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Massif Central : massif et central !

Publié le mardi 1er janvier 2008

L’insuffisance des affaires Les petites villes ne manquent pas dans le Massif central : on pourrait dénombrer plus d’une centaine de minuscules villes de 2 000 à 10 000 habitants. Ce sont, le plus souvent, des « villes-marchés », lieux de foire et de ravitaillement pour les campagnes environnantes. Mais ces petites cités souffrent de la perte de leur clientèle rurale. La population de Saint-Flour, par exemple, diminue (7 950 hab.au recensement de 1982, 7 417 hab. et 6 625 hab.à ceux de 1990 et 1999 respectivement). L’industrie est à peu près absente de ces bourgades. À un niveau supérieur, on trouve des villes moyennes dont le rayonnement régional est plus vaste. Ainsi Rodez, ou encore Aurillac : points de convergence des lignes d’autobus, petits centres bancaires et administratifs vivant surtout d’une clientèle campagnarde. D’autres villes ont maintenu et modernisé une vieille tradition industrielle. Celle-ci pouvait tenir à l’utilisation précoce de la force des cours d’eau, au traitement des matières premières locales (bois, laines, cuirs), à l’esprit inventif des artisans. Dans l’est du Massif central et dans l’orbite de Lyon se sont établies toute une série de petites villes du textile : Aubenas, Bourg-Argental, Yssingeaux, Thizy, Cours, Tarare, Belmont-de-la-Loire, etc. Ailleurs, ces réussites sont plus rares. Mazamet, ville du tissage de la laine, a su se spécialiser au bon moment dans le délainage des peaux de mouton et conserve une renommée mondiale. Saint-Junien, en Limousin, et Millau, dans l’Aveyron, fabriquent encore une bonne partie des gants de peau français mais souffrent cruellement de la concurrence étrangère. Thiers vit comme autrefois de la coutellerie et, depuis peu, des matières plastiques. Ces petites villes industrielles comptent beaucoup de petites affaires mal dégagées de l’artisanat ; ainsi Thiers recense environ deux cents patrons couteliers, mais aucune affaire n’atteint le niveau de cent salariés. L’ensemble de la porcelaine de Limoges, de réputation internationale, n’occupe pas trois mille ouvriers. Une ressource naturelle du massif, les eaux thermales, a permis d’édifier une autre série urbaine. L’Auvergne est particulièrement riche en petites stations qui attirent chaque année des milliers de curistes : La Bourboule, Le Mont-Dore, Saint-Nectaire, Royat. Plus au nord, Vichy a représenté pendant près d’un siècle une réussite exceptionnelle. Elle fut, entre les deux guerres mondiales, la « reine des villes d’eau ». Mais l’aristocratie a délaissé Vichy et l’empire colonial qui lui fournissait tant d’hépatiques vrais ou présumés s’est écroulé. Cependant le charme de la belle ville reste entier.

Les bassins houillers, systématiquement exploités à partir de 1835-1850, ont déterminé une vie urbaine et industrielle de plus grande ampleur. Les mines, les hauts fourneaux et les aciéries ont profondément marqué la vie économique à Alès, Decazeville, Montluçon et Commentry, Le Creusot et Saint-Étienne. Mais une reconversion devint nécessaire, car le charbon s’épuisait, ne trouvait plus de débouchés rentables, et la sidérurgie entra en décadence avant même les grandes unités de Lorraine et du nord de la France. Il en résulta de graves crises, comme à Decazeville. Brassac a su accueillir les fabrications pour automobiles Ducellier. Montluçon (49 900 hab. en 1982 et 41 360 en 1999) a su développer une industrie chimique moderne (pneus Dunlop, L’Air liquide) et Le Creusot se spécialiser dans les aciers fins, les turbines, les moteurs.

