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Le Grand Ouest français (Bretagne, Poitou-Charente, Aquitaine, Pays de la Loire et midi-Pyrénées)



J’ai fait le choix de présenter un grand ouest français qui est sous influence atlantique directe. On peut le représenter par une carte simplifiée comme suit.

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Cette seconde carte représente les réseaux et pôles et a l’avantage d’inscrire le Grand Ouest dans une dynamique européenne.

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Nous donnons ci-après des présentations régionales issues de sources sûres et synthétiques ; elles ne constituent que des premières approches. On peut ensuite approfondir dans des ouvrages plus précis.

I / LA BRETAGNE

Tour à tour « pointe » ou « bout » du monde, la Bretagne est un gigantesque quai situé près d’une des deux portes maritimes de l’Europe.

La région est caractérisée par une forme aisément reconnaissable. « La péninsule bretonne, lorsqu’on en suit la figuration sur la carte, présente un peu l’aspect d’un énorme mufle de bête, puissamment tendu vers les lointains atlantiques et dont la gueule entr’ouverte, formée par la rade de Brest et la baie de Douarnenez, darderait, comme une langue tricuspide, les trois pointes en croix de la presqu’île de Crozon » (Anatole Le Braz). Initialement appelée Arémorique ou Armorique (« pays en bordure de la mer »), la Bretagne est le pays paradoxal dans lequel la mer tient une place centrale. « Presqu’île ou plusqu’île », elle est en contact avec la mer sur trois façades, ce qui favorise son identification. Plus largement, son peuplement, son identité, la permanence dans l’histoire de certaines branches économiques procèdent d’un agencement subtil entre l’Armor (le pays de la mer) et l’Argoat (le pays des bois) et tient aux particularismes d’un territoire que Michelet qualifiait déjà « d’île continentale ». Toutefois, la Bretagne est aussi concernée par de nombreuses mutations qui dépendent du degré d’ouverture de la société bretonne. Le terme même de Bretagne apparaît aux Ve et VIe siècles, à la faveur d’une mixité entre les populations gauloises de l’Armorique et les Bretons en provenance d’outre-Manche. Ses phases de prospérité (du XVe siècle au XVIIIe siècle) ou de déclin (la période 1850-1950) apparaissent liées à l’intensité de ses échanges externes. Depuis 1950, époque à laquelle elle passait pour la région la plus reculée de France, elle a connu un développement extraordinaire qui en a parfois fait une région « modèle ». Certains évoquent même, dans les années 1990, un « miracle », et il est vrai que la Bretagne a plus évolué de 1950 à 2000 qu’en plusieurs siècles, même si, au début du XXIe siècle, la péninsule est confrontée à de nouveaux défis.

1. Des permanences géographiques et culturelles

La Bretagne est une péninsule à la fois individualisable sur toutes les cartes et profondément attachée à la France. Elle est une proue massive mais de plus en fine vers l’ouest, une terre d’Armor et d’Argoat reliée par les flux des marées remontant les estuaires. Souvent, les éléments physiques agissent sur ce bout de terre de façon complexe et sont à l’origine d’une homogénéité parcellisée. Sur le plan climatique par exemple, elle est réputée comme la région la plus tempérée de France, grâce à son climat océanique (6 à 70 C en moyenne l’hiver et 16 à 170 l’été). Toutefois, cette régularité d’ensemble masque des trésors de complexité puisque la variabilité du temps breton est supérieure à celle du climat méditerranéen. On enregistre entre Larmor-Baden et Lorient, distants de trois kilomètres, un écart de 150 millimètres de pluie, et l’ensoleillement n’y est pas comparable. De même, dans le temps, les épisodes violents ne sont pas rares (tempête, « sécheresse », ouragan...) et la Bretagne, sous une uniformité apparente, se singularise surtout par les sautes d’humeur du climat. Parfois, notamment en automne, il grêle, pleut, vente et fait beau en même temps. Si le climat est globalement homogène, le basculement saisonnier crée ainsi une saison pluvieuse et une saison plus favorable, le passage des dépressions favorisant surtout des temps très changeants, des plafonds uniformément gris et une succession rapide d’averses et d’éclaircies. De fait, le sens du ciel est, dans la société bretonne bien plus qu’ailleurs, un objet de discussion et de controverses, précisément car le climat change selon les échelles de temps et de lieu des interlocuteurs.

Sur le plan géologique, on retrouve ce paradoxe. D’un côté, la Bretagne, située sur la pointe extrême du Massif armoricain (un peu plus élevé à l’ouest, dans les monts d’Arrée et les Montagnes noires), est un vieux pays qui présente une uniformité de terrains pour l’essentiel imperméables. Elle est une terre de schiste et une terre de granit. De l’autre, ses roches présentent une variété étonnante de formes, selon les failles ou diaclases qui les affectent (chaos rocheux de Ploumanac’h). La variété des teintes des minéraux « souvent gris à l’image du ciel, parfois blancs comme à Scaër, bleus à Lanhélin, roses à Carantec, rouges à Perros-Guirec » fonde aussi des identités. Les roches se singularisent encore par la variété de leurs grains ou l’agencement de leurs minéraux... Sous une unité d’ensemble et la présence d’un « type » de roche en Bretagne, les promenades (par exemple sur le littoral) permettent alors de découvrir des rochers aux formes étranges, des plages (Le Pouldu, Brignogan...) ou des grèves (grève rose de Trégastel, galets dans la baie d’Audierne), le tombolo de Quiberon ou le sillon de Talbert (dune naturelle de galets s’avançant dans la mer), des types variés d’encadrements granitiques autour des fenêtres, des végétations à base de landes présentant des contrastes très vifs suivant les lieu (lande bleue à grémil prostré de la presqu’île de Crozon, lande sèche à ajonc et bruyère du cap Fréhel...).

