d’origine de la Corse ? Ibères et Ligures, selon les historiens de l’Antiquité ; infiltrations protoceltiques, peut-être africaines d’après des investigations plus récentes. Quoi qu’il en soit, les habitants, dès la préhistoire, proviennent déjà de vieux brassages, auxquels se sont ajoutés de nombreux apports depuis vingt-cinq siècles. Pourtant, ce melting-pot coexiste, pour les insulaires, avec l’affirmation d’une forte personnalité ainsi qu’avec le sentiment profond d’appartenir à un groupe particulier.

C’est le résultat de l’action conjuguée de la nature et de l’histoire. Jusqu’au début du XXe siècle, les Corses ont été concentrés en altitude, sur les coteaux et en montagne (entre 400 et 900 m), où s’étaient perchés les villages, à cause de l’insécurité des rivages, ouverts aux menaces venues de la mer et aux pénétrations étrangères (Grecs, Romains, Génois...). Comme la Sardaigne proche, l’île a abrité des terriens, paysans et bergers, car, le Cap Corse mis à part, la vie maritime et commerciale n’a pu s’épanouir sur le littoral où les villes, Bastia, Ajaccio, Calvi, sont restées, du Moyen Âge aux Temps modernes, des forteresses créées par les Génois pour veiller sur une colonie rétive.

Aussi la Corse est-elle demeurée une terre pauvre, dépourvue de prospère cité marchande. Dans un milieu difficile, les habitants ne pouvaient survivre qu’en associant, par le biais des transhumances qui étaient autant agricoles que pastorales, les ressources du haut et du bas pays : seigle, châtaignes, porcs, pâturages d’été pour brebis, chèvres même bovins en haut, blé, olives donc huile, un peu de vin, pâturages d’hiver à la « plage », c’est-à-dire en bas, sur les basses pentes et dans les plaines. Les révolutions agricole et industrielle du XIXe siècle n’ont guère corrigé le schéma des temps d’autarcie ; peu de mines et, malgré d’éphémères hauts-fourneaux, des industries fugitives, appuyées sur le bois, le liège, les peaux. Seules ont résisté quelques industries alimentaires.

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Ces conditions expliquent que la Corse ait toujours été la moins peuplée des grandes îles méditerranéennes : 150 000 habitants en 1796, 273 000 en 1881 - époque probable du maximum. Il est vrai que pauvreté, insécurité, violence des mœurs encouragèrent une émigration ancienne, d’abord vers les terres proches, italiennes et provençales, mais aussi beaucoup plus lointaine : les Cap-Corsins vers l’Amérique, surtout les Caraïbes, l’ensemble des Corses, après 1850, vers l’empire colonial et l’Hexagone. La Première Guerre mondiale, en provoquant des pertes sévères, a ruiné les anciens équilibres et entraîné l’émigration massive. La population a diminué de 40%, puisque le nombre des habitants était tombé à 160 000 en 1960.

Cette ponction n’a pas été compensée par l’immigration, pourtant précoce et continue. La venue des Italiens a toujours existé : colonies génoises au Moyen Âge, « Lucquois » pour les gros travaux au XIXe siècle, Sardes, Siciliens et Calabrais après 1945. Les Français du continent, les pinzuti, fonctionnaires, militaires et gendarmes, n’ont jamais été nombreux. Le dépeuplement a figé la répartition des habitants dans les villages perchés. D’où l’importance que revêt, aux yeux de beaucoup, la Corse de l’intérieur et l’attachement viscéral aux villages pour ceux qui en sont originaires. Jusqu’en 1960, les rivages étaient presque déserts, les villes littorales médiocres, insuffisamment animées pour fixer l’exode rural, même Bastia et Ajaccio, si bien que les citadins sont restés minoritaires. C’est le dernier demi-siècle qui a bouleversé la situation et effacé la répartition inversée de la population en privilégiant les positions côtières.

