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Le Grand Ouest français (Bretagne, Poitou-Charente, Aquitaine, Pays de la Loire et midi-Pyrénées)

Publié le jeudi 17 janvier 2008

J’ai fait le choix de présenter un grand ouest français qui est sous influence atlantique directe. On peut le représenter par une carte simplifiée comme suit.

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Cette seconde carte représente les réseaux et pôles et a l’avantage d’inscrire le Grand Ouest dans une dynamique européenne.

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Nous donnons ci-après des présentations régionales issues de sources sûres et synthétiques ; elles ne constituent que des premières approches. On peut ensuite approfondir dans des ouvrages plus précis.

I / LA BRETAGNE

Tour à tour « pointe » ou « bout » du monde, la Bretagne est un gigantesque quai situé près d’une des deux portes maritimes de l’Europe.

La région est caractérisée par une forme aisément reconnaissable. « La péninsule bretonne, lorsqu’on en suit la figuration sur la carte, présente un peu l’aspect d’un énorme mufle de bête, puissamment tendu vers les lointains atlantiques et dont la gueule entr’ouverte, formée par la rade de Brest et la baie de Douarnenez, darderait, comme une langue tricuspide, les trois pointes en croix de la presqu’île de Crozon » (Anatole Le Braz). Initialement appelée Arémorique ou Armorique (« pays en bordure de la mer »), la Bretagne est le pays paradoxal dans lequel la mer tient une place centrale. « Presqu’île ou plusqu’île », elle est en contact avec la mer sur trois façades, ce qui favorise son identification. Plus largement, son peuplement, son identité, la permanence dans l’histoire de certaines branches économiques procèdent d’un agencement subtil entre l’Armor (le pays de la mer) et l’Argoat (le pays des bois) et tient aux particularismes d’un territoire que Michelet qualifiait déjà « d’île continentale ». Toutefois, la Bretagne est aussi concernée par de nombreuses mutations qui dépendent du degré d’ouverture de la société bretonne. Le terme même de Bretagne apparaît aux Ve et VIe siècles, à la faveur d’une mixité entre les populations gauloises de l’Armorique et les Bretons en provenance d’outre-Manche. Ses phases de prospérité (du XVe siècle au XVIIIe siècle) ou de déclin (la période 1850-1950) apparaissent liées à l’intensité de ses échanges externes. Depuis 1950, époque à laquelle elle passait pour la région la plus reculée de France, elle a connu un développement extraordinaire qui en a parfois fait une région « modèle ». Certains évoquent même, dans les années 1990, un « miracle », et il est vrai que la Bretagne a plus évolué de 1950 à 2000 qu’en plusieurs siècles, même si, au début du XXIe siècle, la péninsule est confrontée à de nouveaux défis.

1. Des permanences géographiques et culturelles

La Bretagne est une péninsule à la fois individualisable sur toutes les cartes et profondément attachée à la France. Elle est une proue massive mais de plus en fine vers l’ouest, une terre d’Armor et d’Argoat reliée par les flux des marées remontant les estuaires. Souvent, les éléments physiques agissent sur ce bout de terre de façon complexe et sont à l’origine d’une homogénéité parcellisée. Sur le plan climatique par exemple, elle est réputée comme la région la plus tempérée de France, grâce à son climat océanique (6 à 70 C en moyenne l’hiver et 16 à 170 l’été). Toutefois, cette régularité d’ensemble masque des trésors de complexité puisque la variabilité du temps breton est supérieure à celle du climat méditerranéen. On enregistre entre Larmor-Baden et Lorient, distants de trois kilomètres, un écart de 150 millimètres de pluie, et l’ensoleillement n’y est pas comparable. De même, dans le temps, les épisodes violents ne sont pas rares (tempête, « sécheresse », ouragan...) et la Bretagne, sous une uniformité apparente, se singularise surtout par les sautes d’humeur du climat. Parfois, notamment en automne, il grêle, pleut, vente et fait beau en même temps. Si le climat est globalement homogène, le basculement saisonnier crée ainsi une saison pluvieuse et une saison plus favorable, le passage des dépressions favorisant surtout des temps très changeants, des plafonds uniformément gris et une succession rapide d’averses et d’éclaircies. De fait, le sens du ciel est, dans la société bretonne bien plus qu’ailleurs, un objet de discussion et de controverses, précisément car le climat change selon les échelles de temps et de lieu des interlocuteurs.

