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Mini atlas des religions partie 3 - les religions primitives et orientales - la musique et le religieux

Publié le mardi 9 novembre 2004

Les religions primitives

ABORIGENES D’AUSTRALIE :

Dans les sociétés primitives des aborigènes, les mythes sont très importants. La conception religieuse des aborigènes renvoie à un temps mythique, le « dream time » (le temps du rêve). C’est un temps fabuleux et complètement révolu, mais il est connu par les mythes et par les rêves. Les êtres du temps des rêves ont laissé des « esprits enfants » en des lieux sacrés (rochers, arbres, sources...). Les femmes qui passent en ces endroits sont ainsi fécondées. Ce principe de fécondation, qui est un lien entre le temps mythique et le temps présent, est à la base de la religion aborigène. Les êtres mythiques ont transmis aux aborigènes des objets sacrés appelés « tjuiunda » (des pierres, planchettes de forme oblongue ornementées de motifs rituels). Ces objets sacrés sont symbole de reproduction, mais ils sont mis à l’écart des femmes (si une femme vient à les voir, elle est mise à mort). C’est un des paradoxes de la religion : ces objets symbole de reproduction, qui sont pourtant le propre des femmes, doivent être écartés d’elles. Les hommes qui peuvent manipuler les objets doivent être initiés. C’est toute l’importance des cérémonies et des rites d’initiation qui se déroulent sur plusieurs années en de nombreuses phases. Le jeune homme est arraché à la sphère maternelle, grâce à une séparation symbolique d’avec la mère. Le nouvel initié est symboliquement mis à mort et renaît : c’est un nouvel accouchement entièrement géré par les hommes. On peut noter comme rites : la circoncision* la subincision* la scarification* l’avulsion dentaire* l’épilation*

Lecture conseillée : Initiations, rites et sociétés, Mircea Eliade (Folio).

LE CHAMANISME :

Dates d’apparition : C’est une religion primitive souvent désignée comme faisant partie de l’animisme (mot d’éthymologie latine : « anima » signifiant souffle ou âme). On peut donc penser que cette forme de religion apparaît dès l’Antiquité.

Fondateurs : Le chamanisme n’est caractérisé par aucun dogme, aucun clergé, aucun lieu saint ni lieu de prière. C’est par l’intermédiaire de prêtres orthodoxes ou luthériens que l’Occident a pu connaitre le chamanisme. En ce qui concerne le chamanisme sibérien, c’est l’archiprêtre russe Avvakum, déporté en Sibérie, qui a utilisé le mot chamanisme pour la première fois au 17ème. siècle. Quant au chamanisme Inuit, il a été connu grâce à Hans Egede (pasteur luthérien) qui a publié en 1741 un ouvrage sur les coutumes des Eskimaux.

Bases de la croyance : Le chamanisme se caractérise par le culte de la nature, la croyance en des esprits, des pratiques divinatoires et thérapeutiques telles que la transe ou l’extase.

Points principaux de la doctrine : Il n’y a pas vraiment de doctrine (aucun écrit) mais le chamanisme se traduit par une pratique, étroitement liée au milieu naturel, aux conditions de vie et au type de société de chaque groupe. On distingue : le chamanisme sibérien, le chamanisme inuit, mongol, toungouse, turc et amérindien.

Vocabulaire spécifique : Il n’y a pas de clergé mais juste un prêtre sorcier : le « chamane ». Le mot chamane vient éthymologiquement du mot toungouse (groupe de langue de la famille ouralo-altaïque) saman qui signifie le moine. Le chamane est un médiateur entre le monde des humains et celui des esprits, entre celui des vivants et celui des morts, entre celui des animaux et de la société humaine. Le prêtre sorcier est à la fois devin et thérapeute dans les civilisations d’Asie Centrale, septentrionale et d’Amérique du Sud.

