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Mondialisation, que de contresens on commet en ton nom !

Publié le samedi 20 juin 2009

Le mot fait fortune. Une analyse des occurrences sur les dix dernières années dans les publications ferait ressortir l’usage de plus en plus massif du terme « mondialisation », tant dans les titres de livres, d’articles que dans les textes journalistiques ou universitaires. Longtemps ignoré alors que déjà à l’œuvre, le processus est aujourd’hui sans aucun doute surévalué, mêlé trivialement à toutes les discussions, chargé de tous les charmes ou de tous les dangers ; c’est selon…Il est de la dernière goujaterie de ne pas avoir d’idée sur la question, si possible celle de la pensée dominante, laquelle prend deux visages, à la Janus Bifrons, celle des pro et des anti qui, par leurs affrontements parfois simiesques, renforcent la pensée commune en la matière. Pour qui souhaite aller au-delà de l’écume banale du politiquement correct, ces propos cent fois repris comme des antiennes s’avèrent contenir de nombreuses erreurs , approximations pour les moins graves, des fautes, contre-vérités ou mensonges éhontés pour les plus dangereux. Je propose au lecteur un petit tour rapide des contresens ou impostures les plus courants, que j’ai regroupés en quatre familles pour la clarté de l’exposé : les contresens historique, économique et social, humain, culturel et spirituel enfin . Certains sont évidemment plus grossiers que d’autres, plus évidents ou plus subtils, mais tous sont révélateurs des manipulations dont nous sommes collectivement l’objet.

A l’attention des lecteurs-zappeurs pressés et utilitaristes qui ne cherchent que des idées et pas des pensées, voici un abrégé qui ne préjuge en rien du contenu complet du développement suivant.

Quatre contresens sur la mondialisation :

1. Nous vivons une époque historique exceptionnelle où le Monde entier entre enfin en relation totale, ce qui n’était jamais arrivé auparavant.

2. L’économie change de nature face à cette configuration spatiale nouvelle, les anciennes grilles d’analyse (marxisme, capitalisme) sont obsolète face aux modialisations et à leur nature radicalement autre. Il est cependant nécessaire de passer temporairement par un monde inégal et injuste pour qu’ensuite chacun puisse être bénéficiaire de sa part de progrès et bien-être.

3. C’est la fin de l’Histoire (pas selon Fukuyama, qui est souvent ridiculisé), la libération de l’Homme par l’expansion conjointe de la démocratie, modèle politique indépassable qui a triomphé, et de la puissance de la science, en passe de relever tous les défis. L’individu reconnu et dont les droits sont proclamés et garantis est enfin libre.

4. Le temps des supertsitions aliénantes est achevé, dans une vision progressiste des croyances et de l’esprit humain. Par l’objectivité des sciences et la diffusion mondiale de la Culture, l’homme n’égare plus son esprit en divagations stériles.

Une lecture myope de l’histoire

On oppose volontiers le sérieux de l’universitaire à la superficialité du journaliste. C’est oublier un peu vite qu’il existe de mauvais chercheurs et d’excellents plumitifs. Dans le registre historique, le contresens est l’oeuvre conjointe des universitaires de tout poil et des journalistes des grands titres. Les premiers par la propension qu’ils ont à écrire à tout bout de champ sur les sujets les plus divers en usant de leur qualité qui n’a plus aucune légitimité dès lors qu’ils quittent leurs spécialités . Les seconds, en servant de relais à une actualité surabondante de simultanéités sont victimes du syndrome du « nez sur la vitre », perdent tout recul, toute distanciation face à l’objet d’étude ou d’information . La combinaison des deux expressions dégage une confusion des opinions qu’un lecteur assidu du « Monde », par exemple, ne peut que ressentir, submergé qu’il est chaque jour par des pages entières mêlant d’ailleurs astucieusement ou naïvement informations, commentaires et débats des lecteurs. Le contresens historique consiste à considérer la mondialisation comme une nouveauté, en rupture avec l’histoire antérieure des peuples et des territoires. Cette confusion s’appuie sur l’identification du processus observé avec les termes qui le désignent. « Globalization » en anglais ou « mondialisation » sont des termes d’usage récent, n’ayant pas plus d’une quinzaine d’années d’existence au niveau éditorial grand public . Il est alors tentant et confortable de confondre vocabulaire et histoire. La mondialisation devient alors le grand fait postérieur à 1989 et à la fin de la guerre froide . Le monde s’est mondialisé en quinze ans ! Il n’est nullement dans mon intention ici d’étaler la masse des arguments historiques qui ruine cette vision microsoftienne du monde. Je rappellerai simplement quelques faits bons à mémoriser.

· A la veille de la première guerre mondiale, en 1913, l’internationalisation du capital et des échanges des grands pays industrialisés est au moins égale à celle de l’an 2000. Les deux conflits majeurs du XXème siècle viennent arrêter ce processus qui ne pourra reprendre qu’une fois les hypothèques des conflits levées (c’est-à-dire la guerre froide et le bloc soviétique, tous deux enfants de ces guerres).

· L’histoire humaine dont nous possédons trace offre de nombreux exemples de « mondialisations », autrement pensées et architecturées, même si l’espace concerné n’était pas la planète entière. L’empire romain est sans aucun doute la forme la plus accomplie que nous puissions contempler dans le passé. Rome équivalait largement à New York par le cumul de ses fonctions et son rayonnement, avec un pouvoir politique bien plus fort. En effet la différence positive à son actif était la volonté politique et militaire, centralisée et incarnée par des institutions et un empereur. Le processus actuel semble très invertébré face à la cohérence romaine, avec ou sans le rôle des Etats-Unis. Mais au-delà du cas d’espèce romain, il faut aussi citer le cas de l’empire mongol, de la Chine impériale à certaines époques de notre Moyen Age, de Venise ou Gênes… autant d’exemples politiques et historiques d’Etats qui ont pensé le contrôle de la Terre connue de leur époque soit totalement soit partiellement (Gênes ou Venise ne visaient que le contrôle nécessaire au commerce).

· La colonisation ouverte par les Grandes Découvertes à la fin du XVème siècle est volonté délibérée des Etats européens de s’approprier le monde au fur et à mesure de sa découverte. La Révolution Industrielle dans ces mêmes Etats leur donnera enfin les moyens de ce projet et l’on peut citer la Conférence de Berlin, en 1884-1885 comme l’archétype de ce comportement : on y fixe les règles du jeu de conquête et on prédécoupe l’Afrique sur carte !

J’arrête là les références historiques. Elles suffisent à montrer clairement que la « mondialisation » est tout sauf une nouveauté dans l’Histoire. Si nouveauté il y a, il faut la chercher du côté des moyens techniques dont nous disposons aujourd’hui. La mondialisation actuelle est l’achèvement d’un processus historique anciennement initié et souvent avorté (mais sûrement pas la fin de l’Histoire), rendu possible par une accumulation séculaire de progrès techniques dont nous touchons les dividendes. Il faut être singulièrement myope pour ne pas se rendre copmpte du caractère braudélien des cycles ici évoqués. Replacé dans son contexte historique, ce processus de globalisation n’est plus cette apocalypse qui suscite tant de diatribes.

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