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Le Grand Ouest français (Bretagne, Poitou-Charente, Aquitaine, Pays de la Loire et midi-Pyrénées)

Publié le jeudi 17 janvier 2008

IV / PAYS DE LA LOIRE (région)

La région des Pays de la Loire comprend cinq départements de l’ouest de la France : la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Sarthe et la Vendée. Sa capitale est Nantes. Elle couvre une superficie de 32 082 km2 pour une population de 3 222 061 habitants (recensement de 1999), soit une densité proche de la moyenne nationale (100 habitants au km2). C’est la cinquième région française par le poids démographique (5,5% de la population hexagonale).

La ruralité est plus présente dans les Pays de la Loire qu’à l’échelle nationale : 69,8% seulement de la population ligérienne en vit dans l’espace à dominante urbaine, contre 82% pour la France métropolitaine (1999). L’armature urbaine est composée en majorité d’aires urbaines de petite dimension : cinq d’entre elles seulement, sur un total de vingt-deux, dépassent les 100 000 habitants.

1. Des contrastes territoriaux marqués Il est banal d’évoquer l’absence d’unité de la région des Pays de la Loire. En effet, celle-ci ne correspond nullement à une entité historique, puisqu’elle a été construite en agrégeant quatre parties d’anciennes provinces (Anjou, Bretagne, Maine et Poitou). Par ailleurs, elle est marquée par une discontinuité géologique majeure, avec une situation de contact entre le Massif armoricain, d’une part, et l’extrémité sud-ouest du Bassin parisien, d’autre part. De là le passage de paysages de bocage faiblement vallonnés ayant des altitudes peu élevées (le point culminant de la région est le mont des Avaloirs, au nord de la Mayenne, avec 417 mètres) qui caractérisent les trois quarts occidentaux de la région, là où se déploie le vieux massif hercynien, à des secteurs de plaine aux paysages plus ouverts en arrivant sur le bassin sédimentaire, dans la moitié orientale du Maine-et-Loire et de la Sarthe. Ce contraste géologique et paysager, illustré par l’opposition entre l’Anjou noir et l’Anjou blanc, se retrouve également dans les franges méridionales de la Vendée, qui mordent sur le seuil du Poitou. Par ailleurs, si du fait de leur ouverture sur le littoral atlantique, les Pays de la Loire bénéficient d’un climat océanique tempéré, à l’origine d’une amplitude thermique annuelle modérée, les moyennes annuelles augmentent toutefois de trois degrés en progressant vers l’est : de 13 0C sur le littoral à 16 0C au Mans.

L’absence d’unité des Pays de la Loire ne se lit pas seulement dans l’histoire ou dans les paysages, elle se traduit également dans les réalités fonctionnelles. La région semble ainsi constituée de différents sous-ensembles : un estuaire de la Basse-Loire articulé autour de la métropole Nantes - Saint-Nazaire et tourné traditionnellement vers le grand large ; un Choletais mariant dynamisme industriel et conservatisme politique ; un Anjou blanc caractéristique du Val de Loire tourangeau, avec ses maisons en pierre de tuffeau et son habitat troglodytique ; un département de la Mayenne en position de marche entre Bretagne et Bassin parisien ; la Sarthe sous influence parisienne ; enfin, une bordure littorale à la vocation balnéaire très marquée et caractérisée par la présence de milieux humides rétro-littoraux (la Brière et le Marais du pays de Retz en Loire-Atlantique, le Marais breton et le Marais poitevin en Vendée). Enfin, l’examen du taux d’urbanisation et de la structure de l’emploi à l’échelle départementale atteste également de l’importance de ces contrastes territoriaux. La Loire-Atlantique s’affirme doublement dans le contexte ligérien, par l’importance du fait urbain et par la diversité des fonctions tertiaires de la métropole nantaise, huitième aire urbaine française avec 711 120 habitants en 1999 (883 499 habitants si l’on y adjoint l’aire urbaine de Saint-Nazaire, avec laquelle elle forme le complexe urbain de la Basse-Loire). C’est le seul département à la fois fortement urbanisé (l’espace à dominante urbaine regroupe 87% de la population en 1999) et dans lequel la part de l’emploi tertiaire est presque conforme à la moyenne nationale. À l’opposé, la Mayenne et la Vendée présentent encore un visage rural affirmé et une double vocation à la fois agricole et industrielle. Dans ces départements, environ un habitant sur deux vit dans l’espace à dominante rurale et l’aire urbaine des deux villes préfectures, Laval et La Roche-sur-Yon, avoisine seulement les 100 000 habitants en 1999. Quant aux deux autres départements ligériens, le Maine-et-Loire et la Sarthe, ils sont en situation intermédiaire, tant par l’intensité de l’urbanisation que par le profil des activités. Cette situation s’explique par la présence d’une aire urbaine relativement peuplée, respectivement Angers (333 624 habitants en 1999, soit le 23e rang national) et Le Mans (293 159 habitants en 1999 et 28e rang national).

