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Une grille d’analyse du développement durable

Publié le jeudi 8 juin 2006

Un texte méthodologique pour poser les bonnes questions. Absolument pas neutre, comme rien de ce qui nous est proposé dans cette société de l’information.

Les deux faces du développement durable

Tout commence toujours par une analyse de mots. L’expression « développement durable » juxtapose deux termes qui sont censés traduire l’expression « sustainable development ». On peut déjà constater le glissement de sens entre « soutenable » et « durable ». La notion de soutenable comprend un compromis entre ce qui est fait dans le cadre du développement et ce qui est supportable par la planète. Le terme « durable » s’inscrit dans un autre registre sémantique, il traduit la solidité, la permanence, la confiance. Ce qui dure est rassurant, fiable, on peut compter dessus. Ainsi donc le choix de l’adjectif traduit une démarche idéologique qui vise à sécuriser les citoyens français.

Le « développement » est un concept récent et totalement occidental dans son origine. La notion émerge au tournant des années 1950, dans un contexte économique post-colonial et de guerre froide. Les définitions du développement sont nombreuses et parfois complexes. On peut retenir celle de Kuznets dans le domaine économique : « une croissance économique auto-entretenue, des changements structurels de la production et le progrès technologique ». Plus récente et plus critique, celle Gilbert Rist : « Un ensemble de pratiques parfois contradictoires en apparence qui, pour assurer la reproduction sociale, obligent à transformer et à détruire de façon généralisée, le milieu naturel et les rapports sociaux en vue d’une production croissante de marchandises (biens et services) destinés, à travers l’échange, à la demande solvable. », introduit les coûts naturels du développement. Dans tous les cas, nous constatons que la croissance de production est au cœur du processus. Ce qui a entraîné la confusion tenace que le développement et la croissance sont la même chose. Le progrès du mieux-être des populations a été introduit ensuite, en même temps qu’on nuançait les indicateurs et que l’IDH (indicateur de développement humain) complétait le seul PIB/habitant ou le taux de croissance brute. La question majeure en ce qui concerne le développement est l’étendue de son champ d’application : faut-il le cantonner à l’économique ou l’étendre à l’ensemble de l’humain ? Le choix effectué traduit une approche politique et idéologique : les pays soviétisés avaient choisi les seuls critères quantitatifs économétriques. Ce qui évitait de poser la question des libertés et droits fondamentaux. La mondialisation actuelle promeut un seul modèle de développement, celui de l’occident.

La « durabilité » est une notion qui émerge également récemment. Jusqu’au XXème siècle, il est presque tautologique de dire « Terre durable » tant les hommes sont convaincus de leur finitude face à la temporalité de la planète. La grande nouveauté du XXème siècle c’est de remettre en cause radicalement cette croyance. La Terre est certes ancienne (4.5 milliards d’années au moins), mais elle n’est pas éternelle : la géophysique et l’astrophysique prédisent sa fin dans le cadre de l’univers actuel. La théorie du « Big Bang » implique une fin. Mais plus proche de nos capacités perceptives, la durabilité terrestre est mise à mal de deux manières depuis 60 ans : par la dégradation du milieu et par les capacités des armes de destruction massives nucléaires. Les scientifiques ont en effet conçu une arme qui peut détruire la Terre et/ou les hommes. La bombe atomique est conçue sur le modèle du Soleil. Sa capacité destructrice est infinie à l’échelle de la perception humaine. Les grands pays militaires détenteurs de l’arme nucléaire ont dans leurs stocks la possibilité de détruire plusieurs fois la planète. La restriction et la disparition des armes nucléaires est donc une nécessité absolue pour envisager la durabilité de la planète. On sait que nous n’en prenons pas le chemin (voir les affaires iraniennes, pakistanaises ou coréennes du nord...). La dégradation de la biosphère est mieux perçue par la masse des citoyens du monde, car plus concrète et quotidienne. Les pollutions diverses (eau, air, sol) sont aujourd’hui connues, mesurées et dénoncées. La course au « toujours plus » de production en est la cause première. Il y a donc un lien évident, là aussi tautologique, entre croissance et destruction de la biosphère. L’altération des éléments vitaux est principalement l’œuvre des trois dernières générations d’humains. Certains mécanismes, comme l’effet de serre ou la destruction partielle de la couche d’ozone en altitude sont à très longue portée. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la Terre pourrait ne plus permettre la vie de ses habitants. Il faut ajouter à ces pollutions l’usage et l’abus des ressources naturelles, en particulier non-renouvellables car fossiles (hydrocarbures, minerais, houille) et la gestion irresponsable des ressources renouvelables comme la forêt. La durabilité n’est donc plus un attribut existentiel de la Terre. Elle est très relative et dépend du comportement des terriens. Ainsi, à l’issue de cette simple analyse de termes, il est clair qu’associer « développement » et « durabilité » n’est une évidence que pour les sots.




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