Sur le plan géologique, on retrouve ce paradoxe. D’un côté, la Bretagne, située sur la pointe extrême du Massif armoricain (un peu plus élevé à l’ouest, dans les monts d’Arrée et les Montagnes noires), est un vieux pays qui présente une uniformité de terrains pour l’essentiel imperméables. Elle est une terre de schiste et une terre de granit. De l’autre, ses roches présentent une variété étonnante de formes, selon les failles ou diaclases qui les affectent (chaos rocheux de Ploumanac’h). La variété des teintes des minéraux « souvent gris à l’image du ciel, parfois blancs comme à Scaër, bleus à Lanhélin, roses à Carantec, rouges à Perros-Guirec » fonde aussi des identités. Les roches se singularisent encore par la variété de leurs grains ou l’agencement de leurs minéraux... Sous une unité d’ensemble et la présence d’un « type » de roche en Bretagne, les promenades (par exemple sur le littoral) permettent alors de découvrir des rochers aux formes étranges, des plages (Le Pouldu, Brignogan...) ou des grèves (grève rose de Trégastel, galets dans la baie d’Audierne), le tombolo de Quiberon ou le sillon de Talbert (dune naturelle de galets s’avançant dans la mer), des types variés d’encadrements granitiques autour des fenêtres, des végétations à base de landes présentant des contrastes très vifs suivant les lieu (lande bleue à grémil prostré de la presqu’île de Crozon, lande sèche à ajonc et bruyère du cap Fréhel...).

Cette homogénéité parcellisée explique sans doute la spécificité des paysages bretons. Avec ses altitudes uniformément modérées (le point culminant de la région, le Tuchenn Gador, est à 384 mètres), la Bretagne présente partout des reliefs arrondis et un moutonnement de formes lourdes.

Simultanément, le regard s’attarde et se perd dans la marqueterie des paysages, ce « vert breton » décliné en une multiplicité de teintes. Mais, une nouvelle fois, les différences rurales sont singulières selon la taille, la forme et le maillage des champs, le degré de remembrement, les types de culture, les périodes et les localisations. La réalité paysagère bretonne est souvent fractale, avec des rectangles bocagers qui en rassemblent d’autres, des réseaux de routes enserrant des chemins laissant place à des sentiers, des villes et des bourgs essaimant des villages, puis des hameaux de toutes dimensions et de multiples fermes isolées... Le bocage est un élément clé de l’identité territoriale et s’affirme par la dispersion d’ensemble de l’habitat (la Bretagne compte 43% de personnes vivant dans des communes de 1 000 à 5 000 habitants, contre 27% en France). Ce cloisonnement donne à la Bretagne une identité territoriale caractérisée par un certain atomisme et une propension à la petitesse. Sur le plan humain, on retrouve certaines de ces permanences. Même si les géographes ont depuis longtemps délaissé les visions déterministes, ils constatent cependant des parallélismes entre les pratiques des populations et le territoire (liées au climat notamment). L’ambivalence bretonne est ainsi présente dans l’impression d’appartenir à une communauté, alors qu’aucun parti politique breton n’a jamais réussi à percer. Ce que l’on appelle l’Emsav, le mouvement breton, traduit cet aspect nébuleux et quelque peu désordonné du sentiment breton. La diversité des territoires pris comme référents (l’Europe, la France, la Bretagne, le « pays », la commune...) rappelle combien les individus ont des difficultés à s’en tenir à un modèle. Certes, les gens sont Bretons, naturellement, et attachent dans l’ensemble plus d’importance à cette appartenance qu’aux autres. Mais ils n’envisagent presque jamais cette identité de façon exclusive. Il existe plusieurs coquilles identitaires, emboîtées. Endormie économiquement jusqu’en 1950 et surtout pendant le XIXe siècle (elle ne réalise que 0,6% du commerce extérieur de la France en 1860), la Bretagne a largement échappé au siècle du nationalisme et à la diffusion d’une idéologie qui, si elle permet la construction d’une certaine unité collective, conduit parfois aussi à se définir « contre » et à affirmer une identité en opposition à celles des autres.