Cette homogénéité parcellisée explique sans doute la spécificité des paysages bretons. Avec ses altitudes uniformément modérées (le point culminant de la région, le Tuchenn Gador, est à 384 mètres), la Bretagne présente partout des reliefs arrondis et un moutonnement de formes lourdes.

Simultanément, le regard s’attarde et se perd dans la marqueterie des paysages, ce « vert breton » décliné en une multiplicité de teintes. Mais, une nouvelle fois, les différences rurales sont singulières selon la taille, la forme et le maillage des champs, le degré de remembrement, les types de culture, les périodes et les localisations. La réalité paysagère bretonne est souvent fractale, avec des rectangles bocagers qui en rassemblent d’autres, des réseaux de routes enserrant des chemins laissant place à des sentiers, des villes et des bourgs essaimant des villages, puis des hameaux de toutes dimensions et de multiples fermes isolées... Le bocage est un élément clé de l’identité territoriale et s’affirme par la dispersion d’ensemble de l’habitat (la Bretagne compte 43% de personnes vivant dans des communes de 1 000 à 5 000 habitants, contre 27% en France). Ce cloisonnement donne à la Bretagne une identité territoriale caractérisée par un certain atomisme et une propension à la petitesse. Sur le plan humain, on retrouve certaines de ces permanences. Même si les géographes ont depuis longtemps délaissé les visions déterministes, ils constatent cependant des parallélismes entre les pratiques des populations et le territoire (liées au climat notamment). L’ambivalence bretonne est ainsi présente dans l’impression d’appartenir à une communauté, alors qu’aucun parti politique breton n’a jamais réussi à percer. Ce que l’on appelle l’Emsav, le mouvement breton, traduit cet aspect nébuleux et quelque peu désordonné du sentiment breton. La diversité des territoires pris comme référents (l’Europe, la France, la Bretagne, le « pays », la commune...) rappelle combien les individus ont des difficultés à s’en tenir à un modèle. Certes, les gens sont Bretons, naturellement, et attachent dans l’ensemble plus d’importance à cette appartenance qu’aux autres. Mais ils n’envisagent presque jamais cette identité de façon exclusive. Il existe plusieurs coquilles identitaires, emboîtées. Endormie économiquement jusqu’en 1950 et surtout pendant le XIXe siècle (elle ne réalise que 0,6% du commerce extérieur de la France en 1860), la Bretagne a largement échappé au siècle du nationalisme et à la diffusion d’une idéologie qui, si elle permet la construction d’une certaine unité collective, conduit parfois aussi à se définir « contre » et à affirmer une identité en opposition à celles des autres.

Jean OLLIVRO

La région Bretagne aujourd’hui

La région administrative « Bretagne », dont la capitale est Rennes, s’étend sur 27 208 kilomètres carrés et est constituée de quatre départements (Côtes-d’Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine et Morbihan). Elle comptait 2 906 000 habitants lors du recensement de 1999. La mutation que connaît la Bretagne depuis les années 1950 invite à mesurer les atouts qu’elle possède et les défis auxquels elle est confrontée.

U n essor remarquable depuis les années 1950

Jusqu’aux années 1950, la Bretagne apparaît « en retard » et à l’écart du développement national. En 1946, 50% des fermes bretonnes n’ont pas l’électricité et 90% des logements ruraux ne disposent pas de l’eau courante (France : 34%). Le pays est concerné par l’exode et plus de 1 100 000 Bretons sont obligés de partir entre 1831 et 1968. La mécanisation et l’essor d’une agriculture sans bras suscitent un effet très déstabilisant sur des campagnes surpeuplées. Le C.E.L.I.B. (Comité d’études et de liaisons des intérêts bretons) favorise un sursaut qui va trouver sa concrétisation à partir des années 1960. Créé en 1950 par le journaliste Joseph Martray et bientôt présidé par René Pleven (deux fois président du Conseil sous la IVe République), le Comité transcende les rivalités pour assurer la défense des intérêts bretons. À son apogée, en 1965, le C.E.L.I.B. regroupe l’ensemble des parlementaires bretons, les conseils généraux, mille deux cents communes dont les maires des grandes villes, l’ensemble des syndicats paysans et ouvriers, les organisations patronales, les chambres de commerce, les universités et les associations de défense de la culture et de la langue bretonne... La région est un terrain d’essai pour les opérations de décentralisation menées en France en 1964 (création des Commissions de développement économique régional, les C.O.D.E.R. dont la première sera créée en Bretagne) et en 1972 (création des Établissements publics régionaux) avant les lois de décentralisation de 1982. Grâce à diverses actions de lobbying et bénéficiant, à partir de 1963, d’un contexte favorable aux décentralisations (création de la D.A.T.A.R.), le C.E.L.I.B. obtient des aménagements inespérés. Décidé en 1968, le plan routier breton permet à la région de se doter, « en contrepartie de son éloignement », d’un réseau de voies express gratuites qui participe encore à l’originalité régionale. Les modernisations font de la Bretagne un chantier. En ce qui concerne l’agriculture, elle passe en quelques années d’activités de polyculture-élevage très traditionnelles (chacun fait son cidre, son beurre...) au statut d’une des toutes premières puissances agroalimentaires d’Europe. Elle concentre, en 2003, 55,7% du cheptel porcin français et 37% des livraisons de volailles, 42,4% de la production d’œufs et 20,8% de celle de lait. Elle assure également 27,5% de la production des haricots verts, 74,5% des artichauts et 77,2% des choux-fleurs. Avec une spécialisation animale marquée, le complexe agroalimentaire breton se fonde sur une production de masse, une large utilisation des intrants et des élevages hors-sol. Dans les années 1960, la Bretagne bénéficie aussi de déconcentrations industrielles (Citroën à Rennes dès 1953, le Centre national d’études des télécommunications, le C.N.E.T., à Lannion dès 1960...). En quelques années, la Bretagne, région arriérée et excentrée, devient un pays en pointe pour différents secteurs d’activités (télécommunications, agroalimentaire, automobiles, pêche et construction navale...).