André RONDEAU Janine RENUCCI

2. Les bouleversements du dernier demi-siècle

Une population accrue Après un siècle de dépérissement, l’évolution régressive s’est inversée pour la Corse au cours de la décennie 1950-1960. L’impulsion est venue du dehors. Pourquoi et avec quels effets ? 176 000 habitants en 1962, 260 000 en 1999 : le gain de 84 000 habitants témoigne de l’arrêt du dépeuplement. L’arrivée de 17 500 rapatriés d’Afrique du Nord, entre 1957 et 1963, en a été la cause initiale. Plus de la moitié d’entre eux s’est installée à Ajaccio et Bastia ; cinq cents familles se sont dispersées dans les campagnes littorales, surtout autour d’Aléria et de Ghisonaccia. Cette immigration a entraîné la croissance, mais les rapatriés n’ont constitué qu’une fraction minoritaire par rapport aux entrées de main-d’œuvre étrangère jusqu’en 1975. Ensuite, les arrivées du continent l’ont emporté sur le flux étranger, majoritairement maghrébin.

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D’ailleurs, l’excédent naturel étant presque nul (la natalité en 1999 est de 10,5‰ et la mortalité de 10‰), les progrès reposent sur l’excédent migratoire et diminuent depuis trente ans. Ils ont gonflé les groupes d’adultes sans supprimer le vieillissement, fruit de l’exode, et sans accroître le capital jeunesse qui reste déficient : pour la première fois, en 1990, les moins de vingt ans (23,1% de la population) sont devenus moins nombreux que les plus de soixante ans (23,4%). Mais les taux d’activité se sont améliorés, la population active passant de 29,2% en 1962 à 40% en 1990, l’activité féminine de 11% à 35,3%.

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L’accroissement de la population n’a pas été également bénéfique pour l’ensemble de l’île. Les grandes gagnantes sont les villes, puisqu’elles ont attiré l’essentiel des gains, doublant leur importance en réunissant aujourd’hui 60% de la population. L’expansion a transfiguré Ajaccio et Bastia , deux villes moyennes très vivantes, avec respectivement 52 880 et 54 075 habitants ; elle a accusé le contraste entre les vieux ports-forteresses, associés aux centres-villes, et les nouveaux quartiers dont la croissance impétueuse a créé des unités satellites et occupé les pentes. Parmi les petites villes, Porto-Vecchio a connu une explosion brutale : avec un centre modernisé et une marine aménagée, elle vient de dépasser 10 000 habitants. Deux autres seulement ont franchi le seuil des 5 000 habitants : Corte , grâce à sa position centrale sur l’axe Ajaccio-Bastia et à son université, et Calvi, animée par sa fréquentation touristique.

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En revanche, l’intérieur montagnard offre le spectacle des régions hautes qui se sont vidées progressivement. Depuis la fin du XIXe siècle, la désertification a emporté plus des trois quarts des habitants en Castagniccia, dans le Niolo, près des deux tiers dans l’Alta Rocca, le Taravo, la Balagne, le Cap Corse. Sous l’effet des départs, du vieillissement et de la dénatalité, beaucoup de villages sont devenus squelettiques. Ils ne revivent que l’été, au moment des vacances, de plus en plus réduits au rôle de résidences saisonnières.

Ainsi, moins de 50 000 personnes peuplent maintenant les coteaux et la montagne. La population se concentre dans les villes littorales, le long de la façade orientale, et sur les axes de communication. C’est une nouvelle géographie de la Corse vivante qui s’est établie.

Des tentatives de rénovation et un bilan économique décevant

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La prise de conscience des disparités régionales a valu à la Corse, qui avait le niveau de vie le plus bas de la métropole, d’être intégrée à l’aménagement du territoire avec un Plan d’action régionale particulier en 1957. Le tourisme, activité clé, devait régénérer toute l’économie. Un aménagement agro-sylvo-pastoral visait à transformer les plaines incultes en riches terroirs irrigués. La Société pour la mise en valeur agricole de la Corse (Somivac) et la Société pour l’équipement touristique de la Corse (Setco), sociétés d’économie mixte, furent créées. Si la seconde eut un rôle réduit, la première entreprit, durant vingt ans, une mission de colonisation rurale sur quatre périmètres de défrichement, installant une partie des rapatriés, soutenant un faisceau d’initiatives privées, construisant un réseau d’irrigation. Les résultats furent importants : 30 000 hectares conquis sur le maquis, une centaine d’exploitations nouvelles, un verger d’agrumes, un vignoble envahissant bien qu’imprévu, une agriculture sophistiquée appuyée sur un mouvement associatif multiforme. Que reste-t-il de cet embrasement ?