Jean OLLIVRO

La région Bretagne aujourd’hui

La région administrative « Bretagne », dont la capitale est Rennes, s’étend sur 27 208 kilomètres carrés et est constituée de quatre départements (Côtes-d’Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine et Morbihan). Elle comptait 2 906 000 habitants lors du recensement de 1999. La mutation que connaît la Bretagne depuis les années 1950 invite à mesurer les atouts qu’elle possède et les défis auxquels elle est confrontée.

U n essor remarquable depuis les années 1950

Jusqu’aux années 1950, la Bretagne apparaît « en retard » et à l’écart du développement national. En 1946, 50% des fermes bretonnes n’ont pas l’électricité et 90% des logements ruraux ne disposent pas de l’eau courante (France : 34%). Le pays est concerné par l’exode et plus de 1 100 000 Bretons sont obligés de partir entre 1831 et 1968. La mécanisation et l’essor d’une agriculture sans bras suscitent un effet très déstabilisant sur des campagnes surpeuplées. Le C.E.L.I.B. (Comité d’études et de liaisons des intérêts bretons) favorise un sursaut qui va trouver sa concrétisation à partir des années 1960. Créé en 1950 par le journaliste Joseph Martray et bientôt présidé par René Pleven (deux fois président du Conseil sous la IVe République), le Comité transcende les rivalités pour assurer la défense des intérêts bretons. À son apogée, en 1965, le C.E.L.I.B. regroupe l’ensemble des parlementaires bretons, les conseils généraux, mille deux cents communes dont les maires des grandes villes, l’ensemble des syndicats paysans et ouvriers, les organisations patronales, les chambres de commerce, les universités et les associations de défense de la culture et de la langue bretonne... La région est un terrain d’essai pour les opérations de décentralisation menées en France en 1964 (création des Commissions de développement économique régional, les C.O.D.E.R. dont la première sera créée en Bretagne) et en 1972 (création des Établissements publics régionaux) avant les lois de décentralisation de 1982. Grâce à diverses actions de lobbying et bénéficiant, à partir de 1963, d’un contexte favorable aux décentralisations (création de la D.A.T.A.R.), le C.E.L.I.B. obtient des aménagements inespérés. Décidé en 1968, le plan routier breton permet à la région de se doter, « en contrepartie de son éloignement », d’un réseau de voies express gratuites qui participe encore à l’originalité régionale. Les modernisations font de la Bretagne un chantier. En ce qui concerne l’agriculture, elle passe en quelques années d’activités de polyculture-élevage très traditionnelles (chacun fait son cidre, son beurre...) au statut d’une des toutes premières puissances agroalimentaires d’Europe. Elle concentre, en 2003, 55,7% du cheptel porcin français et 37% des livraisons de volailles, 42,4% de la production d’œufs et 20,8% de celle de lait. Elle assure également 27,5% de la production des haricots verts, 74,5% des artichauts et 77,2% des choux-fleurs. Avec une spécialisation animale marquée, le complexe agroalimentaire breton se fonde sur une production de masse, une large utilisation des intrants et des élevages hors-sol. Dans les années 1960, la Bretagne bénéficie aussi de déconcentrations industrielles (Citroën à Rennes dès 1953, le Centre national d’études des télécommunications, le C.N.E.T., à Lannion dès 1960...). En quelques années, la Bretagne, région arriérée et excentrée, devient un pays en pointe pour différents secteurs d’activités (télécommunications, agroalimentaire, automobiles, pêche et construction navale...).