Le jeu des recompositions territoriales et humaines

Cette mutation économique ne s’est pas opérée sans de profondes recompositions démographiques, spatiales et sociologiques.

Alors qu’elle souffrait depuis plus d’un siècle d’un exode chronique massif, la Bretagne redevient attractive dès la fin des années 1960. Elle a gagné 438 000 habitants entre 1968 et 1999 et les prévisions de l’I.N.S.E.E. tablent sur un apport supplémentaire de 259 000 habitants d’ici à 2020. La modernisation a bouleversé l’organisation du peuplement. Tout d’abord, le taux de la population urbaine est passé de 33,6% en 1954 à 57,3% en 1990 puis 71,5% en 1999 ; il a dépassé celui de la population rurale en 1961 (1931 en France). Ensuite, l’opposition Armor/Argoat s’est accentuée. Si le déclin démographique des campagnes a accompagné leur modernisation, plus des deux tiers de la population bretonne se situent désormais entre le littoral et les routes à quatre voies. La présence initiale des villes en fond d’estuaire (Quimper, Morlaix, Hennebont...), l’essor de la pêche bretonne (42,6% des prises en France en 2003), l’ouverture internationale accrue et les effets économiques du tourisme balnéaire ont profité au littoral. Enfin, ce sont l’est et le sud de la région qui sont gagnants. Alors que le département rural des Côtes-du-Nord, rebaptisé Côtes-d’Armor en 1990, était le plus peuplé en 1806, il est désormais le moins peuplé. La côte sud s’est mieux comportée car le tourisme y est plus développé et elle regroupe l’essentiel de l’activité hauturière, notamment autour des quartiers maritimes du Guilvinec et de Lorient . Surtout, la croissance de Rennes assure l’envol de la population de l’Ille-et-Vilaine qui, pour la première fois en 2000, a dépassé celle du Finistère.

Ces mutations ont été accompagnées de singulières transformations paysagères et sociales. La mécanisation des campagnes a entraîné le remembrement et la suppression de près de 200 000 kilomètres de talus. On assiste à la disparition progressive des costumes traditionnels (il reste une poignée de femmes âgées portant au quotidien le costume bigouden) et à un effondrement de la pratique de la langue bretonne, qui était unanimement parlée en Basse-Bretagne, au-delà d’une ligne allant de l’ouest de Saint-Brieuc à l’est de Vannes (100% de bretonnants en 1863, moins de 16% aujourd’hui). Dans le Finistère, la part des agriculteurs dans la population active du département est passée de 60% en 1962 à moins de 4% en 1999 !

Cependant, le XXe siècle apparaît bien contradictoire en Bretagne. Certains auteurs insistent sur la banalisation des paysages et les problèmes environnementaux générés par le « modèle », notamment la pollution de l’eau née de l’agriculture intensive. Le XXe siècle aurait été « cruel » pour la Bretagne en favorisant l’effondrement de la société paysanne, ce qui a entraîné une profonde transformation liant « déculturation », traumatisme linguistique et « désethnicisation ». Réputée pour être la région « dans laquelle il fait bon vivre », la Bretagne se singularise par des comportements à risque et des taux de suicide alarmants (notamment chez les jeunes). Mais d’autres auteurs, plus nombreux, préfèrent insister sur la formidable modernisation de la société. Les sociologues soulignent comment, d’une identité « refoulée » voire « négative », le Breton est passé à une identité affirmée, « positive », qui apparaît au grand jour lors des fêtes de l’été. D’autres auteurs insistent sur les mesures actuelles pour renforcer la qualité de l’eau et la vigueur d’un « modèle agricole breton » qui a permis au pays de relever des obstacles en apparence insurmontables (des terres parmi les moins riches de France, l’absence fréquente de sols, l’existence d’une population agricole très dense, sous-développée et sous-éduquée...). La modernisation de la région s’est aussi opérée sur plusieurs villes moyennes (Lorient, Vannes, Saint-Malo, Quimper...) et a permis un développement relativement équilibré du territoire, malgré la croissance récente et accélérée de Rennes.