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Le repli est grave depuis le début des années 1980 : beaucoup d’exploitations ont disparu, les primes à l’arrachage ont emporté les trois quarts du vignoble. Le verger de clémentiniers se maintient et la production de vin, moins de 400 000 hectolitres par an, recherche maintenant la qualité. Si la surface plantée en kiwis et pêchers a diminué, amandiers, noisetiers et oliviers sont plus prometteurs. L’élevage survit : traditionnel pour les bovins et les porcs dans l’intérieur, plus évolué pour les chèvres et les brebis car les bergers fabriquent du fromage fermier depuis le repli des sociétés de Roquefort à partir des années 1980. Mais 3% seulement du sol sont cultivés, 25% utilisés ; 10 000 hectares sont retournés à la friche en plaine orientale. La situation des agriculteurs, écrasés par le poids des prêts non remboursés, est inquiétante. La conversion au tourisme de masse a été plus aisée. De 25 000 lits en 1960, la capacité d’accueil est passée à 420 000 lits (127 000 en hébergement professionnel, 300 000 en résidences secondaires). Les initiatives privées ont donné l’impulsion : clubs de vacances, grande finance pour les grosses opérations immobilières, tourisme social, et un ensemble d’initiatives locales pour les hôtels, campings et restaurants. Pourtant, l’essor de la fréquentation a subi arrêts et reculs, en 1993-1996 par exemple. Elle s’est redressée depuis lors, franchissant en 1999 le cap des 2 millions de touristes (dont 30% d’étrangers), dopée par les facilités de transport, l’apparition des navires à grande vitesse et la multiplication des lignes maritimes italiennes.

C’est la preuve que l’île reste dépendante de son économie de services. Les faiblesses industrielles, si souvent dénoncées, persistent ; le bâtiment, qui faisait la force du secteur secondaire, a peine à sortir d’une longue crise. Le tertiaire-refuge garde sa toute puissance (81,5% des emplois salariés), surtout le tertiaire public, qui procure plus du quart de la richesse de l’île, et les services marchands où le secteur hôtels-cafés-restaurants compte autant que l’industrie dans la T.V.A. Il y a quelques éléments encourageants : les succès de l’aquaculture, les espoirs reposant sur l’énergie éolienne.

Le Rapport au gouvernement de 1998 révèle la fragilité d’une économie déséquilibrée et « des dépenses publiques abondantes qui n’ont pas les effets escomptés ». Car la Corse coûte cher à l’État : aides et avantages divers sont évalués à 3 milliards de francs de dépenses de solidarité. S’y ajoute le plus fort ratio par habitant de dépense communautaire en France. C’est une région « sous perfusion », très vulnérable bien que les habitants aient bénéficié d’une hausse notable de leur niveau de vie : même si tous les décalages ne sont pas comblés, elle est la plus aisée des régions pauvres de l’Europe, associant une production de pays pauvre à une consommation de pays riche.