Fêtes remarquables : Les fêtes et les esprits invoqués varient en fonction du type de société. En Sibérie, le chamane doit assurer la chance à la chasse pour sa communauté (le plus grand soucis est en effet la subsistance dans cette région la plupart du temps enneigée). Le rite est conduit lors d’une grande fête annuelle qui prend la forme d’un mariage entre le chamane et les esprits de la forêt et des eaux (le chamane prend une épouse par monde nourricier). Tous les autres rituels suivent un schéma commun. En effet, se succèdent :
  la convocation des esprits auxiliaires à qui l’on expose les raisons du rituel ;
  un voyage dans la surnaturel et /ou l’expulsion de l’esprit hostile ;
  la purification et le remerciement aux esprits ;
  puis, pour finir, une divination sur les questions les plus variées. Néanmoins, on peut distinguer différents rites : les grands rituels au printemps ou avant la période de chasse afin d’obtenir la prospérité du groupe les rituels d’accompagnement d’âmes dans le but de s’assurer que l’âme a bien quitté le monde des hommes. Elle suivra un cycle normal de réincarnation.
  les rituels contre la stérilité ou la mortalité infantile
  les offrandes d’âmes, d’animaux sacrifiés qui sont envoyés jusqu’à leurs destinateurs surnaturels

Influence culturelle : Le costume du chamane (lourd vêtement en peau de renne) ainsi que les instruments qui accompagnent les danses et rites (tambours, luths, crécelles...) ont une grande symbolique mais leur place est désormais dans les musées. En effet, le chamanisme s’est adapté à la modernité et à la vie urbaine où il s’intègre sous des activités variées exercées de façon authentique (psychothérapie, voyance, arts du spectacle, mouvements de résistance ethnique, écologie...). Cependant, on a pu constater une dérive du chamanisme en Occident dans les années 70. C’est l’apparition du néo-chamanisme : mouvement de retour aux origines, quête mystique (transe, extase) jusqu’au mouvement hippie. Le néo-chamanisme se transforme très vite en une entreprise lucrative proposant des stages d’initiation payants, dirigés par des néo-praticiens et ex-anthropologues. Ce phénomène de mode, qui dénature le chamanisme et le fait basculer du côté du mysticisme, a eu beaucoup de succès auprès des « couches cultivées ».

EN AFRIQUE NOIRE...

Les quelques religions typiques que nous avons choisi d’étudier sont : celle des Dogon au Mali, celle des Sereer, Lebou, Wolof en Mauritanie et au Sénégal, et celle du Vodu au Bénin.

Dates d’apparition : Le plus souvent, ces religions sont apparues dès qu’il y a eu groupement d’hommes. Par exemple, les populations autochtones (pêcheurs, chasseurs, cultivateurs) qui ont habité la Mauritanie et la vallée du fleuve Sénégal semblent avoir été indifférenciées sur le plan religieux du néolithique au 8ème. siècle. Puis sont arrivés les Almoravides berbères qui ont voulu islamiser la région : ceci provoqua le départ vers le sud des populations autochtones vers les 10ème et 11ème siècles. Il y a ainsi eu différenciation avec les trois tribus existantes aujourd’hui : les Wolof, les Sereer plus au sud, et les Lebou partis en 1570 à cent kilomètres au sud de Dakar.

Fondateur : Il faudrait plutôt parler de fondateurs puisque c’est souvent le groupe d’homme vivant en communion avec la nature qui a établi ses propres rites. Il semblerait que ces croyances soient le fruit d’une longue cohabitation avec la nature mais où chacun est acteur de la croyance, pas comme dans les religions monothéistes pour lesquelles un homme a dû « répandre » la bonne parole. Ces religions ont été connues dans le monde grâce à des explorateurs ou des missionnaires. Dans le cas des Dogons, par exemple, c’est l’ethnologue M. Griaule qui a su gagner la confiance de leur chef religieux, Ogotoméli, lors d’expéditions depuis 1930 jusqu’en 1965, et ainsi révéler au monde leur mode de vie.