Paradoxes et potentiels bretons pour le XXIe siècle

Au début du XXIe siècle, la Bretagne apparaît à la fin d’un cycle économique, après avoir effectué son « rattrapage ». Elle présente aujourd’hui des contrastes qui ouvrent un vaste champ des possibles. Le secteur économique associe des performances remarquables et des germes de fragilité. D’un côté, la Bretagne est la deuxième région française dans le domaine des télécommunications, où elle présente des compétences remarquables (technopôle de Lannion, de Rennes-Atalante, de Brest). Ses autres points forts résident également dans le secteur agroalimentaire en pleine évolution (car il s’associe désormais aux technologies les plus innovantes), la construction automobile (groupe P.S.A.) et ses activités de sous-traitance (plasturgie, industrie mécanique, électronique...), la construction et la réparation navales (D.C.N.), la dynamique des sciences de la mer (technopôle Brest-Iroise) ou des sciences du vivant (groupe Yves Rocher)... De l’autre, le tissu est parfois fragile et sujet à des délocalisations (par exemple STMicroélectronics à Rennes en 2004) y compris dans le secteur agroalimentaire. Les risques liés à l’élargissement de l’Union européenne (réattribution des aides du Fonds européen de développement régional et évolution de la Politique agricole commune) suscitent des inquiétudes dans tout l’espace rural, même s’il existe des agricultures bretonnes, certaines étant fragilisées quand d’autres, extrêmement performantes, sont valorisées dans des salons internationaux comme le Space à Rennes. Un deuxième contraste oppose le niveau des diplômes à celui des salaires. Alors qu’elle était un bloc homogène d’analphabétisme jusqu’au début du XXe siècle, la Bretagne est, un siècle plus tard, la première région française pour le taux de réussite au brevet et au baccalauréat. Elle est aussi au cinquième rang en France pour les actifs titulaires d’un diplôme du premier cycle universitaire, même si l’exode des jeunes diplômés est un fait majeur (le déficit est de 8 800 diplômés de deuxième et troisième cycle entre 1990 et 1999). En raison de ces départs, le niveau des salaires reste faible (16e rang national) et illustre la difficulté, assez commune en France, de créer un réel pouvoir de décision régional. Si le rapport de population entre la Bretagne et l’Île-de-France est de 1 à 4, le rapport en termes de décision est aujourd’hui de 1 à plus de 16 (50 000 emplois de décision en Bretagne et plus de 811 000 pour la seule ville de Paris). La Bretagne apparaît également comme une péninsule maritime qui tourne largement le dos à la mer, puisqu’elle ne réalise que 1,8% du commerce maritime français. Le trafic commercial des ports bretons atteint à peine 8 millions de tonnes et la région fonctionne avec des logiques terrestres (la route assure plus de 90% du transport des marchandises). La Bretagne tourne le dos à une ouverture océanique qui a fait jadis sa prospérité et ce regard oriental vers les marchés français et européens explique la suprématie de la Haute-Bretagne qui apparaît plus proche et mieux desservie (autoroute des estuaires, qui va du nord de la France à Bordeaux, en passant par Rennes et Nantes, prévision d’une liaison à grande vitesse jusqu’à Rennes à l’horizon 2012). Alors que la partie occidentale comptait 400 000 habitants de moins en 1851, le différentiel atteint désormais 1 016 000 habitants.

L’internationalisation économique apparaît ainsi plus « subie » (naufrage des pétroliers, délocalisations...) que choisie. Située près de la route maritime la plus fréquentée du monde, la région ne représente que 2,3% du commerce international de la France pour 5% de sa population. Pour certains, elle ne dispose pas d’un arrière-pays assez fort. Mais d’autres rappellent que la mer porte aujourd’hui près de 90% des échanges mondiaux. Ils soulignent que la Bretagne a toujours été prospère lorsqu’elle était maritime, notamment du XVe au XVIIIe siècle. Toutefois, seules les activités de pêche (au deux tiers sur la côte sud), les échanges liés à la Brittany Ferries et quelques flux agroalimentaires (Lorient, Brest) assurent actuellement une réelle inscription internationale. Le contraste est alors saisissant avec l’importance des associations de solidarité internationale (2e rang en France), des jumelages (1er rang) ou des multiples échanges qui montrent une autre forme d’internationalisation de la société bretonne (métissages musicaux inaugurés par Alan Stivell, festivals Étonnants Voyageurs à Saint-Malo, Interceltique de Lorient ou des Vieilles Charrues à Carhaix...). En raison de la proximité du port de Nantes-Saint-Nazaire (32,5 millions de tonnes en 2004), cinquième port français, ce problème d’une péninsule maritime « qui tourne le dos à la mer » alimente régulièrement les débats sur la réunification de la Bretagne. Si peu de personnes défendent le découpage actuel hérité du régime de Vichy, certains s’inquiètent des rivalités entre Rennes et Nantes et surtout de l’avenir des régions voisines. En effet, il serait possible de transformer six régions de l’Ouest français, peu cohérentes, en quatre régions claires, de poids économique comparable et disposant d’une identité marquée (Normandie, Bretagne, Val de Loire, ensemble Vendée-Poitou-Charentes qui correspond historiquement au Bas-Poitou...). De même, Rennes et Nantes sont complémentaires dans leur fonction, la première étant davantage universitaire, administrative, terrienne et européenne quand la seconde est plus spécialisée dans les activités industrielles, commerciales, maritimes et internationales. C’est sans doute pourquoi les vœux des collectivités pour un fonctionnement de la Bretagne à cinq départements (souhaité, d’après les sondages, par 70% des habitants concernés) se succèdent, que ce soit en Loire-Atlantique (en 1972, 1982, 2001...) ou dans la Bretagne administrative (en 1981, 1997, 2001). En 2005, une résolution du conseil régional franchit un cap et instaure des coopérations très concrètes pour le tourisme, la culture, le sport ou les relations internationales.

Les nouveaux défis bretons

Aujourd’hui, l’activité économique reste souvent atomisée en dehors d’un tissu coopératif qui a organisé l’agriculture et d’initiatives comme l’association Produit en Bretagne, créée en 1993, et qui regroupe désormais cent cinquante sociétés comptant plus de 100 000 emplois.