Le jeu des recompositions territoriales et humaines

Cette mutation économique ne s’est pas opérée sans de profondes recompositions démographiques, spatiales et sociologiques.

Alors qu’elle souffrait depuis plus d’un siècle d’un exode chronique massif, la Bretagne redevient attractive dès la fin des années 1960. Elle a gagné 438 000 habitants entre 1968 et 1999 et les prévisions de l’I.N.S.E.E. tablent sur un apport supplémentaire de 259 000 habitants d’ici à 2020. La modernisation a bouleversé l’organisation du peuplement. Tout d’abord, le taux de la population urbaine est passé de 33,6% en 1954 à 57,3% en 1990 puis 71,5% en 1999 ; il a dépassé celui de la population rurale en 1961 (1931 en France). Ensuite, l’opposition Armor/Argoat s’est accentuée. Si le déclin démographique des campagnes a accompagné leur modernisation, plus des deux tiers de la population bretonne se situent désormais entre le littoral et les routes à quatre voies. La présence initiale des villes en fond d’estuaire (Quimper, Morlaix, Hennebont...), l’essor de la pêche bretonne (42,6% des prises en France en 2003), l’ouverture internationale accrue et les effets économiques du tourisme balnéaire ont profité au littoral. Enfin, ce sont l’est et le sud de la région qui sont gagnants. Alors que le département rural des Côtes-du-Nord, rebaptisé Côtes-d’Armor en 1990, était le plus peuplé en 1806, il est désormais le moins peuplé. La côte sud s’est mieux comportée car le tourisme y est plus développé et elle regroupe l’essentiel de l’activité hauturière, notamment autour des quartiers maritimes du Guilvinec et de Lorient . Surtout, la croissance de Rennes assure l’envol de la population de l’Ille-et-Vilaine qui, pour la première fois en 2000, a dépassé celle du Finistère.

Ces mutations ont été accompagnées de singulières transformations paysagères et sociales. La mécanisation des campagnes a entraîné le remembrement et la suppression de près de 200 000 kilomètres de talus. On assiste à la disparition progressive des costumes traditionnels (il reste une poignée de femmes âgées portant au quotidien le costume bigouden) et à un effondrement de la pratique de la langue bretonne, qui était unanimement parlée en Basse-Bretagne, au-delà d’une ligne allant de l’ouest de Saint-Brieuc à l’est de Vannes (100% de bretonnants en 1863, moins de 16% aujourd’hui). Dans le Finistère, la part des agriculteurs dans la population active du département est passée de 60% en 1962 à moins de 4% en 1999 !

Cependant, le XXe siècle apparaît bien contradictoire en Bretagne. Certains auteurs insistent sur la banalisation des paysages et les problèmes environnementaux générés par le « modèle », notamment la pollution de l’eau née de l’agriculture intensive. Le XXe siècle aurait été « cruel » pour la Bretagne en favorisant l’effondrement de la société paysanne, ce qui a entraîné une profonde transformation liant « déculturation », traumatisme linguistique et « désethnicisation ». Réputée pour être la région « dans laquelle il fait bon vivre », la Bretagne se singularise par des comportements à risque et des taux de suicide alarmants (notamment chez les jeunes). Mais d’autres auteurs, plus nombreux, préfèrent insister sur la formidable modernisation de la société. Les sociologues soulignent comment, d’une identité « refoulée » voire « négative », le Breton est passé à une identité affirmée, « positive », qui apparaît au grand jour lors des fêtes de l’été. D’autres auteurs insistent sur les mesures actuelles pour renforcer la qualité de l’eau et la vigueur d’un « modèle agricole breton » qui a permis au pays de relever des obstacles en apparence insurmontables (des terres parmi les moins riches de France, l’absence fréquente de sols, l’existence d’une population agricole très dense, sous-développée et sous-éduquée...). La modernisation de la région s’est aussi opérée sur plusieurs villes moyennes (Lorient, Vannes, Saint-Malo, Quimper...) et a permis un développement relativement équilibré du territoire, malgré la croissance récente et accélérée de Rennes.