Bases de la croyance : Il n’y a aucun livre saint ou lieu saint chez ces peuples, ou plutôt, chaque lieu pourrait devenir sacré si un esprit y apparaissait. En effet, la survivance des croyances tient surtout à la force de la tradition orale : les principes sont transmis de génération en génération sous la forme de danses rituelles, de chants, d’initiations. Cependant, il faut savoir que sous l’influence de grandes religions monothéistes, ici l’Islam, la tradition se perd parfois :or, si le chant et les prières s’arrêtent, le(s) Dieu(x) s’en vont, comme c’est le cas dans certains villages Wolof aujourd’hui.

Points principaux de la doctrine : La religion de nombre de ces peuples a pour base un mythe fondateur. Souvent, il existe une cosmogonie complexe qui repose sur la croyance en une puissance suprême (Amma chez les Dogon, Roog Sène chez les Sereer...). Mais cette puissance peut avoir des statuts très différents : elle peut être associée à la figure d’un grand Dieu (un peu comme dans nos religions monothéistes) ; elle est alors priée et célébrée comme telle. C’est le cas d’Amma chez les Dogon. Elle peut être inaccessible et indifférente au sort des hommes. Ils ont alors recours à une multitude de génies qui vivent dans la nature ou dans les villages et qui apparaissent d’ailleurs souvent sous la forme d’animaux (serpents, varans, chats) qu’il est interdit de tuer. Il existe par exemple les rab : génies des Lebou. Ou encore les génies des Sereer qui peuvent être de trois sortes : pangols (bien intentionnés), djini (plutôt méchants), et kouss (inoffensifs). Ces génies interviennent dans la vie quotidienne des hommes et peuvent représenter deux choses : soit ils incarnent un élément de la nature, soit ils sont la réincarnation d’un ancêtre de la famille. C’est pour cela qu’on parle parfois d’ « ancestrisme » à propos de ces religions :il y a très peu de frontière entre la vie et la mort et les anciens viennent souvent donner leurs conseils aux vivants. C’est aussi pour cela que le savoir est l’apanage des plus vieux, qui sont souvent grands prêtres des cérémonies. Le but des rites, des cultes, des sacrifices est différent suivant le type de société : par exemple, chez les Lebou, installés près de la mer, on demande l’abondance du poisson et la sécurité des pêcheurs. Il n’y a pas de date ou d’heure précise pour prier, c’est plutôt ponctuel : un autel rustique (quelques pierres et une marmite) et du lait caillé en guise de sacrifice suffisent à entrer en communication avec l’esprit concerné. D’ailleurs en temps de crise, lorsque les sacrifices s’espacent, on observe une recrudescence d’accidents et de décès dans les villages...

Vocabulaire spécifique : Clergé : dans beaucoup de ces religions, il n’y a pas vraiment de clergé, mais certains ont des rôles spécifiques : par exemple les madaq et saltigué (voyants) qui, chez les Sereer, prédisent les événements (décès, récoltes...) de l’année à venir. Le Vodu est un cas un peu particulier puisqu’il est l’intermédiaire entre les hommes et Dieu et seul un initié peut entrer en communication avec lui. Office : les prières peuvent être individuelles ou collectives. Par exemple, chez les Lebou, chaque famille a son rab et s’en occupe avec grand soin. On communique avec la divinité par l’intermédiaire de pratiques où tous les sens sont sollicités : danses, chants, parfois langue secrète pour prier. Les Dogon connaissent aussi des cultes totémiques : binu. Pratiques : lors des cérémonies, les fidèles ont souvent recours à des substances dopantes qui permettent d’entrer en transe, état qui est celui de la communication avec le sacré. On trouve : le dolo (bière de mil) chez les Dogon, l’eboga (drogue hallucinogène) chez les Buiti (Gabon, Guinée, Cameroun) qui permet d’avoir la vision du monde des figures ancestrales et divines, des plantes, au Bénin, qui sont indispensable pour ériger l’autel du Vodu.

