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Lorraine : étude géographique

Publié le jeudi 6 novembre 2008

Lorraine : Géographie

Au début des années 1960, certains journalistes comparaient la Lorraine au Texas tant étaient fortes sa réputation industrielle et son attraction sur les hommes, venus en masse du sud et de l’est de l’Europe. Vingt ans plus tard, la presse regorgeait d’articles décrivant une région sinistrée, frappée de plein fouet par une succession de crises. L’image de la Lorraine qui s’est alors progressivement imposée était celle d’une vieille région industrielle en crise. Cependant, en ce début du IIIe millénaire, une autre image est modelée par les décideurs régionaux, celle d’une Lorraine au cœur de l’Europe, cherchant à se construire une nouvelle personnalité faite de dynamisme et d’ouverture.

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Qu’y-a-t-il derrière ces images opposées ? La réalité du passé industriel lorrain est incontestable : nul ne peut nier l’importance du textile, de la sidérurgie, de l’extraction houillère et même de la chimie dans l’économie régionale et nationale. Nul ne peut ignorer, non plus, la gravité de la crise sur les espaces et les hommes. Les usines ont fermé les unes après les autres, les friches industrielles se sont multipliées, la population lorraine a décliné en raison du déficit migratoire, alors que la plupart des autres régions françaises croissaient. Au cours des trois dernières périodes censitaires (1975-1999), la population lorraine est passée de 2 331 800 à 2 310 076 habitants. Néanmoins, paradoxalement, le taux de chômage régional est resté toujours très proche de la moyenne nationale et il est même passé légèrement en deçà à partir de 1989 : ainsi, en 2000, le taux lorrain était de 8,7 % alors que le taux national s’élevait à 9,8 %. La focalisation sur l’apogée industriel et sur la crise qui a suivi a occulté une réalité essentielle, à savoir que la Lorraine ne se réduit pas à ses espaces industriels. Ces derniers n’occupent, proportionnellement, que des surfaces modestes au regard de l’extension totale de la région et, de surcroît, ils sont circonscrits à des périmètres bien délimités. Hormis ces foyers industriels et le long corridor urbain central, les espaces lorrains sont avant tout ruraux. En ce qui concerne l’image européenne de la Lorraine, on peut, certes, souligner la situation frontalière de la région, l’importance des investissements étrangers et l’intensité du trafic de transit sur l’axe nord-sud qui unit l’Europe septentrionale à l’Europe méditerranéenne. Cela est-il suffisant pour lui reconnaître une place privilégiée dans le concert des régions européennes ?

Les espaces des vieilles industries lorraines

Tous les manuels de géographie des années 1950 présentaient une carte de la Lorraine industrielle, composée de quatre grands bassins spécialisés.

Le textile des vallées vosgiennes

Le plus ancien de ces bassins est celui de l’industrie textile implantée essentiellement dans les vallées vosgiennes, dès le milieu du xixe siècle. En 1950, à la veille de la première crise, filatures et tissages participaient respectivement pour 20 et 25 % à la production nationale des filés et des tissés de coton ; ces établissements textiles occupaient plus de 30 000 salariés. Quarante années de crises successives ont conduit à l’abandon de multiples usines aux toits de sheds et à ces forteresses du capitalisme industriel ; les effectifs se sont effondrés et ne subsistent plus, en 2001, que 3 300 emplois dans le textile en Lorraine. Cependant, en 2000, la production lorraine de filés atteignait 69 000 tonnes (50 000 t en 1950) et celle des tissés, 56 000 tonnes (48 000 t en 1950), soit respectivement 49 et 51 % de la production nationale. Il s’agit donc avant tout d’une crise sociale, qui s’exprime aussi par une recomposition des espaces de production. La localisation des trois autres bassins est liée à la présence de gisements miniers.