Ce sont les grandes métropoles qui font le plus défaut : le Massif central est commandé économiquement à partir de Paris, de Lyon, de Toulouse, de Montpellier, toutes villes extérieures au massif. Trois agglomérations urbaines pourtant ont tenté avec plus ou moins de succès de devenir capitales régionales. Dans l’ouest du massif, Limoges (140 400 hab. en 1982 et 133 970 en 1999), bien située sur la grande voie qui conduit de Paris à Toulouse, a su diversifier ses productions. Après avoir été la ville de la porcelaine, et après avoir développé ensuite l’industrie de la chaussure, elle a profité de la découverte de minerais d’uranium (à Lacrouzille-Bessines). En 1981, le Limousin a extrait plus d’un million de tonnes de minerai, fournissant 1 500 tonnes de métal, soit la moitié des besoins de la France. Mais cette activité s’est accompagnée d’une production de déchets et de dépôts de résidus extrêmement radioactifs, parfois à ciel ouvert. Les choses sont plus avancées dans la région de Clermont-Ferrand (137 140 hab. en 1999), dont l’agglomération dépasse 258 000 habitants et qui compte une grande firme de réputation mondiale avec la fabrique de pneumatiques Michelin. Clermont est au centre d’une véritable région industrielle, le val d’Allier, animé par d’autres villes secondaires, comme Riom et Issoire. Le rôle de la capitale régionale s’affirme au-delà de la réussite industrielle. Quant à l’est du massif, il a été de plus en plus dominé par le groupe urbain de Saint-Étienne né de l’industrie (180 210 hab. et 291 960 hab. dans l’agglomération).

Problèmes d’aménagement

Le Massif central se présente comme une « région problème » où la vie s’est rétractée et où une grande partie de l’espace rural est à reconquérir. Mais qui remplacera le vieux paysan et que deviendront les anciens terroirs délaissés ? Seront-ils occupés par une nouvelle agriculture ? Par des lotissements touristiques ? Par la forêt de résineux ?

S’il est clair que des fermes rajeunies et dynamiques s’agrandissent sur les débris fonciers de la vieille terre paysanne, il est non moins certain que cette nouvelle agriculture trouve rapidement des limites. La forêt d’épicéas et de sapins de Douglas progresse de façon impressionnante depuis une génération, aidée par le Fonds forestier national. Mais ces reboisements sont encore trop jeunes et souvent trop dispersés pour entretenir d’ores et déjà une puissante économie forestière. Le tourisme, en dehors de quelques stations assez connues, se présente souvent sous une forme villageoise et diffuse : camping à la ferme, tables d’hôte, gîtes ruraux. La saison touristique est rarement double (été et hiver) et les mentalités ne sont pas toujours prêtes à l’accueil des « vacanciers ».

Depuis 1960, une politique d’aménagement rural s’est dessinée dans le Massif central. Elle s’incarne dans une grande Société pour la mise en valeur de l’Auvergne et du Limousin (Somival), dans les actions de rénovation rurale de la montagne française en général et enfin dans un programme particulier dit « programme Massif central » lancé par la présidence de la République elle-même en 1975. Il est difficile de synthétiser la somme de toutes ces actions, diverses, parfois dispersées. Il est indiscutable qu’un gros effort a été accompli pour améliorer le réseau routier et que des aides nombreuses vont aux agriculteurs-investisseurs.

L’impression d’ensemble reste nuancée : en effet, l’aménagement industriel paraît à peu près absent de tous les projets. Or ce n’est ni l’agriculture mécanisée, ni le tourisme diffus, ni la forêt qui peuvent apporter beaucoup d’emplois. On voit mal, dès lors, comment le Massif central pourra faire vivre les jeunes ruraux qui désirent souvent « rester au pays ».

André FEL

Bibliographie complémentaire

J. ANGLADE, La Vie quotidienne dans le Massif Central au XIXe siècle, Hachette, 1971 ; L’Auvergne et le Massif Central d’hier et de demain, J.-P. Delarge, 1981 S. DERRUAU-BONIOL & A. FEL, Le Massif central, coll. Que sais-je ?, P.U.F., Paris, 3e éd. 1970 ; L’Auvergne, le Bourbonnais, Larousse, Paris, 1973 A. FEL & G. BOUET, Atlas et géographie du Massif central, Flammarion, Paris, 1983 L. GACHON, L’Auvergne et le Velay, Gallimard, Paris, 1948 ; rééd. G.-P. Maisonneuve et Larose, Paris, 1975 J.-M. PETERLONGO & A. DE GOERDE HERVE, Massif central, Limousin, Auvergne, Velay (guides géologiques régionaux), Masson, Paris, 2e éd. rev. et complétée, 1978 SOMIVAL (Société pour la mise en valeur de l’Auvergne et du Limousin), Somival et 29 éleveurs des fermes de référence laitières s’adressent aux producteurs de lait de la montagne d’Auvergne : carte d’implantation, Clermont-Ferrand, 1976 ; Somival s’adresse aux Lozériens concernés par le barrage de Naussac, ibid., 1976 ; Somival et 30 éleveurs des fermes de référence bovines limousines s’adressent aux producteurs de viande du Limousin, ibid., 1976.

le diaporama complet "Moyennes montagnes françaises est à télécharger sur la page de l’article Vosges.




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