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Picardie et Nord Pas de Calais, cours complémentaire

Publié le samedi 7 novembre 2009


 

PICARDIE

Article écrit par Pierre-Jean THUMERELLE

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un espace de transition

Située entre les régions Île-de-France et Nord-Pas-de-Calais, très peuplées, la Picardie, avec 1 858 000 habitants en 1999, fait figure de région rurale, sinon de désert relatif, bien que la densité de son peuplement (96 hab./km2) avoisine la moyenne française (107) et que sa population comprenne près de deux tiers de citadins. Certes, ses deux agglomérations principales, Amiens et Creil, ne comptaient en 1999 que 160 000 et 97 000 habitants ; mais on y dénombre plus de cent autres agglomérations, modestes (Compiègne, 70 000 hab. ; Saint-Quentin, 69 000 hab. ; Beauvais, 60 000 hab. ; Soissons, 45 000 hab.) ou petites, qui procurent à la région un solide maillage urbain et industriel. La Picardie est en effet à la fois la première région ouvrière de France, avec encore un tiers de sa population active employée dans l’industrie, et une des premières régions agricoles : 36 % de la production nationale de betteraves à sucre, 28 % de celle de pommes de terre, 13 % de celle du blé, 10 % de celle de l’orge, etc.

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organisation du maillage des transports en Picardie

Diversité et unité

Le nom de Picardie, apparu au xiiie siècle, s’appliqua primitivement à une aire linguistique, celle du picard – étendue jusqu’en Wallonie – avant de se restreindre, au xvie siècle, aux pays, longtemps morcelés en multiples entités administratives, situés entre l’Île-de-France et les anciens Pays-Bas. L’unité de ce territoire a toujours eu du mal à s’affirmer, et cela est encore vrai bien qu’il ne regroupe que trois départements : l’Aisne, l’Oise et la Somme. Son histoire fut longtemps celle d’un glacis protégeant Paris et le cœur du royaume de France des coups de main des voisins septentrionaux, flamand, anglais, puis espagnol ou autrichien. Ce rôle, peu propice à l’affirmation d’une conscience régionale, lui fut encore dévolu durant la Première Guerre mondiale. Le développement urbain et économique contemporain a par ailleurs renforcé les multiples tendances centrifuges : le sud de l’Oise, principal foyer économique de Picardie, appartient à l’aire d’attraction quotidienne de Paris (12 % des actifs picards exercent leur profession en Île-de-France) ; le nord-ouest de l’Aisne a conservé d’importants liens industriels et commerciaux avec le département du Nord ; les régions de Château-Thierry et de Laon sont tournées vers la Champagne.

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La polarisation de l’espace francilien sur la Picardie en termes d’emploi

Seuls le département de la Somme et Amiens paraissent vraiment concernés par l’affirmation d’une identité picarde. Contrairement à ce que l’on observe dans la plupart des régions françaises, la géographie physique confère à la Picardie plus d’unité que le milieu humain. Cette région correspond presque exclusivement aux bassins hydrographiques de l’Oise et de la Somme, auxquels ne s’ajoutent que des portions de ceux de la Marne, au sud-est, et de deux petits fleuves côtiers, l’Authie et la Bresle, au nord-ouest. Les altitudes se relèvent quelque peu en Thiérache, au contact de l’Ardenne, au nord-est ; mais ailleurs elles ne dépassent pas 200 mètres. Partout dominent de grands horizons tranquilles que soulignent, plus qu’ils ne le rompent, l’enfoncement des vallées et la forte déclivité des coteaux qui bordent les plateaux. Ici la géologie est peu tourmentée ; le relief n’est rythmé que par les douces ondulations et les différences de dureté des couches sédimentaires empilées dans la cuvette du Bassin parisien.