La région est à la fois attractive et vieillissante, ce qui illustre les limites du concept « d’économie résidentielle » (services aux populations locales résidentes) et rappelle les enjeux du maintien des jeunes diplômés en Bretagne. Entre aujourd’hui et 2030, dans la région, le nombre des plus de 80 ans devrait être multiplié par deux et le phénomène prend un tour accusé en raison de l’importance des « retours au pays » et de l’attrait régional. Ce dernier est réel et témoigne du capital de la région. La Bretagne dispose d’une image exceptionnelle qui lui vaut d’être la quatrième région touristique de France. De plus en plus de personnes font le choix d’y vivre - de façon temporaire ou permanente - en raison de la qualité de ses paysages et de son patrimoine historique (elle vient au deuxième rang, après Paris, pour le nombre de sites et monuments classés), de la qualité de son cadre de vie (rareté des pollutions atmosphériques, faible insécurité et deuxième région la moins criminogène de France, absence d’encombrement routier lié à la présence d’un réseau urbain relativement équilibré...). Cet attrait suscite toutefois une hausse de l’immobilier et certains déséquilibres. En cent cinquante ans, de nombreuses îles bretonnes ont perdu 80% de leur population et le tourisme en a chassé les habitants permanents. La Bretagne a également développé cette activité touristique en multipliant les résidences secondaires (80% de l’offre), ce qui conduit à la raréfaction des paysages naturels, notamment à proximité d’un littoral très convoité et sur lequel la loi Littoral s’applique difficilement en raison de l’héritage d’un habitat dispersé. Il faut ajouter que, entre 1987 et 2003, 22 220 transactions immobilières ont aussi été effectuées par des étrangers (dont 81% par des Britanniques). En utilisant notamment les techniques du télétravail, les nouveaux habitants s’installent dans des espaces jugés il y a peu répulsifs (le centre de la Bretagne) et qui sont ainsi re-dynamisés (réouverture d’école, nouvelles activités artisanales...). Lors du recensement de 1999, le département des Côtes-d’Armor a enregistré, à la surprise générale, un solde migratoire positif avec l’arrivée de migrants souvent jeunes (60% avaient moins de 40 ans). Ces implantations démontrent les atouts insoupçonnés d’un mode d’habitat qui a souvent été présenté en Bretagne comme un handicap (faible métropolisation notamment...). L’identité bretonne, jadis vécue comme « honteuse » est aussi de plus en plus revendiquée et l’on constate un essor de l’enseignement bilingue français-breton, que ce soit dans les écoles Diwan, Div Yezh (publique) et Dihun (privée), même si le nombre d’enfants scolarisés en filière bilingue reste minoritaire.

Ainsi, sous différents aspects, la Bretagne a, depuis les années 1950, opéré une modernisation inédite et effectué son « rattrapage ». Elle cherche aujourd’hui à inventer son propre projet de développement et dispose d’un potentiel remarquable pour devenir une région européenne majeure.

Jean OLLIVRO

Eléments de bibliographie indicative :

Géographie C. CANEVET, Le Modèle agricole breton, P.U.R., Rennes, 1992 F. ELEGOËT, Bretagne, vingtième siècle, Tud Ha Bro, Rennes, 2000 F. FAVEREAU, Bretagne contemporaine : culture, langue et identité, Skol Vreizh, Morlaix, 2005 P. FLATRES, La Bretagne, P.U.F., Paris,, 1986 R. LAYADI, La Région stratège : le développement durable, un projet pour la Bretagne, P.U.R, Rennes, 2004 M. LEBESQUE, Comment peut-on être breton ?, Seuil, Paris, 1970 (rééd.1984) A. LE BRAZ, Introduction, Bretagne, Les Guides bleus, Hachette, Paris, 1949 R. LE COADIC, L’Identité bretonne, Terre de Brume, Rennes, 1998 M. LE LANNOU, Géographie de la Bretagne, Plihon, Rennes, 1950 P. Y. LE RHUN, Géographie de la Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix, 1994 J. MARTRAY & J. OLLIVRO, La Bretagne réunifiée, Les Portes du Large, 2002 A. MEYNIER, Atlas et géographie de la Bretagne, Flammarion, 2e éd. 1984 J. OLLIVRO, Les Paradoxes de la Bretagne, Apogée, Rennes, 2005 M. PHILIPPONNEAU, Debout Bretagne !, Presses universitaires de Bretagne, Saint-Brieuc, 1970 ; La Bretagne en 2000, J. Ollivro dir., P.U.R., Rennes, 2000 SIMON, La Bretonnité : une ethnicité problématique, Terre de Brume, Rennes, 1999 C. VALLAUX, La Basse-Bretagne étude de géographie humaine, Cornély, Paris, 1906 : rééd. Slatkine, Genève, 1981.


II / POITOU-CHARENTES (RÉGION)

Région de seuil entre les parlers d’oil et la langue d’oc, traversée par la limite des toits d’ardoises et des tuiles romanes, la région Poitou-Charentes présente la double particularité d’être la moins urbanisée de France et l’une de celles où la périurbanisation est la plus importante. Composée de quatre départements (Charente, Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vienne) elle est peu peuplée, avec 1 640 000 habitants au recensement de 1999, soit 3% de la population française. Son organisation spatiale est ancienne : de l’Antiquité au début du XIXe siècle, quatre provinces la composent : le Poitou, l’Angoumois, la Saintonge et l’Aunis. Après la domination médiévale de Poitiers, le changement le plus important est l’émergence et le développement de La Rochelle dont l’activité économique va être renforcée par des fonctions administratives qui concernent la Saintonge et le Cognaçais. La pérennité des pays depuis des siècles et l’absence de polarisation économique forte marquent toujours l’organisation de l’espace régional au début du XXIe siècle, favorisant la coopération et les réseaux entre les chefs-lieux de départements.

