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Le football perd-il peu à peu le Nord ?

Existe-t-il des Tiers-mondes et des pays émergents du football ?
Publié le mardi 2 novembre 2004

La Coupe du monde est l’occasion, tous les quatre ans, de faire le point sur l’état du football au plan mondial, tel qu’il et géré par la F.I.F.A. ( fédération inernationale de football associations) et les organismes de gestion de ce sport au niveau des continents. L’univers mental de ce sport est bâti sur les exploits et les malheurs des protagonistes durant les différentes phases finales des compétitions. Pour les Français, 1958 et 1982 restent des années de référence pour leurs charges émotionnelles . Mais au-delà des impressions assez souvent trompeuses, il faut regarder les bilans des 15 tournois mondiaux, pour ne pas se laisser abuser par une mémoire affective et sélective. A travers l’analyse rapide qui va suivre, nous désirons vérifier ou infirmer une idée fondée sur un concept emprunté à d’autres domaines de la géographie. Dans un monde-système global, qui obéit le plus souvent à une logique Nord-Sud (encore plus depuis 1990), peut-on retrouver ce modèle dans le cadre de la plus grande compétition footballistique de la planète ? Le Nord du ballon rond est-il toujours au Nord ? Y-a-t-il toujours été ? Y sera-t-il encore demain, lors des prochaines Coupes du monde ? Face à cette interrogation, pouvons-nous espérer découvrir des évolutions comparables à celle de l’économie générale, qui distingue des N.P.I., des P.V.D., des P.M.A.... En bref, existerait-il des pays émergeants du football, et consécutivement un Tiers-monde de ce sport ?

Coupes du Monde et championnats continentaux : une ou deux élites ?

La carte 1 permet d’appréhender le problème dans sa dimension la plus simple. Quels sont ceux des pays qui ont participé à une Coupe du monde ? Au total,61 pays ont joué au moins une fois une phase finale . Si si on rapporte ce nombre à l’ensemble des pays existant, le pourcentage tourne aux environs de 32% . Donc, environ 70% des Etats n’ont jamais atteint la phase finale de la Coupe du monde. C’est sans doute cette énorme proportion de pays « oubliés » qui explique le nombre exceptionnels d’engagés dans les éliminatoires de la Coupe du monde 1998. Pour des dizaines de fédérations nationales, atteindre la phase finale est en soi un objectif, car il marque le triomphe dans un véritable mini-championnat régional des nations. Il n’est pas inutile de rappeler qu’il n’existe pas de championnats continentaux partout, loin s’en faut. Seuls trois continents ont une compétition régulière sacrant un champion et structurant, de facto, une hiérarchie footballistique : Amérique Latine depuis 1916 ; Afrique depuis 1957 et Europe depuis 1960. Hors de ces compétitions relativement récentes, seuls les Jeux Olympiques permettent de remonter plus avant dans le temps, puisqu’à partir de 1908, existe un tournoi qui oppose des équipes nationales. Mais nous ne pouvons lui accorder la même attention que la Coupe du monde, plus jeune, mais plus précise dans ses statuts . Il y a donc 130 pays qui sont les absents réguliers de la Coupe du monde. Mais avant d’aller au-delà de ce constat, pour y rechercher des critères de différenciation entre les 61 lauréats, nous proposons un rapide coup d’œil sur les championnats continentaux. La carte 2 dresse un panorama de ces élites continentales. Quelques remarques s’imposent : · En Europe et en Amérique Latine, les championnats sont plus élitistes que la Coupe du Monde. Ainsi pour l’Europe, des pays tels que la Suède, la Norvège, le Portugal, l’Autriche, la Suisse ou les fédérations britanniques n’ont pas atteint le stade final du C.E.N. . Deux pays seulement n’apparaissent pas du tout en comparant les deux cartes : l’Albanie et la Finlande. Dans le cas de l’Amérique latine, la comparaison est encore plus simple. La Copa America se ventile sur 6 pays uniquement depuis son origine, alors que la Coupe du monde a permis à 8 pays de participer. Les seuls pays hors-jeu en analysant les deux compétitions sont le Vénézuela, l’Equateur et les Guyanes. · L’Afrique présente l’exemple inverse. 18 Etats ont participé au C.A.N. Sept pays seulement ont joué la phase finale d’une Coupe du monde. Mais tous ces pays « mondialistes » ont par ailleurs gagné le C.A.N., à l’exception du Maroc. Ici, c’est donc le Championnat continantal qui est beaucoup pus largement ouvert que la Coupe du monde. Sans entrer dans une explication très fouillée, il est assez évident que cette distorsion est due aux modalités d’organisation de la Coupe du monde par la F.I.F.A., traduisant magnifiquement les rapports de force dans son administration, la Fédération mondiale se trouvant à la fois juge et partie, par la composition de son bureau exécutif.