Les tumultes des mouvements revendicatifs Si la Corse n’a pas l’exclusivité du nationalisme provincial, elle est celle pour qui la montée des revendications s’enracine dans la période charnière 1955-1965. Il y a eu cependant des précédents et un Parti corse autonomiste en 1927. Mais c’est la révélation du délabrement insulaire et le démarrage du changement avec l’intrusion brutale de la modernité qui ont engendré la contestation. Née d’une réaction défensive devant les difficultés économiques, s’appuyant d’abord sur les handicaps de l’insularité, elle prend peu à peu une dimension politique, multipliant ses objectifs et ses moyens d’action, entraînée à un perpétuel dépassement, malgré les résultats obtenus. Le Front régionaliste corse est créé en 1966, l’Action régionaliste corse (frères Siméoni) en 1967 ; les attentats ont commencé en 1965, dirigés contre la Somivac, perçue comme un symbole du colonialisme. La reconnaissance de la personnalité insulaire, avec un statut particulier, devient vite un but essentiel et, malgré la création de la Région de programme (1970), la notion d’autonomie s’affirme dès 1973. La violence s’intensifie, jusqu’à la sanglante affaire d’Aléria en août 1975 (où deux gendarmes sont tués), provoquée par l’occupation de la cave Depeille par Edmond Siméoni et quelques partisans de l’A.R.C., en guise de protestation contre les fraudes des grands viticulteurs pieds-noirs, entachant la réputation des vins corses. Malgré l’échec de cette opération, les gains se succèdent : création de deux départements distincts (1975), de l’université de Corte, et, grâce à une Charte de développement, mise en œuvre de la continuité territoriale (1976) assurée par la Société nationale Corse-Méditerranée, service public qui abaisse les tarifs de transport Corse-continent. De la prolifération des groupes contestataires surgissent le Front de libération nationale de la Corse en 1976 et l’Union du peuple corse des frères Siméoni en 1977 (qui remplace l’A.R.C. dissoute en 1975), hostile à la violence du F.L.N.C. Le gouvernement socialiste, en proposant un statut particulier pour l’île, dotant celle-ci en 1982 d’une Assemblée régionale de 61 membres, élus au suffrage universel, suscite la première expérience française de décentralisation. Les élections à l’Assemblée de Corse, depuis 1982, introduisent légalement les nationalistes dans la vie politique. Le statut Joxe de 1991 accorde des prérogatives nouvelles. Mais les attentats ne cessent pas, les factions se multiplient, entraînant une guerre fratricide entre chefs, déclenchant « la spirale criminelle » qui aboutit à l’assassinat du préfet Érignac en février 1998, abattu comme un symbole de l’État.

Après quarante ans de rébellion, autonomistes et indépendantistes, peu attractifs au début, ont accru leur influence, malgré leurs divisions. Les thèmes de la propagande sont mobilisateurs pour les Corses : l’attachement au pays, à sa langue, à ses traditions, la défense des intérêts économiques, l’hostilité devant les intrusions extérieures. Cette sympathie n’a pas pour autant entraîné l’approbation du terrorisme ou des dérives affairistes et mafieuses. Des protestations se sont élevées après les faits les plus retentissants. Les scores électoraux ont grossi, atteignant pour la première fois 24,8% des suffrages en 1992, oscillant depuis lors entre 15 et 25%, sans parvenir à la majorité, le corps électoral restant fidèle aux hommes politiques en place. La lassitude s’exprime par des abstentions nombreuses (42,8% en 1999). Une longue réflexion a été engagée en 1999 entre gouvernement et élus (le processus de Matignon) pour sortir de la crise et parvenir à rétablir la paix, l’État de droit, et à assurer un développement économique maîtrisé de l’île. Un nouveau statut qui prévoit le transfert de larges compétences, y compris législatives, à la région a été approuvé à la fin de 2000. Reconnue pour Madère, les Canaries et les Açores, « l’identité spécifique » pourrait-elle apporter, par cette consécration, une solution à l’imbroglio corse ?

Janine RENUCCI

Bibliographie indicative Généralités D. CARRINGTON, La Corse, Arthaud, Paris, 1999 F. ETTORI, R. PECQUEUX-BARBONI, F. POMPONI et al., Corse, Christine Bonneton, Paris, 1992 F. POMPONI dir., Mémorial des Corses, 6 vol., Ajaccio, 1979-1981. Économie, géographie, problèmes d’actualité J.-L. ANDREANI, Comprendre la Corse, Gallimard, Paris, 1999 E. KOLODNY, La Géographie urbaine de la Corse, Sedes, Paris, 1962 J. RENUCCI, Corse traditionnelle et Corse nouvelle, Audin, Lyon, 1974 ; La Corse, coll. Que sais-je, P.U.F., 6e édition, 2001 A. RONDEAU, La Corse, Armand Colin, Paris, 1964 ; Recherches géomorphologiques en Corse, ibid., 1961 P. SIMI, Atlas scolaire de la Corse, C.R.D.P. de Corse, 1992.

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