Paradoxes et potentiels bretons pour le XXIe siècle

Au début du XXIe siècle, la Bretagne apparaît à la fin d’un cycle économique, après avoir effectué son « rattrapage ». Elle présente aujourd’hui des contrastes qui ouvrent un vaste champ des possibles. Le secteur économique associe des performances remarquables et des germes de fragilité. D’un côté, la Bretagne est la deuxième région française dans le domaine des télécommunications, où elle présente des compétences remarquables (technopôle de Lannion, de Rennes-Atalante, de Brest). Ses autres points forts résident également dans le secteur agroalimentaire en pleine évolution (car il s’associe désormais aux technologies les plus innovantes), la construction automobile (groupe P.S.A.) et ses activités de sous-traitance (plasturgie, industrie mécanique, électronique...), la construction et la réparation navales (D.C.N.), la dynamique des sciences de la mer (technopôle Brest-Iroise) ou des sciences du vivant (groupe Yves Rocher)... De l’autre, le tissu est parfois fragile et sujet à des délocalisations (par exemple STMicroélectronics à Rennes en 2004) y compris dans le secteur agroalimentaire. Les risques liés à l’élargissement de l’Union européenne (réattribution des aides du Fonds européen de développement régional et évolution de la Politique agricole commune) suscitent des inquiétudes dans tout l’espace rural, même s’il existe des agricultures bretonnes, certaines étant fragilisées quand d’autres, extrêmement performantes, sont valorisées dans des salons internationaux comme le Space à Rennes. Un deuxième contraste oppose le niveau des diplômes à celui des salaires. Alors qu’elle était un bloc homogène d’analphabétisme jusqu’au début du XXe siècle, la Bretagne est, un siècle plus tard, la première région française pour le taux de réussite au brevet et au baccalauréat. Elle est aussi au cinquième rang en France pour les actifs titulaires d’un diplôme du premier cycle universitaire, même si l’exode des jeunes diplômés est un fait majeur (le déficit est de 8 800 diplômés de deuxième et troisième cycle entre 1990 et 1999). En raison de ces départs, le niveau des salaires reste faible (16e rang national) et illustre la difficulté, assez commune en France, de créer un réel pouvoir de décision régional. Si le rapport de population entre la Bretagne et l’Île-de-France est de 1 à 4, le rapport en termes de décision est aujourd’hui de 1 à plus de 16 (50 000 emplois de décision en Bretagne et plus de 811 000 pour la seule ville de Paris). La Bretagne apparaît également comme une péninsule maritime qui tourne largement le dos à la mer, puisqu’elle ne réalise que 1,8% du commerce maritime français. Le trafic commercial des ports bretons atteint à peine 8 millions de tonnes et la région fonctionne avec des logiques terrestres (la route assure plus de 90% du transport des marchandises). La Bretagne tourne le dos à une ouverture océanique qui a fait jadis sa prospérité et ce regard oriental vers les marchés français et européens explique la suprématie de la Haute-Bretagne qui apparaît plus proche et mieux desservie (autoroute des estuaires, qui va du nord de la France à Bordeaux, en passant par Rennes et Nantes, prévision d’une liaison à grande vitesse jusqu’à Rennes à l’horizon 2012). Alors que la partie occidentale comptait 400 000 habitants de moins en 1851, le différentiel atteint désormais 1 016 000 habitants.