Les vestiges de la grande sidérurgie

L’industrie sidérurgique s’est implantée sur les gisements de minerai de fer contenus dans les calcaires oolithiques des côtes de Moselle. C’est au nord que l’ensemble le plus vaste et le plus continu s’est mis en place, entre Metz et la frontière luxembourgeoise, d’abord au pied des côtes, puis dans les vallées qui entaillent le front de ces dernières (vallées de l’Orne et de la Fensch). Les mines creusées en galeries sur les versants alimentaient les hauts-fourneaux installés au fond des vallées qui, progressivement, ont été totalement occupées par les autres éléments des complexes sidérurgiques (aciéries, laminoirs, usines d’agglomération, cités ouvrières, etc.). L’annexion d’une partie de la Moselle, en 1871, a poussé le front sidérurgique vers l’amont des vallées et le plateau du revers où de nouvelles concessions minières ont été exploitées par des puits verticaux ; cette annexion a également stimulé le développement de la sidérurgie au sud de la nouvelle frontière, entre Pont-à-Mousson et Nancy. Le plus souvent, ce sont les mêmes familles d’industriels qui, tout en conservant leurs sites en Allemagne, créent les nouvelles usines ; celle de Pompey, fondée en 1875, est le seul exemple de repli total d’une entreprise. À leur apogée, en 1960, les cinquante-cinq sièges en exploitation produisent plus de 62 millions de tonnes de minerai de fer, soit 94 % de la production nationale. Le maximum de la production sidérurgique est atteint, quant à lui, en 1974, avec plus de 14 millions de tonnes d’acier, soit 53 % de la production française. Le décalage dans le temps entre ces deux maximums s’explique par la concurrence que subit la minette de lorraine, pauvre en fer, de la part de minerais exotiques (brésilien, mauritanien, suédois) importés à moindre coût. Cependant, cinq ans après la mise en service de l’aciérie ultra-moderne de Gandrange (1970) , au débouché de la vallée de l’Orne, la crise internationale de la sidérurgie affecte brutalement et durablement la production lorraine. En ce début de xxie siècle, non seulement toutes les mines de fer sont fermées, mais presque tous les hauts-fourneaux sont arrêtés et nombre d’usines sont déjà démantelées. L’aire de production s’est contractée et se concentre principalement sur moins d’une dizaine de sites, proches de la vallée de la Moselle. Avec les plans sociaux successifs, les effectifs de la sidérurgie se sont effondrés et sont passés de 88 000 employés en 1962 à environ 10 000 à la fin du xxe siècle. La Lorraine ne produit plus alors que 4 millions de tonnes d’acier, soit moins du quart de la production nationale.

Le crépuscule du charbon

Le troisième pilier de l’industrie lorraine était le charbon. Le gisement de houille commence à produire en 1856, à partir de puits installés au fond d’une dépression, le Warndt, ouverte dans la couverture sédimentaire du plateau lorrain, au sud de la Sarre. L’annexion par l’Allemagne, en 1871, n’a pas contribué à son développement, et ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale et, surtout, après la Seconde que la production devient importante : 7 millions de tonnes en 1938 et plus de 15 millions à son apogée, entre 1964 et 1967 (28 % de la production nationale). La proximité de la sidérurgie aurait pu contribuer à un épanouissement plus rapide des charbonnages mosellans ; en réalité, le charbon du Warndt a longtemps été considéré comme inapte à la cokéfaction. Après 1952, de nouveaux procédés le rendront utilisable et la sidérurgie devient alors un des tout premiers clients des Houillères du Bassin de Lorraine (H.B.L.). Au début du xxie siècle, le charbon lorrain alimente encore, sur place, à Carling, une usine carbochimique et une centrale thermique, même si les trois quarts de la production régionale d’électricité sont fournis par la centrale nucléaire de Cattenom, sur la Moselle. À partir de la fin des années 1960, le Pays noir a connu un déclin parallèle à celui de la sidérurgie, momentanément suspendu par la crise pétrolière. Les deux derniers puits (Merlebach et La Houve) ont fourni moins de 2 millions de tonnes en 2001 et n’occupaient plus alors que 5 600 salariés, alors que ceux-ci étaient presque 48 000 en 1957. L’extraction est définitivement arrêtée en avril 2004.

L’industrie chimique du sel

Même si son importance n’est en rien comparable aux trois anciennes mono-industries lorraines, l’industrie chimique, née de l’exploitation du sel gemme, mérite cependant d’être signalée. Si les vieux sites mosellans ont cessé toute production en rapport avec le sel, les deux unités de Solvay à Dombasle et Novacarb à Laneuveville-devant-Nancy dans l’agglomération nancéienne, constituent le seul pôle français de production de carbonate de soude. L’extraction du sel et sa transformation marquent de façon spectaculaire l’environnement local, tant par la présence des carrières de calcaire, par les effondrements de surface à la verticale des lentilles de sel, que par les immenses bassins de décantation qui permettent de limiter et de réguler les rejets de résidus salés dans la Meurthe et les aquifères.