2. Les dynamiques démographiques et économiques

Un bilan migratoire positif Entre les deux derniers recensements (1990-1999), la croissance de la population est plus rapide dans les Pays de la Loire qu’en France métropolitaine : + 0,58% contre + 0,37%. Ce dynamisme n’est guère spécifique à la région ligérienne car il touche l’ensemble des régions de la moitié occidentale du pays. Les Pays de la Loire se classent ainsi au cinquième rang pour le taux d’accroissement démographique, alors qu’ils n’étaient qu’en quatorzième position entre 1962 et 1968.

Cette croissance démographique relativement soutenue est due pour un tiers à l’excédent du solde migratoire, qui prend progressivement le relais d’un solde naturel en net recul depuis 1975. Le renversement du solde migratoire traduit le passage d’une région d’exode à une région attractive. De nouveau, l’espace ligérien ne fait guère exception dans la moitié occidentale du pays, car les régions atlantiques françaises présentent, depuis 1975, des bilans migratoires de plus en plus excédentaires.

Toutefois, au cours de la décennie 1990, dans les Pays de la Loire comme dans la plupart des autres régions de province, les soldes migratoires par âge laissent apparaître un déficit pour les jeunes adultes. Autrement dit, entre vingt et trente ans, le nombre des départs excède celui des arrivées, avec un creux prononcé autour de vingt-cinq ans. En revanche, le bilan migratoire est positif pour toutes les autres classes d’âge, mais plus spécifiquement pour les adultes ayant entre trente-cinq et cinquante ans et pour les jeunes retraités. Enfin, les flux les plus significatifs de migrants s’installant en Pays de la Loire viennent d’Île-de-France (environ un tiers des arrivants en provenance d’une autre région française) et des régions limitrophes.

Le dynamisme de l’emploi et les spécificités économiques régionales

Le dynamisme économique des Pays de la Loire est incontestable. Au cours des décennies 1980 et 1990 (1982-1999), la croissance de l’emploi y a été la plus rapide de toutes les régions métropolitaines et la région apparaît également en tête, avec le Languedoc-Roussillon, pour la progression du produit intérieur brut (P.I.B.) entre 1992 et 2002. Ce dynamisme économique a été soutenu par la création d’infrastructures de transports. Ainsi, l’arrivée du T.G.V. Atlantique en 1989 (même si la ligne à grande vitesse, dite L.V.G., ne concerne que le tronçon Paris-Le Mans) rapproche les principales villes de la région de Paris mais aussi des autres agglomérations françaises, grâce au contournement ferroviaire de la capitale : à titre d’exemple, le temps de trajet a été réduit de trois à deux heures entre Nantes et Paris. Par ailleurs, le maillage autoroutier des Pays de la Loire s’est poursuivi, avec l’ouverture, depuis la décennie 1980, de plusieurs tronçons autoroutiers ou de voies rapides (A11, A81, A83, A85).