L’internationalisation économique apparaît ainsi plus « subie » (naufrage des pétroliers, délocalisations...) que choisie. Située près de la route maritime la plus fréquentée du monde, la région ne représente que 2,3% du commerce international de la France pour 5% de sa population. Pour certains, elle ne dispose pas d’un arrière-pays assez fort. Mais d’autres rappellent que la mer porte aujourd’hui près de 90% des échanges mondiaux. Ils soulignent que la Bretagne a toujours été prospère lorsqu’elle était maritime, notamment du XVe au XVIIIe siècle. Toutefois, seules les activités de pêche (au deux tiers sur la côte sud), les échanges liés à la Brittany Ferries et quelques flux agroalimentaires (Lorient, Brest) assurent actuellement une réelle inscription internationale. Le contraste est alors saisissant avec l’importance des associations de solidarité internationale (2e rang en France), des jumelages (1er rang) ou des multiples échanges qui montrent une autre forme d’internationalisation de la société bretonne (métissages musicaux inaugurés par Alan Stivell, festivals Étonnants Voyageurs à Saint-Malo, Interceltique de Lorient ou des Vieilles Charrues à Carhaix...). En raison de la proximité du port de Nantes-Saint-Nazaire (32,5 millions de tonnes en 2004), cinquième port français, ce problème d’une péninsule maritime « qui tourne le dos à la mer » alimente régulièrement les débats sur la réunification de la Bretagne. Si peu de personnes défendent le découpage actuel hérité du régime de Vichy, certains s’inquiètent des rivalités entre Rennes et Nantes et surtout de l’avenir des régions voisines. En effet, il serait possible de transformer six régions de l’Ouest français, peu cohérentes, en quatre régions claires, de poids économique comparable et disposant d’une identité marquée (Normandie, Bretagne, Val de Loire, ensemble Vendée-Poitou-Charentes qui correspond historiquement au Bas-Poitou...). De même, Rennes et Nantes sont complémentaires dans leur fonction, la première étant davantage universitaire, administrative, terrienne et européenne quand la seconde est plus spécialisée dans les activités industrielles, commerciales, maritimes et internationales. C’est sans doute pourquoi les vœux des collectivités pour un fonctionnement de la Bretagne à cinq départements (souhaité, d’après les sondages, par 70% des habitants concernés) se succèdent, que ce soit en Loire-Atlantique (en 1972, 1982, 2001...) ou dans la Bretagne administrative (en 1981, 1997, 2001). En 2005, une résolution du conseil régional franchit un cap et instaure des coopérations très concrètes pour le tourisme, la culture, le sport ou les relations internationales.

Les nouveaux défis bretons

Aujourd’hui, l’activité économique reste souvent atomisée en dehors d’un tissu coopératif qui a organisé l’agriculture et d’initiatives comme l’association Produit en Bretagne, créée en 1993, et qui regroupe désormais cent cinquante sociétés comptant plus de 100 000 emplois.