Paysages et patrimoine

Au nord s’étend la grande plaine de craie du Crétacé, couverte d’un épais limon de lœss sur lequel s’est très tôt épanouie la grande culture ; les vallées, humides et souvent même marécageuses, y déroulent des rubans verdoyants dans un paysage de champs ouverts, dénudés. Au sud, l’érosion a davantage affouillé la succession d’affleurements calcaires, argileux ou sableux de la fin du Secondaire et du Tertiaire. Le relief y est morcelé en plateaux étroits (Valois, Soissonnais, Vexin), rompus par des vallées plus encaissées et ourlés de talus et de buttes plus ou moins escarpés. Mais la diversité du paysage y provient davantage de la couverture végétale qui comprend les très grandes forêts circumparisiennes (Chantilly, Halatte, Compiègne, Ermenonville, Villers-Cotterêts) et des vergers et des vignes (région de Château-Thierry). Au sud-ouest, dans le pays de Bray, l’éventration d’un bombement anticlinal par l’érosion a donné naissance à un relief plus vigoureusement vallonné, couvert de prairies et de haies. Le bocage recouvre également les terres argilo-marneuses de Thiérache, l’autre « petite Suisse » de Picardie. Bien que peu étendu, le littoral picard offre une variété exceptionnelle de sites naturels, avec, du nord au sud : les dunes et marais du Marquenterre – renfermant un parc ornithologique de 2 300 hectares ; les mollières (marais) de l’estuaire de la Somme, émergées à marée basse – haut lieu de la chasse aux oiseaux migrateurs ; l’épais cordon de galets des Bas-Champs – en arrière duquel de vastes marais littoraux ont été en grande partie poldérisés et asséchés ; de hautes falaises de craie qui annoncent celles du pays de Caux. Les stations balnéaires (Le Crotoy, Saint-Valéry-sur-Somme, Cayeux-sur-Mer, Mers-les-Bains...) y sont modestes, à l’image d’une région qui a surtout développé le tourisme rural ou fluvial. Ce sont cependant ses châteaux (Chantilly, Compiègne, Pierrefonds, Bagatelle, Bertangles, Villers-Cotterêts...), ses parcs et jardins (Ermenonville, Valloires, Oigny-en-Valois, Orgeval...) et ses cathédrales gothiques (Amiens, Beauvais, Laon, Noyon, Senlis, Soissons) qui font la renommée de la Picardie. Mais la Picardie s’enorgueillit aussi de ses abbayes (Corbie, Vauclair, Braine, Saint-Michel-en-Thiérache, Saint-Riquier...), de ses musées (Amiens, Beauvais, Abbeville, Laon, Saint-Quentin...), de ses arts et traditions populaires (verrerie, tapisserie, broderie, velours, vitrail, orfèvrerie... ; tir à l’arc, longue-paume, marionnettes...), de sa gastronomie et du souvenir des penseurs, écrivains ou artistes qui y vécurent (Calvin, La Fontaine, Racine, Alexandre Dumas, Jules Verne, Van Gogh...). L’abondance des fortifications (Guise, Coucy...), des souterrains-refuges (Naours) et des sites et musées historiques, depuis la préhistoire (Samara) jusqu’à la Première Guerre mondiale (Chemin des Dames, clairière de Rethondes...), témoigne de l’âpreté des convoitises que la Picardie a suscitées. Cœur du territoire franc – Clovis fit de Soissons sa capitale, les Carolingiens furent couronnés à Laon et Hugues Capet à Noyon –, le territoire fut disputé entre la monarchie capétienne et les maisons princières de Vermandois et de Champagne puis de Normandie-Angleterre et de Flandre-Bourgogne, avant d’être totalement et définitivement rattaché à la couronne en 1477. Devenue grenier à blé de la capitale, la Picardie a associé dès le Moyen Âge des activités industrielles (rurales et urbaines) à ses activités agricoles. Mais son économie est demeurée essentiellement une économie de production car la proximité de la capitale nuit au développement d’activités tertiaires supérieures.