Fêtes remarquables : Chaque tribu a sa façon de célébrer les divinités et il y a différentes motivations à ces fêtes :
  elles peuvent être un hommage au dieu créateur et à l’univers tout entier : ainsi, chez les Dogon, tous les soixante ans, à l’occasion du retour visible d’un petit satellite de l’étoile Sirius. Pendant une semaine, on rejoue les grandes phases du mythe de création : le matin, les hommes se parent des bijoux et des mouchoirs de leurs femmes (pour évoquer l’androgynie de leur dieu créateur) puis dansent et mettent des masques. Les femmes préparent du dolo et ils en boivent jusqu’à l’ivresse car c’est « le support de la parole créatrice du mythe ».
  elles peuvent êtres organisées pour demander quelque chose ou encore pour « racheter » l’âme d’un homme qui a fait une mauvaise action et qui se retrouve « possédé » par l’esprit d’un mort qui lui fait des reproches. On fait alors des sacrifices animaux très coûteux...
  Enfin, il faut savoir que l’initiation est très importante dans ces sociétés. Notamment dans le cas du Vodu, la cérémonie a pour but de transformer l’initié en femme de l’esprit vodu (quelque soit son sexe) et ainsi de lui permettre de communiquer avec le divin.

Influence culturelle : Depuis que le monde connaît un peu mieux ces pratiques, on s’aperçoit de la richesse qu’elles contiennent :
  sur le plan musical :les chants rituels (kassak) souvent accompagnés de tam-tam ;
  dans le domaine de la peinture et de la sculpture : les totems et les masques sont sculptés dans le bois et sont peints avec des peintures végétales ;
  surtout, ces religions sont intéressantes car elles sont un modèle de vie en harmonie avec la nature, de sagesse. D’ailleurs, ces peuples sont d’excellents observateurs non seulement de la faune et de la flore mais également des mouvements astronomiques ; Pourtant, il faut savoir qu’aujourd’hui, avec la modernisation de ces pays et l’avancée de l’Islam, les traditions tendent à disparaître totalement, ou du moins à dériver. Ainsi, la religion des Wolof donne lieu aujourd’hui dans les villes à des pratiques commerciales de voyance plutôt douteuses, mais qui sont pourtant très présentes encore dans la vie quotidienne des Africains.

Aurélie Boutal - Mathilde Dudreuil - Marie Perret - Magalie Vierge - ************** Eléments complémentaires de référence : Lectures :
  les religions de l’Afrique noire - Hubert Deschamps - Que Sais-je ? (PUF) - N° 632 -
  Le Dieu des autres - Pierre Teisserenc - collection 10/18 - N° 996 -
  L’Afrique fantôme - Michel Leiris - Gallimard - 1934 - réédité en collection l’imaginaire -
  Tristes tropiques - Claude Levi-Strauss - Plon - Terre humaine poche -
  Comme pour toutes les religions, les travaux de Mircea Eliade aux éditions Payot sont vivement conseillés : une partie est reprise en collection Presse-Pocket (consulter les catalogues). La revue Géo a publié de nombreux reportages photographiques sur le thème des fêtes rituelles et des diverses religions du monde. Si les textes sont assez superficiels (ce n’est pas une revue universitaire), les photographies constituent des documents souvent exceptionnels. Consulter les index thématiques publiés chaque année dans le numéro de décembre.

Musique : Le numéro de décembre 1998 de Géo est centré sur les musiques du monde. Des articles et des références d’initiation sont fournies pour :
  La Sibérie, autour des chants chamaniques ;
  L’Afrique, autour des griots et de la musique populaire très liée à la religion ;
  Les Caraïbes et l’Amérique Centrale.

Cinéma : La cinématographie de ces peuples est réduite, cependant nous conseillons :
  Les films de l’ethnologue Jean Rouch, notamment sur les Dogons et le vaudou ;
  Les films africains de Souleimane Cissé, « Yeelen » ou « Finye » qui mettent merveilleusement en scène l’imaginaire africain, de même que « Yaaba », film burkinabé de Ouedraogo. [Compléments JMD]

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