La région ligérienne offrait 1,378 million d’emplois au 31 décembre 2002, soit 5,6% de l’emploi total en France. Cependant, la contribution de la région au P.I.B. national est inférieure (4,9%), bien qu’en progression, car les Pays de la Loire ne se situent qu’à la dixième place des vingt-deux régions françaises métropolitaines pour le P.I.B. par habitant. Celui-ci est inférieur à la moyenne de la France métropolitaine (22 300 euros contre 25 153 en 2002), en raison des spécificités économiques régionales. D’une part, les secteurs de l’agriculture et de l’industrie-construction sont surreprésentés, au détriment du tertiaire, qui ne représente que les deux tiers de l’emploi régional contre près des trois quarts à l’échelle nationale, étant donné la sous-représentation des services aux entreprises. D’autre part, la structure économique fait ressortir la présence d’industries de main-d’œuvre et la faiblesse relative d’activités à haute valeur ajoutée. Les Pays de la Loire représentent le dixième de la valeur de la production agricole nationale, avec une forte spécialisation dans l’élevage bovin, ce qui n’exclut pas, ponctuellement, d’autres productions, comme le vignoble (Pays nantais, Anjou et notamment Coteaux du Layon, Saumurois), l’horticulture et les vergers (Val d’Anjou) ou le maraîchage (Pays nantais). La région se situe ainsi à la première place en France pour la viande et à la seconde pour le lait, derrière la Bretagne. Par ailleurs, elle possède, loin cependant derrière cette dernière, le second cheptel porcin et de volailles. Quant au secteur secondaire, quelques spécificités régionales ressortent. Les principales branches industrielles sont l’agroalimentaire, qui prend appui sur l’important secteur agricole, les biens de consommation de type habillement, chaussure et meuble, la métallurgie-mécanique, la construction navale (les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire mais aussi la construction de bateaux de plaisance en Vendée) ou encore l’aéronautique (usine Airbus à Nantes et Saint-Nazaire). Enfin, signalons l’importance du tourisme parmi les activités tertiaires. Celui-ci est limité pour l’essentiel au littoral, où il est très développé, prenant appui sur de nombreuses stations balnéaires dont certaines très connues (La Baule, Les Sables-d’Olonne) et sur une moyenne annuelle d’insolation qui situe cette portion du littoral atlantique en seconde position derrière le Sud-Est méditerranéen. Hors du littoral, le tourisme se fait plus discret et plus ponctuel. Il n’a jamais l’aspect massif que revêt cette pratique le long de la façade atlantique au cours de la période estivale. Il concerne quelques centres urbains présentant une certaine valeur patrimoniale (Angers, Nantes...), le Val de Loire en amont d’Angers, l’abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire) aux confins de l’Anjou et de la Touraine ou encore le parc d’attraction du Puy-du-Fou en Vendée. En outre, si le Marais poitevin connaît également un processus de valorisation récréotouristique, celui-ci touche essentiellement le Marais mouillé et notamment la Venise verte, espace situé dans la région voisine du Poitou-Charentes, alors qu’en Vendée se déploie largement le Marais desséché, mis en valeur de façon intensive sous forme de céréaliculture.

3. La diversité régionale

Les inégalités de croissance démographique et économique

Le dynamisme démographique et économique des Pays de la Loire est très inégalement réparti. Du fait de la vigueur de leur solde migratoire, la Loire-Atlantique et la Vendée apparaissent nettement en tête pour le taux d’accroissement de la population (+ 0,84% et + 0,65% par an entre 1990 et 1999). C’est également au sein de ces deux départements que l’augmentation du nombre d’emplois a été la plus soutenue. En revanche, avec un bilan migratoire nul et une croissance de l’emploi plus modeste, les autres départements sont en retrait pour le dynamisme démographique, avec des valeurs s’échelonnant entre + 0,29% par an entre 1990 et 1999 pour la Mayenne et + 0,41% pour le Maine-et-Loire (+ 0,35% pour la Sarthe).

La distance au littoral et aux aires urbaines constitue un facteur déterminant des fortes inégalités en matière d’accroissement démographique. D’une part, les cantons qui bordent l’Atlantique enregistrent une forte croissance de leur population, étant donné la vigueur du solde migratoire. D’autre part, le taux d’évolution annuel moyen de la population est très nettement supérieur dans l’espace à dominante urbaine : + 0,71% par an entre 1990-1999, contre seulement + 0,29% pour l’espace à dominante rurale. Quelques aires urbaines enregistrent ainsi des taux d’accroissement rapide, comptant même parmi les plus dynamiques du territoire national, qu’il s’agisse des deux plus importantes de l’espace ligérien, à savoir Nantes (+ 1,10% par an) et Angers (+ 0,84% par an), mais aussi une ville moyenne comme La Roche-sur-Yon (+ 0,86%).