Les 130 pays oubliés se retrouvent très majoritairement dans une zone indiano-pacifique que nous avons cernée sur la carte 1. Ce périmètre recoupe la moitié est et sud de l’Afrique, l’Asie méridionale, orientale et extrême-orientale, l’Océanie entière sauf Australie et Nouvelle Zélande pour une participation unique. Une simple estimation démographique montre qu’il s’agit de plus de la moitié de l’humanité au moins qui est ainsi exclue de l’enjeu direct de la Coupe du monde, condamnée à en être seulement la consommatrice. En dehors de ce périmètre, il demeure quelques pays qui n’ont jamais participé à une seule phase finale. En Amérique Centrale, le Guatemala, le Panama, le Nicaragua et le Belize sont dans cette situation. Il faut y ajouter la plupart des petits Etats des Caraïbes . Mais cela porte sur des populations réduites, dans des espaces où la concurrence est rude. En Europe, les deux seuls absents ont été signalés précédemment (Albanie et Finlande). Il faudra dorénavant prendre en compte les nouveaux Etats issus de la chute du bloc socialiste et des décompositions des Démocraties populaires ( Slovaquie, République tchèque, Croatie, Slovénie, Macédoine, Bosnie, Estonie, Lituanie, Lettonie, Ukraine, Moldavie, Bielorussie , Etats du Caucase et d’Asie Centrale. Il faudra plusieurs compétitions pour pouvoir juger de leur positionnement face aux deux groupes de pays dégagés par la Coupe du monde. En Afrique de l’Ouest, six pays ont déjà assuré la représentation de cet espace, laissant bon nombre d’Etats sahéliens et côtiers dans l’oubli. La faible population de certains ( Mali ou Niger par exemple) ou le caractère transfrontalier des ethnies peut cependant atténuer ce phénomène et amener à dire que cet espace est relativement intégré à la Coupe du monde.

Ainsi, une rapide analyse permet de distinguer l’équivalent d’un Nord et d’un Sud, mais avec une zonation géographique différente. Le fameux effet de triade ne fonctionne pas ici : le Japon est absent de l’univers traditionnel du football. Il cherche depuis quelques années à rattraper son retard en organisant un championnat professionnel, à l’instar de ce qu’ont fait les Etats-Unis après la Coupe du monde 1994. L’attribution de l’organisation de la Coupe du monde 2002 à une co-organisation Corée du Sud-Japon participe complètement de cette logique volontariste qui cherche à recomposer l’univers du football sur celui de l’économie mondiale. Pour l’heure, les centres décisionnels du ballon rond sont clairement situés en Europe et en Amérique du Sud ( Italie-Allemagne et Argentine-Brésil), les Amériques Centrale et Nordique, ainsi que l’Afrique de l’Ouest faisant figure de périphéries intégrées au centre. Le reste de la planète, autour de l’Océan Indien et du Pacifique Ouest, représente clairement une forme de Sud intégral, un Tiers-monde du football. Mais le second élélment de la problématique est de s’interroger sur l’homogénéité ou l’hétérogénéité de ce « Sud Football », en essayant d’y trouver un modèle de diversification, un processus d’émergence.




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