Activités et développement

La Picardie est une grande région de production agricole. L’épaisse couche de limon qui recouvre les vastes surfaces horizontales des plateaux (Santerre, Vermandois, Soissonnais, Laonnois, Vexin) a permis un remarquable essor des cultures céréalières et industrielles, sur de grandes exploitations mécanisées : blé et orge, mais aussi betteraves sucrières et pommes de terre, colza, haricots et petits pois de plein champ (la Picardie est la première région productrice de légumes de conserve). Mais l’agriculture picarde produit aussi du maïs et des fruits dans le Valois, du champagne sur les coteaux de la Marne et de ses affluents ; on trouve du maraîchage dans les fonds humides des vallées, notamment celle de la Somme (hortillonnages d’Amiens), et de l’élevage laitier en Ponthieu et Vimeu et surtout en pays de Bray et de Thelle, à l’ouest, et en Thiérache au nord-est. En 1999, le secteur agricole fournissait 7 % du P.I.B. régional (deux fois la moyenne nationale). L’industrie picarde est à la fois concentrée sur quelques grands foyers manufacturiers (Creil, Saint-Quentin, Amiens...) et très dispersée sur les villes petites ou moyennes de l’espace rural du nord et de l’est de la région, dont elle est souvent l’activité motrice. En 1999, on dénombrait en Picardie près de 7 500 établissements industriels (dont 50 de plus de 500 salariés), et 7 700 établissements dans le secteur de la construction et des travaux publics. Les branches les plus caractéristiques sont l’agroalimentaire (tous les grands groupes européens y sont représentés) et les biotechnologies, la chimie et la plasturgie, le travail des métaux et les constructions mécaniques, qui occupent chacune plus de 10 % des effectifs employés par l’industrie. Le textile et l’habillement, jadis si importants dans les villes comme dans les campagnes, viennent désormais loin derrière. Si les aléas de la mondialisation et la délocalisation des unités de production sont éprouvants pour les principales agglomérations, ils sont souvent dramatiques pour les petites ; une grande partie de la Picardie est rudement touchée par les fermetures d’établissements. Parce qu’elle fait partie de la couronne industrielle externe de l’aire urbaine parisienne et que la création ou l’implantation d’entreprises y compense les disparitions, la basse vallée de l’Oise, avec son industrie lourde mais aussi de nouvelles industries à haute technologie (notamment à Compiègne), paraît mieux préservée que la partie septentrionale de la région.

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Des axes qui traversent la région

La Picardie a pris conscience de ses faiblesses en matière de développement tertiaire et de nouvelles technologies industrielles et plus généralement de conditions de vie : le taux de chômage est important (10 % en 2002), l’espérance de vie à la naissance des habitants un des plus bas de France (en 1999, 73,3 ans pour les hommes, 81,2 ans pour les femmes). Malgré la valorisation de ses espaces naturels et de récréation, de son immense patrimoine rural et urbain, et l’amélioration de la qualité de vie, la Picardie souffre d’un déficit d’attractivité, hormis aux abords de la région parisienne. La fécondité des femmes picardes permet néanmoins de compenser le déficit migratoire (— 1,6 p. 1000 par an entre 1990 et 1999) et de préserver la croissance (+ 0,3 p. 1000 par an) et la jeunesse de la population (27 % de moins de vingt ans). Le retard scolaire a été comblé, y compris en matière d’enseignement supérieur (universités d’Amiens et de Compiègne, Institut supérieur agricole à Beauvais et Institut supérieur des sciences et techniques à Saint-Quentin). Cependant, bien qu’elle se soit dotée de zones d’activité à vocation technopolitaines à Amiens et Compiègne, la Picardie souffre toujours de la faiblesse du secteur recherche-développement. Elle s’efforce de mieux structurer l’important réseau de communication national et international qui la traverse (autoroutes A1, A16, A28, A26, T.G.V.) mais la dessert mal. Amiens n’est, par exemple, relié que depuis peu à ces grands axes de circulation et aucune voie rapide ne relie entre elles les principales villes de la région. La Picardie espère beaucoup du doublement du T.G.V. Paris-Calais, via Amiens, et de celui de l’autoroute A1, ainsi que de la mise au gabarit de navigation européen de l’Oise et du canal du Nord, qui lui permettrait de valoriser sa position intermédiaire entre Paris et l’Europe du Nord et du Nord-ouest.

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Une carte de synthèse

P.J. Thumerelle ·

Bibliographie

· J. Callens, Mille Ans d’histoire dans le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, La Renaissance du livre, Tournai, 2002 · J. Estienne et al., La Picardie, Encyclopédie Bonneton, Christine Bonneton éd., Paris, 1992 · P. Flatrès, Atlas et géographie du Nord et de la Picardie, Flammarion, Paris, 1980 · R. Fossier dir., Histoire de la Picardie, Privat, Toulouse, 1988 · S. Girard, Flandre, Picardie, Larousse, Paris, 1988 · P. Pierrard, Histoire du Nord : Flandre, Artois, Hainaut, Picardie, Hachette, 1981 · Pays du Nord : Nord-Pas-de-Calais, Picardie, périodique, éd. Freeway.

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