Des « campagnes vivantes »

Fruit d’une moindre intensité de l’urbanisation, près d’un million de Ligériens, soit 30,2% de la population, vivent dans l’espace à dominante rurale. Celui-ci est caractérisé par des densités de population relativement élevées, avec 50 habitants au km2 contre 33 seulement au niveau national, ce qui peut s’expliquer, au moins partiellement, par un essaimage des activités secondaires. L’industrie est en effet très présente dans ces territoires ruraux, où culmine la proportion d’actifs employés dans le secondaire, ce qui justifie l’expression « campagnes vivantes ». Les industries agricoles (matériel agricole, intrants) et agroalimentaires y occupent une place importante, même si leur contribution à l’emploi varie considérablement d’un lieu à un autre. Par ailleurs, d’autres secteurs sont également bien représentés, comme la métallurgie, la plasturgie, l’ameublement ou encore la construction-B.T.P. Toutefois, si les espaces ruraux des Pays de la Loire apparaissent comme des campagnes peuplées, c’est non seulement par l’importance relative de l’emploi industriel, mais aussi par la bonne résistance, voire la progression de ce secteur, ainsi que par la croissance du tertiaire.

La spécificité du Choletais Le Choletais est souvent présenté, en France, comme le modèle de l’industrialisation en milieu rural. Cet espace comprend, pour l’essentiel, le sud-ouest du Maine-et-Loire et le nord-est de la Vendée et, de façon plus limitée, le sud-est de la Loire-Atlantique et le nord-ouest des Deux-Sèvres, département appartenant à la région Poitou-Charentes. C’est une aire de peuplement dense, organisée selon une trame serrée de bourgs et de petites villes. Cette densité et cette diffusion du peuplement sont liées à un essaimage des industries, avec une spécialisation marquée dans la production de biens de consommation. L’activité traditionnelle du Choletais est l’habillement (deuxième pôle français après la région parisienne) et la chaussure (premier pôle). Toutefois, depuis les années 1950, un processus de diversification est à l’œuvre, porté notamment par les industries agroalimentaire, mécanique, du meuble, de la plasturgie ou encore la construction de bateaux de plaisance.

Le Choletais s’apparente à un district industriel, avec une multitude de petites entreprises, mais pas exclusivement (quelques entreprises de plus grande dimension, soit d’origine locale, soit issues d’une délocalisation - comme Michelin ou Thomson à Cholet sont recensées). Il s’agit d’un développement endogène, reposant sur des initiatives et des capitaux locaux. La démarche des entrepreneurs comprend une dose prononcée de paternalisme vis-à-vis de la main-d’œuvre. Celle-ci ne se reconnaît aucunement dans les valeurs de la classe ouvrière, manifestant avec constance son ancrage dans un vote conservateur. On retrouve ainsi la même configuration sociale que dans la société agraire : les industriels, fréquemment issus du monde de l’artisanat, détiennent désormais le pouvoir, à la place des grands propriétaires terriens ; quant aux ouvriers, ils reproduisent la même attitude de soumission qu’avaient les petits fermiers ou métayers, niant ainsi leur appartenance à la classe ouvrière. Face à la rude concurrence des pays à bas coût de main-d’œuvre, le Choletais souffre, mais sa base économique ne s’est pas effondrée, en raison de la capacité d’adaptation des entrepreneurs : le nombre d’entreprises délocalisées dans le prêt-à-porter a été limité pour l’instant, les entrepreneurs ayant diversifié l’activité en relevant le niveau technologique, ce qui a entraîné une requalification de la main-d’œuvre.

L’identité des Pays de la Loire, mosaïque de territoires, reste incertaine, tant les facteurs de diversité sont nombreux. Néanmoins, l’un des traits les plus remarquables de cette région est son dynamisme démographique et économique, qui profite d’abord et avant tout aux principales villes et au littoral atlantique.

François MADORÉ

Bibliographie indicative M. BALESTE et al., La France : les 22 régions, Armand Colin, Paris, 2001 C. CABANNE, Pays de la Loire et Centre, Sirey, Paris, 1984 A. CHAUVET, Porte nantaise et isolat choletais, Hérault, Maulévrier, 1987 N. CROIX dir., Des campagnes vivantes. Un modèle pour l’Europe ?, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2000 I.N.S.E.E., La France et ses régions, 2002 ; Les Fonctions métropolitaines supérieures dans les villes de l’Ouest, 2002 J. RENARD, Géopolitique des Pays de la Loire : à la recherche d’une région perdue et retrouvée, A.C.L.-Crocus, Saint-Sébastien, 1988 ; La Vendée : un demi-siècle d’observation d’un géographe, Presses universitaires de Rennes, 2005.




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