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Diversité des sols et des paysages Terre de transition, le Poitou-Charentes couvre un espace naturellement très diversifié, constitué à la fois des plateaux du Limousin à l’est et du massif vendéen au nord-ouest, du Bassin parisien au nord et de l’Aquitaine au sud. L’ouverture sur l’Atlantique par la zone littorale laisse largement pénétrer les influences océaniques. La carte des types de sols reflète cette diversité avec des terres provenant des roches calcaires (terres de Groie, de Champagne et d’Aubues), des dépôts de couverture sur les plateaux (terres Rouges, Bornais et terres de Brandes) ou encore des massifs anciens ou de sables dunaires. Cette répartition des sols influence fortement les potentialités agronomiques des régions naturelles, même si les contraintes liées au sol ont été partiellement réduites par le drainage et l’irrigation. Baignée par l’Atlantique et effleurée par les socles cristallins du Limousin et de l’Armorique, la région présente une étonnante palette de paysages. Les forêts de la presqu’île d’Arvert, de l’île d’Oléron, de l’île de Ré, celles autour d’Angoulême, de Poitiers, de Châtellerault contribuent à la biodiversité. Ces forêts, pour la plupart domaniales, accueillent de nombreux visiteurs pour des activités de loisirs. Elles jouent également un rôle important dans la protection des ressources (écran vert, espace non urbanisé, qualité des eaux).

Les milieux humides sont parmi les plus riches qui soient : ils regorgent d’espèces animales et végétales remarquables. Espaces essentiels pour Poitou-Charentes, le Marais poitevin (dont la plus grande partie se trouve en Pays de la Loire) et les marais charentais, de Rochefort, de Brouage, de la Seudre et de l’Estuaire contribuent à la préservation de la biodiversité biologique. Le littoral, de la baie de l’Aiguillon aux coteaux de Gironde ainsi que les îles de Ré et d’Oléron (mais également l’île d’Aix et l’île Madame) sont des espaces écologiquement riches, sous pression touristique et urbanistique ; ils accueillent l’activité conchylicole avec le bassin de Marennes. Le riche patrimoine, de l’architecture romane aux forteresses héritées du XVIIe siècle (Brouage, Saint-Martin-de-Ré, Fouras, Château-d’Oléron), se trouve valorisé en tant qu’atout touristique, aux côtés du Marais poitevin, de l’aquarium de La Rochelle, du zoo de La Palmyre et du Futuroscope de Poitiers. La fréquentation touristique, tant sur le littoral qu’à l’intérieur des terres induit, en pleine saison, près de trente mille emplois salariés et deux mille emplois non salariés. Le climat à fort ensoleillement et d’une réelle douceur attire une importante clientèle britannique.

Richesse agricole La diversité des systèmes agraires en Poitou-Charentes confirme la notion de région de contact entre les grands ensembles naturels aux caractéristiques contrastées : les grandes plaines céréalières du Bassin parisien se prolongent sur les étendues calcaires du Poitou, jusque dans le nord des Charentes, les régions bocagères d’élevage du Maine et de l’Anjou couvrent les collines granitiques du nord des Deux-Sèvres, les terres froides du Limousin débordent sur les franges orientales de la Vienne et de la Charente et les vignobles du Cognaçais regardent, par-delà la Gironde, ceux du Bordelais. Les sols agricoles couvrent près de 70% de l’espace, contre 55% en France ; le taux de boisement est faible. Selon le recensement de 1999, l’agriculture emploie près de 8% de la population active régionale, ce qui classe Poitou-Charentes en deuxième position pour la contribution de l’agriculture à l’emploi, derrière la Bretagne ; en 2002, la branche agriculture fournit 5,6% du P.I.B de la région, contre 2,8% en moyenne nationale. L’agroalimentaire mobilise 17% des salariés de l’industrie.

Première de France pour la production de fromage de chèvre, la région est deuxième pour les oléagineux et les ovins, quatrième pour les céréales et la viticulture. La réforme de la P.A.C. de 1992 a favorisé le développement des grandes cultures. Certains agriculteurs ont décidé d’introduire des cultures à forte valeur ajoutée comme le melon, dont Poitou-Charentes est devenue la première région productrice. La viticulture charentaise, avec son produit phare, le cognac, concerne 5 600 exploitations, soit 15,8 p.100 du total régional ; une crise structurelle marque ce secteur, qui essaie de diversifier la production, avec la reconversion d’une partie du vignoble de Cognac en vins de pays. Les productions animales (viande bovine et élevages laitiers principalement) ont connu une forte restructuration depuis les quotas laitiers de 1984. Le cheptel ovin se répartit entre le bassin est, avec des élevages spécialisés dans les confins granitiques de la Vienne et le Confolentais, et le bassin ouest, avec une concentration d’élevages à effectifs élevés en Gâtine et dans le sud du Bocage, dans le département des Deux-Sèvres. L’agriculture et l’agroalimentaire représentent 50% des exportations de Poitou-Charentes, dont 75% de boissons et alcools.

Région rurale : littoralisation et polarisation récente

Située dans le Grand Ouest français, la région se caractérise par l’absence de concentration urbaine : aucune ville ne dépasse 120 000 habitants, ce qui place la première d’entre elles, Poitiers, au 50e rang des agglomérations françaises (sans compter Paris). Le peuplement régional est faible : 11e région française par la superficie (25 809 km2), Poitou-Charentes est au 15e rang pour la population, avec une densité moyenne de 62 habitants au km2 contre 104 en France ; près de la moitié du territoire régional enregistre des densités inférieures à 26 habitants au km2. L’absence d’une véritable métropole régionale et la faiblesse du taux de population vivant dans des communes urbaines constituent une particularité picto-charentaise, permettant un maillage relativement équilibré de « l’armature » urbaine. Depuis les années 1960, l’expansion démographique se réalise de façon différenciée selon les départements : la Charente se singularise par une faible progression autour d’Angoulême ; la Charente-Maritime connaît quatre pôles de croissance : Surgères-La Rochelle, les petits centres le long du fleuve Charente, la façade littorale et le secteur de Jonzac ; les Deux-Sèvres présentent deux axes de croissance, l’un dans le prolongement du Choletais avec Bressuire, Parthenay, Les Aubiers, Mauléon et l’autre autour de Niort. La Vienne est le département le plus dynamique avec l’axe Poitiers-Futuroscope-Châtellerault auquel il faut ajouter Chauvigny et Lussac-les-Châteaux.