La région est à la fois attractive et vieillissante, ce qui illustre les limites du concept « d’économie résidentielle » (services aux populations locales résidentes) et rappelle les enjeux du maintien des jeunes diplômés en Bretagne. Entre aujourd’hui et 2030, dans la région, le nombre des plus de 80 ans devrait être multiplié par deux et le phénomène prend un tour accusé en raison de l’importance des « retours au pays » et de l’attrait régional. Ce dernier est réel et témoigne du capital de la région. La Bretagne dispose d’une image exceptionnelle qui lui vaut d’être la quatrième région touristique de France. De plus en plus de personnes font le choix d’y vivre - de façon temporaire ou permanente - en raison de la qualité de ses paysages et de son patrimoine historique (elle vient au deuxième rang, après Paris, pour le nombre de sites et monuments classés), de la qualité de son cadre de vie (rareté des pollutions atmosphériques, faible insécurité et deuxième région la moins criminogène de France, absence d’encombrement routier lié à la présence d’un réseau urbain relativement équilibré...). Cet attrait suscite toutefois une hausse de l’immobilier et certains déséquilibres. En cent cinquante ans, de nombreuses îles bretonnes ont perdu 80% de leur population et le tourisme en a chassé les habitants permanents. La Bretagne a également développé cette activité touristique en multipliant les résidences secondaires (80% de l’offre), ce qui conduit à la raréfaction des paysages naturels, notamment à proximité d’un littoral très convoité et sur lequel la loi Littoral s’applique difficilement en raison de l’héritage d’un habitat dispersé. Il faut ajouter que, entre 1987 et 2003, 22 220 transactions immobilières ont aussi été effectuées par des étrangers (dont 81% par des Britanniques). En utilisant notamment les techniques du télétravail, les nouveaux habitants s’installent dans des espaces jugés il y a peu répulsifs (le centre de la Bretagne) et qui sont ainsi re-dynamisés (réouverture d’école, nouvelles activités artisanales...). Lors du recensement de 1999, le département des Côtes-d’Armor a enregistré, à la surprise générale, un solde migratoire positif avec l’arrivée de migrants souvent jeunes (60% avaient moins de 40 ans). Ces implantations démontrent les atouts insoupçonnés d’un mode d’habitat qui a souvent été présenté en Bretagne comme un handicap (faible métropolisation notamment...). L’identité bretonne, jadis vécue comme « honteuse » est aussi de plus en plus revendiquée et l’on constate un essor de l’enseignement bilingue français-breton, que ce soit dans les écoles Diwan, Div Yezh (publique) et Dihun (privée), même si le nombre d’enfants scolarisés en filière bilingue reste minoritaire.

Ainsi, sous différents aspects, la Bretagne a, depuis les années 1950, opéré une modernisation inédite et effectué son « rattrapage ». Elle cherche aujourd’hui à inventer son propre projet de développement et dispose d’un potentiel remarquable pour devenir une région européenne majeure.

Jean OLLIVRO

Eléments de bibliographie indicative :

Géographie C. CANEVET, Le Modèle agricole breton, P.U.R., Rennes, 1992 F. ELEGOËT, Bretagne, vingtième siècle, Tud Ha Bro, Rennes, 2000 F. FAVEREAU, Bretagne contemporaine : culture, langue et identité, Skol Vreizh, Morlaix, 2005 P. FLATRES, La Bretagne, P.U.F., Paris,, 1986 R. LAYADI, La Région stratège : le développement durable, un projet pour la Bretagne, P.U.R, Rennes, 2004 M. LEBESQUE, Comment peut-on être breton ?, Seuil, Paris, 1970 (rééd.1984) A. LE BRAZ, Introduction, Bretagne, Les Guides bleus, Hachette, Paris, 1949 R. LE COADIC, L’Identité bretonne, Terre de Brume, Rennes, 1998 M. LE LANNOU, Géographie de la Bretagne, Plihon, Rennes, 1950 P. Y. LE RHUN, Géographie de la Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix, 1994 J. MARTRAY & J. OLLIVRO, La Bretagne réunifiée, Les Portes du Large, 2002 A. MEYNIER, Atlas et géographie de la Bretagne, Flammarion, 2e éd. 1984 J. OLLIVRO, Les Paradoxes de la Bretagne, Apogée, Rennes, 2005 M. PHILIPPONNEAU, Debout Bretagne !, Presses universitaires de Bretagne, Saint-Brieuc, 1970 ; La Bretagne en 2000, J. Ollivro dir., P.U.R., Rennes, 2000 SIMON, La Bretonnité : une ethnicité problématique, Terre de Brume, Rennes, 1999 C. VALLAUX, La Basse-Bretagne étude de géographie humaine, Cornély, Paris, 1906 : rééd. Slatkine, Genève, 1981.




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