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Maurice Le Lannou, le géographe et la liberté - commentaire critique

Publié le lundi 17 novembre 2008

A propos de « Le géographe et la liberté » - Maurice Le Lannou – 2 octobre 1956

M. FRANÇOIS PERROUX vient de porter sur l’Université, dont il est, un terrible jugement. « La vie académique, dans son ensemble, a-t-il dit en ouvrant une session du Congrès pour la liberté de la culture, est assez imperméable aux questions tragiques. » En d’autres termes, le bon universitaire qui fait son métier n’aborde guère les problèmes dont la solution importe à la vie de l’humanité. C’est sans doute que le métier s’est fixé, tandis que le monde bouge. Ce n’est pas moi qui apporterai la moindre réserve à ce témoignage désespéré. La géographie en tout cas ne me paraît pas sortir des disciplines dont les clercs sont conduits à pécher par omission. La pensée géographique s’applique avec d’infinies timidités aux faits qui pèsent le plus lourd dans le devenir des sociétés. Le géographe s’abstient en général devant les plus gros événements : il se récuse en suggérant que, le plein développement des processus n’étant point acquis, ceux-ci ne sont pas encore de son ressort. C’est surtout en cela que notre discipline n’est pas une science politique ; elle tient l’étiquette pour péjorative, comme si la sérénité de la science ne pouvait se trouver que dans la contemplation de spectacles sans drame. Elle fait ainsi bon marché du rôle que, dans les oeuvres des hommes, jouent les grands sauts de la technique, les levains des idéologies et les impulsions parfois brutales des gouvernements. Maurice Le Lannou – 2 octobre 1956 – Le Monde

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une des rares photos disponibles de Maurice Le Lannou, sans doute sur les côtes de sa Bretagne natale

Cet article écrit lors d’une année particulièrement agitée du XXème siècle est republié par « Le Monde » dans le cadre de sa rubrique « Il y a 50 ans dans « Le Monde » ». Ceci peut permettre de mesurer les problèmes de cette époque, leur éventuelle persistance ou au contraire leur disparition. Ici, le géographe Maurice Le Lannou, partant d’une déclaration d’un universitaire très connu aborde le problème de la géographie, discipline peu engagée, et des géographes qui s’abritent derrière son statut. La géographie, « science politique » ou non est le cœur de son interrogation. L’épistémologie de la discipline peut aider à répondre, tout comme l’évolution des cinquante dernières années.

A/ De la géographie et de son lien avec politique et pouvoir dans les temps antérieurs.

· Origine chez les Grecs, avec deux buts : la connaissance du monde et l’appréhension d’un espace géopolitique. Hérodote est le symbole de cette double finalité. Son livre doit d’abord servir à comprendre les guerres médiques et les forces en présence pour mieux triompher. Il sera largement récompensé par les autorités grecques. Il y a donc dès le départ lien fort entre les pouvoirs et la géographie. Eratosthène et Ptolémée représenteraient plutôt la quête du savoir.

· Chez les Romains, la géographie est avant tout utilitariste comme Strabon le sait et le fait fort bien. Les cadastres sont l’application la plus connue, avec la centuriation des vétérans démobilisés, qui est une colonisation systématique.

· Le Arabes musulmans qui recueillent en grande partie le savoir grec font de la géographie pour apporter à l’islam la connaissance du monde à conquérir par la djihad.

· Marco Polo et ses parents font ce séjour et voyage jusqu’en Chine pour deux motifs nets : apporter la réponse du pape à Kubilaï (géopolitique) et tisser des liens commerciaux (affaires et économie). Donc en aucun cas une recherche désintéressée.

· Les grands progrès de la géographie à partir des « Grandes découvertes » sont inextricablement liés à la colonisation des nouveaux espaces et au pillage économique systématique. Les cartographes sont des salariés du pouvoir. · La géographie universitaire contemporaine naît de la révolution scientifique et industrielle ; elle apporte les outils de maîtrise du milieu et de l’eau aux moulins des impérialismes.

· La confiscation des cartes et la géographie par les pouvoirs totalitaires du XXème siècle (URSS ou Chine) montre son importance et sa dangerosité pour ceux qui la pratiquent. Le rôle militaire général le confirme.

Il apparaît donc clairement que la géographie et la cartographie sont « ab origine » politiques, activement ou passivement.

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