Depuis 1990, la croissance démographique reflète la poursuite de la polarisation et de la littoralisation : les agglomérations de Poitiers et de La Rochelle ont particulièrement progressé. La Charente-Maritime confirme son pouvoir d’attraction et enregistre un solde migratoire nettement positif, de près de 30 000 habitants entre les recensements de 1990 et de 1999. La Vienne gagne 19 000 habitants sur la même décennie avec des soldes naturel et migratoire positifs, notamment l’agglomération de Poitiers, en raison de son statut de capitale régionale. Les Deux-Sèvres perdent 1 600 habitants : malgré le dynamisme des mutuelles, la population de Niort n’est même pas stable (- 0,6%). La seule zone qui enregistre une progression est celle de Niort - Saint-Maixent-l’École, confirmant l’importance de la périurbanisation dans l’ensemble de la région. Le déclin démographique est particulièrement marqué dans les zones rurales de la Gâtine et du Bocage. La Charente enregistre, depuis 1992, des soldes naturel et migratoire négatifs.

La région se classe au 5e rang en France, en termes d’attractivité, juste devant la Bretagne, les Pays de la Loire et derrière l’Aquitaine, autres régions atlantiques.

Concentration des activités

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Près de 70% des salariés sont employés dans le secteur tertiaire (68% en moyenne nationale), avec une légère surreprésentation des services publics par rapport à la moyenne nationale, les administrations, la santé et l’éducation restant les principaux employeurs. Dans le tertiaire marchand, les services personnels et domestiques sont surtout présents en Charente-Maritime, département d’accueil de nombreux retraités aisés. En revanche, Poitou-Charentes n’est pas bien pourvue en services aux entreprises (faiblesse du conseil-assistance et de la recherche-développement). Les activités financières structurent le pôle des assurances à Niort-Chauray. Avec plus de 5% des emplois, le commerce de détail et la construction jouent également un rôle significatif dans les évolutions territoriales. L’industrie emploie un salarié sur cinq. Le tissu industriel est marqué soit par des implantations anciennes d’industries de transformation de base (industries agricoles et alimentaires, bois, cuir), de biens d’équipement (moteurs électriques Leroy-Somer) ou d’industries automobile (Heuliez), soit par des implantations dues à des délocalisations dans les années 1960-1970 (Valeo, AEF, Schlumberger, Télémécanique, Alcatel, SAT, Michelin), grands établissements dont le centre de décision est extérieur à la région.

Les secteurs traditionnels caractérisant la région sont les industries du bois, disséminées sur le territoire régional, celles du papier, localisées surtout en Charente et les industries agricoles et alimentaires très présentes en Deux-Sèvres et dans le Cognaçais. Le secteur de l’habillement, l’industrie des composants électriques et électroniques, et celle des produits minéraux connaissent des restructurations qui affectent le nombre de salariés.

Le taux d’encadrement classe Poitou-Charentes au 18e rang des régions françaises. Ce faible taux s’explique par la présence d’industries de main-d’œuvre et par l’importance de services nécessitant une population peu qualifiée.

Depuis 1980, les dynamiques économiques infra-régionales font apparaître des évolutions contrastées avec, d’une part, les espaces en croissance qui recouvrent surtout deux zones d’emploi, structurées par La Rochelle et Poitiers, mais également quelques petites zones d’emploi dans la mouvance ou à proximité de grandes agglomérations comme le Sud Deux-Sèvres et de petites zones comme la Saintonge et, d’autre part, les espaces fragiles et en déclin, composés essentiellement de petites zones d’urbanisation limitée, plutôt intérieures, avec Cognac, Angoulême, Nord - Deux-Sèvres, Châtellerault, Nord-Poitou, Sud-Charentes, Montmorillon, Haute-Charente.

Intercommunalité et réseaux de villes

Dès 1972, Poitou-Charentes disposait d’une proposition de schéma spatial qui anticipait les évolutions institutionnelles et affirmait implicitement deux principes fondamentaux : la couverture complète de l’espace rural avec un maillage suffisamment ample pour que chaque unité ait un poids démographique et économique significatif ; une organisation s’appuyant sur un réseau de « pôles d’activité », exprimant la nécessaire solidarité entre les villes et l’espace rural.

La quasi-totalité de l’espace picto-charentais connaît des structures intercommunales : 97% de la population appartiennent soit à une communauté de communes, soit à une communauté d’agglomération. La région est à l’avant-garde de l’intercommunalité puisqu’une première vague de « pays » a été créée entre 1975 et 1980. Si les premiers pays étaient vastes (50 à 100 communes) et très ruraux, la seconde vague, issue de la loi de 1995, a donné naissance à des pays localisés dans des espaces à dominante littorale ou périurbaine, moins étendus, mais plus denses (île de Ré, vallée du Clain, Entre Touvre et Charente...).

Au cours des années 1990, la Région a construit une politique contractuelle d’appui aux projets de développement local, confortant les pays dans leur rôle d’interlocuteur privilégié. Dès 1992, les villes de Cognac, Saintes et Rochefort ont uni leurs efforts au sein du Réseau Charente Océan pour favoriser leur développement, dans un souci de cohérence. Leur taille démographique comparable et la proximité géographique entre ces villes reliées par le fleuve Charente ont été des éléments décisifs. La confrontation à des problèmes similaires tels que la dévitalisation des centres urbains et la nécessité d’atteindre un poids suffisant dans certains domaines (par exemple, le tourisme ou le développement socio-économique) ont conforté ce mouvement. Les objectifs du réseau étaient de créer une dynamique de coopération pour renforcer l’offre et l’attrait des trois villes. Malgré le départ de Rochefort en 2002, ce réseau de villes favorise des synergies intéressantes.