Reconversion et diversification industrielle

Le panorama qui vient d’être dressé explique l’importance du traumatisme qu’ont subi les vieux bassins industriels lorrains. L’ampleur de la crise se lit partout dans les paysages, surtout dans ceux de la sidérurgie, où des fonds de vallée autrefois entièrement occupés présentent, aujourd’hui, des plaies béantes à l’emplacement des hauts-fourneaux et des aciéries démontées. Selon les sites, le nettoyage et le traitement des friches sont plus ou moins avancés. L’importance spatiale et psychologique de ces friches a généré une gestion quasi systématique de ces espaces, confiée à un organisme public d’État, créé en 1973, l’Établissement public de la métropole lorraine (E.P.M.L.) devenu, en 2002, Établissement public foncier de Lorraine (E.P.F.L.). Si la mission de cet organisme s’est progressivement étendue à tous les « espaces dégradés », y compris aux friches militaires et ferroviaires, son action est particulièrement orientée vers le traitement des anciennes aires sidérurgique, charbonnière et textile. Ainsi, l’E.P.M.L. est intervenu dans quelques opérations emblématiques, comme celle du traitement des friches de l’ancienne zone industrielle de Pompey, aux portes de Nancy, ou du Pôle européen de développement (P.E.D.), à la frontière belgo-franco-luxembourgeoise, sur l’ancien complexe sidérurgique de la vallée de la Chiers. Cet organisme public est un acteur essentiel, en amont des politiques de reconversion mises en œuvre pour tenter de venir en aide à une région sinistrée. Certaines des friches traitées reçoivent de nouveaux établissements industriels de nature et de taille fort différentes des précédentes. Mais les nouvelles implantations s’effectuent aussi en sites vierges, telle l’usine Sovab, filiale de Renault, construite en 1980 à Batilly, sur le plateau minier, mais au milieu des terres céréalières, à proximité immédiate de l’autoroute A4 ; il en est de même de la zone d’activités de Villers-la Montagne, implantée en pleine campagne, au sud de Longwy, à l’écart des vallées sidérurgiques. Ces actions de reconversion contribuent à la diversification du tissu industriel régional. Y participent aussi des activités enracinées, qui ne jouaient qu’un rôle secondaire avant la crise, telles que les industries agro-alimentaires et celles du bois et du papier. Parmi les nouvelles activités, l’automobile offre le plus grand nombre d’emplois (environ 20 000) et fait figure d’industrie de reconversion par excellence, comme dans le Nord-Pas-de-Calais. Dès 1969, la Lorraine a accueilli surtout des équipementiers, même si la dernière usine construite, celle de la Smart (1997), est une usine intégrée regroupant sur le site de Smartville, à Hambach près de Sarreguemines, les chaînes de montage et les équipementiers. Deux autres secteurs ont aussi participé à la diversification : ce sont, d’une part, les équipements électriques et électroniques, le plus souvent d’origine étrangère et parfois éphémères, d’autre part, la plasturgie, surtout développée en Moselle et dans les Vosges. Quelque importants que puissent être les résultats de la politique de reconversion industrielle, les emplois créés ne compensent pas la totalité de ceux qui ont été supprimés par la crise (le taux de l’emploi industriel est passé de 28,5 % en 1990 à 22,5 % en 1999). Mais la proximité des frontières soulage le marché de l’emploi du nord de la Lorraine : en 2000, ce ne sont pas moins de 70 000 travailleurs qui, quotidiennement, ont franchi les frontières, principalement vers le Luxembourg (43 000), secondairement vers la Sarre, accessoirement vers la Belgique. La progression de ces migrations pendulaires est vertigineuse : 7 000 en 1968, 47 000 en 1995. Ce mouvement d’osmose n’est qu’un des aspects des multiples échanges qui se nouent dans cet espace transfrontalier européen.

Le corridor urbain méridien

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Aux espaces de forte densité nés de l’industrie s’ajoute un autre ensemble majeur dans l’organisation territoriale de la région. Cette aire étroite s’étire le long de la vallée de la Moselle, principalement du sud de l’agglomération de Nancy à Thionville. Elle se prolonge de façon beaucoup plus intermittente dans les vallées vosgiennes, avec les foyers urbains d’Épinal et de Saint-Dié-des-Vosges. L’essentiel de ce corridor fortement urbanisé correspond à la présence d’une métropole polynucléaire formée des trois agglomérations les plus importantes de la Lorraine (Nancy, Metz et Thionville). Dans cette bande étroite d’une centaine de kilomètres de longueur sont concentrées plus de 800 000 personnes, soit plus du tiers de la population totale de la Lorraine. Cette concentration doit sans doute beaucoup à la proximité des espaces de la sidérurgie et de la chimie avec lesquels elle se confond partiellement, mais aussi à l’histoire, qui a fait émerger sur un des grands itinéraires européens les deux têtes de la métropole, Nancy (331 000 habitants, en 1999) et Metz (322 000 habitants). Ce couloir méridien n’est pas unique ; il est doublé, à l’ouest, par celui de la Meuse , qui paraît bien vide en comparaison. Mais ces deux sillons, propices à l’écoulement des flux, ont eu des histoires différentes qui ont donné l’avantage à celui de la Moselle. La vie urbaine est ancienne dans la vallée, puisque Metz y jouait déjà un rôle important aux époques romaine et médiévale [cf. metz]. C’est à l’époque moderne, avec les ducs de Lorraine, que Nancy émerge à son tour. L’établissement de la frontière franco-allemande, entre les deux villes, en 1871, a profité à Nancy au détriment de Metz [cf. nancy]. Dans les années 1950, la politique de régionalisation a révélé l’âpreté de la concurrence entre les deux villes et, au milieu des années 1960, lors de la création des métropoles d’équilibre, il a été impossible de départager les deux rivales. Le compromis qui a conduit à la naissance d’une métropole unique a cependant amplifié les relations interurbaines avec la construction d’une autoroute intra-urbaine – et de ce fait gratuite –, et la mise en service d’une desserte ferroviaire cadencée qui, aujourd’hui, se prolonge jusqu’à Luxembourg. L’obsession de maintenir un équilibre entre les deux têtes a entraîné l’implantation d’organismes métropolitains et la construction d’infrastructures communes, à Pont-à-Mousson ou dans ses environs : E.P.M.L., aéroport régional, gare T.G.V., par exemple. Dans l’ensemble de la région, cet espace est incontestablement le plus dynamique.

Les espaces ruraux recomposés

Aussi importants qu’aient pu être – ou que soient encore – les espaces industriels lorrains, et leur prégnance sur les paysages, ils ne couvraient que des surfaces très réduites en comparaison des campagnes. La Lorraine est d’abord une région de labours, de prairies et de forêts. Si la surface agricole utile (S.A.U.) couvre exactement la moitié du territoire, la forêt occupe environ 900 000 hectares, soit 37 %, ce qui est considérable. Certes, la couverture forestière du massif vosgien tient dans ce total une place éminente ; cependant, la forêt est ubiquiste dans la Lorraine des plateaux, où elle alterne en grandes écharpes avec les cultures. Tout l’espace est rythmé par cette alternance, qui est le résultat de la disposition générale du relief. En effet, la Lorraine occupe une grande partie de l’est du Bassin parisien, avec des lignes de côtes – les cuestas des géographes – dont le front est tourné vers l’est et dont le revers s’incline doucement vers l’ouest jusqu’au pied de la côte suivante. Toute la respiration des paysages s’explique par cette répétition des formes physiques. La forêt couronne le sommet des talus et habille la partie la plus élevée des reliefs calcaires ; vers l’ouest lui succèdent les vastes étendues de labours, eux-mêmes remplacés par des prairies ou de grand massifs isolés de forêt, lorsque les sols deviennent argileux dans les dépressions en avant des côtes. À la fois ouverts et bornés, ces paysages sont, au total, plutôt monotones, sauf si l’on se place au pied des versants jalonnés de vieux villages de vignerons et couverts d’anciens vergers plus ou moins entretenus qui offrent, au printemps, un spectacle somptueux mais éphémère.

L’organisation intime de ces campagnes et leur fonctionnement ont connu des mutations au cours du xxe siècle, surtout après la Seconde Guerre mondiale. Certes, la tendance générale a été la même que dans le reste des campagnes françaises : l’exode rural a vidé les villages et a entraîné une concentration des terres cultivées dans quelque seize mille exploitations agricoles (75 000 en 1955), dont la superficie moyenne était de 68 hectares, en 2000 (42 ha en moyenne pour la France). Ces transformations ont eu des effets profonds sur les paysages, car les remembrements systématiques ont gommé les anciens parcellaires d’openfield aux fines lames de parquets groupées en quartiers. Les terroirs villageois forment, aujourd’hui, une mosaïque simple de grandes pièces de terre de plusieurs dizaines d’hectares chacune et, autour des villages linéaires constitués de deux rangées de maisons serrées les unes contre les autres, ont éclos les vastes bâtiments des exploitations modernes. L’occupation du sol a évolué aussi au gré des conjonctures de l’économie mondiale et de la politique agricole commune menée par l’Union européenne. La part des prairies naturelles a diminué très sensiblement avec le développement des cultures fourragères, mais également en raison d’un certain déclin de l’élevage bovin. Ce dernier n’a pas disparu cependant, loin s’en faut, même si l’élevage pour la viande est devenu très largement prépondérant. En 2000, les prairies permanentes représentent encore 41 % de la S.A.U. Sans doute, cette statistique doit être nuancée par l’observation des différentes petites régions : le massif vosgien et la vallée de la Meuse, par exemple, contribuent à maintenir ce pourcentage aussi élevé, alors que les plateaux céréaliers du Pays-Haut et du Barrois n’ont pratiquement plus de prairies. Pour apprécier plus justement la place de l’élevage, il convient de prendre en compte les 120 000 hectares de cultures fourragères – principalement de maïs-fourrage – qui représente jusqu’à 10 % de la S.A.U., mais aussi une partie des surfaces céréalières dont la production est réservée à l’alimentation animale. Au total, donc, les surfaces consacrées à l’élevage dépassent celles qui sont réservées aux autres cultures, d’abord aux céréales qui, avec un peu moins de 400 000 hectares (environ un tiers de la S.A.U.), occupent l’essentiel des labours. Dans la course à la productivité céréalière, la Lorraine n’est cependant pas la mieux placée (climat, nature des sols) et elle ne produit que 4 % des céréales françaises. Les agriculteurs lorrains ont tenté de surmonter ce handicap en développant la culture du colza . Cet oléagineux couvre, en effet, presque 140 000 hectares qui ont produit 400 000 tonnes de colza en 2000, soit 11,5 % du total national. Une grande partie de cette récolte est destinée à la fabrication de biocarburants.

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Les campagnes lorraines sont des espaces de faible densité qui constituent la partie septentrionale de la « diagonale du vide » française. Mais ils ne sont jamais éloignés des grandes concentrations urbaines de l’Europe rhénane, avides d’eau et de verdure que la Lorraine rurale leur offre, plus particulièrement dans ses trois parcs naturels régionaux : de Lorraine, des Ballons des Vosges et des Vosges du Nord. Les espaces lorrains sont encore encombrés de nombreux vestiges témoignant des anciennes fonctions de la région : crassiers, chevalements miniers, cités ouvrières, forts et cimetières militaires, casernes, etc. Progressivement, depuis le début de la construction européenne, la Lorraine s’est métamorphosée en se défaisant de ses anciens habits, pour valoriser sa situation géographique et améliorer sa fonction de carrefour au croisement d’un axe national est-ouest et d’un axe européen nord-sud. Ce carrefour est déjà matérialisé par les différentes infrastructures existantes qui ont longtemps privilégié les relations avec Paris. Ce sont les flux de plus en plus nourris entre l’Europe méditerranéenne et l’Europe du Nord qui ont réactivé l’axe méridien, devenu aujourd’hui prépondérant. La saturation de l’autoroute A31 appelle absolument son dédoublement. En 2002 est entreprise la construction de la ligne du T.G.V.-Est, seule ligne financée, en partie, par les collectivités locales. À l’ouverture de cette voie, en 2007, plus d’un quart de siècle s’est écoulé depuis l’inauguration du T.G.V.-Sud-Est. Des infrastructures nord-sud renforcées permettraient de conforter la place de la Lorraine dans le développement de la logistique. Liée à l’ouverture des marchés, à la pratique des flux tendus et à l’externalisation des activités par les entreprises, la logistique s’impose de plus en plus en Moselle et dans toute la région : deux mille établissements de transport, de stockage, de conditionnement et d’approvisionnement emploient près de 40 000 salariés. Ces opérations sont effectuées soit dans des établissements dispersés appartenant à de grandes sociétés (Michelin, Ikea ou Bertelsmann), soit regroupés sur des plates-formes logistiques déjà saturées (Garolor-Eurotransit, au nord de Metz) ou en construction (Toul-Gondreville, Thionville). Un constat s’impose donc : la réorientation des activités et des flux souligne de plus en plus l’intégration de la Lorraine dans l’espace européen et plus particulièrement dans ce nouvel espace transfrontalier en gestation, la Grande Région qui regroupe, outre la Lorraine, le Luxembourg, la Wallonie belge et les Länder allemands de Sarre et de Rhénanie-Palatinat. En un siècle, la Lorraine est passée d’un état de marche convoitée et déchirée à celui d’une terre de coopération et d’intégration européenne.

· André HUMBERT, · Colette RENARD-GRANDMONTAGNE




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