Le réseau urbain est structuré autour de quatre villes moyennes, les chefs-lieux de département, distantes de 70 à 140 kilomètres les unes des autres ; elles représentent 40% du poids économique et démographique de la région et elles ont un profil comparable : quatre agglomérations de taille semblable, trois villes de tertiaire administratif et marchand, une plus industrielle (Angoulême). Loin d’être une contrainte, l’absence de métropole a été transformée en atout par les maires, qui ont créé dès 1989 un réseau de villes, AIRE 198 (somme des numéros des quatre départements). La finalité est de favoriser l’intégration des villes de la façade atlantique de l’Europe pour améliorer leur position face à la concurrence internationale et de créer entre elles des liens plus étroits, par le renforcement des pôles d’excellence de chaque site urbain.

Poitou-Charentes est très souvent présentée comme une région moyenne, approche qui masque ses particularités et ses atouts. Cette région associe, de façon très originale en France, la ruralité et l’urbanité, la diversité des terroirs et la richesse des paysages, les activités économiques et la qualité du patrimoine bâti et naturel, le temps long des territoires et la modernité des réseaux.

Yves JEAN

Bibliographie indicative : G. BERNARD, J.-F. BUISSON &, J. COMBES dir., Histoire du Poitou et des pays charentais, De Borée, Clermont-Ferrand, 2001 B. GUESNIER, C. LEMAIGNAN & C. MOINEAU, Radioscopie pour un diagnostic socio-économique de la dynamique de la région Poitou-Charentes, Institut atlantique d’aménagement des territoires, Poitiers, 2003 Y. JEAN dir., Les Nouveaux Territoires de Poitou-Charentes. Agglomérations, pays, intercommunalités, Institut atlantique d’aménagement des territoires, 1999.


III / AQUITAINE

L’Aquitaine est constituée de cinq départements, Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne et Pyrénées-Atlantiques. Située au sud-ouest de la France, elle allie le renom vinicole de sa capitale, Bordeaux, au charme d’une grande diversité due à une position méridionale.

Sur 41 308 kilomètres carrés - 7,6% du territoire métropolitain -, elle reprend le nom de la vaste province impériale du sud-ouest de la Gaule romaine. Au Moyen Âge, elle devient Guyenne (contraction déformée d’Aquitaine) mais aussi Béarn dans sa partie sud. Le toponyme « Aquitaine » est à nouveau utilisé au XIXe siècle, par les géologues puis les géographes pour désigner l’ensemble du vaste bassin sédimentaire adossé au Massif central et aux Pyrénées et largement ouvert sur l’Atlantique . À partir de 1964, les réformes administratives limitent l’Aquitaine à la partie occidentale de ce domaine, la partie orientale devenant la région Midi-Pyrénées. Mitoyenne de l’Espagne, largement ouverte sur l’océan, l’Aquitaine enregistre les vicissitudes de la construction européenne : d’abord en position périphérique puis, mieux intégrée avec l’arrivée de l’Espagne et du Portugal, elle figure aujourd’hui au sein de cette grande façade atlantique d’une Europe qui se dilate vers l’est.

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Avec une population de 2 908 000 personnes au recensement de 1999, l’Aquitaine a une densité de 70,4 habitants au kilomètre carré ; elle fait partie des espaces peu peuplés de l’Europe communautaire et, surtout, fort inégalement occupés. Son poids humain dans l’ensemble français n’est que de 4,83% : après une lente diminution depuis la fin du XIXe siècle, il tend à s’accroître depuis les années 1980 grâce à des soldes migratoires supérieurs à l’ensemble national. La région apparaît comme une aire de forts contrastes socio-économiques : au milieu d’héritages contraignants, elle offre des aspects très marqués de modernisme économique et figure dans cette France du Sud qui accumule les formes les plus récentes de la croissance tertiaire du pays.

Le milieu : les nuances de la diversité locale

La région s’inscrit dans trois bassins hydrographiques tournés vers l’Atlantique. Au nord, celui de la Dordogne et de l’Isle conflue avec la Garonne qui constitue l’axe central, tandis que, au sud, l’Adour draine le versant pyrénéen et concentre ses torrents. À partir de là, trois ensembles physiques s’identifient avec force. Le cœur de la région, entre les fleuves, est occupé, pour plus d’un tiers de sa surface, par le plateau landais bordé par une côte rectiligne de 200 kilomètres ; son manteau sableux, souvent consolidé en grès, est imparfaitement drainé sauf sur les marges moins ingrates de la Chalosse et du Bazadais. Au nord s’étendent les plateaux à dominante calcaire du Périgord et de l’Agenais : la présence de placages de sables au nord et la domination d’une forte dissection vers la Garonne au sud constituent des nuances non négligeables pour la vie agricole. Au sud, enfin, s’étend l’avant-pays pyrénéen modelé en collines ; il précède le domaine montagnard lui-même, qui passe de la haute montagne à l’est (pic du Midi-d’Ossau, 2 885 m) aux croupes adoucies du Pays basque qui s’achèvent par la côte rocheuse au-delà de l’estuaire de l’Adour.

Dans le détail, ces pays fortement disséqués par un chevelu dense de vallons (Aquitaine, le « pays des eaux ») présentent une extrême diversité de sols aux possibilités, mais aussi aux contraintes, très variées allant des lourdes argiles des fonds aux chauds calcaires des plateaux, en passant par les boulbènes argilo-sableuses des pentes. Cette diversité fut source de complémentarité bénéfique pour la polyculture traditionnelle ; elle exige aujourd’hui des spécialisations, sources de variété mais aussi d’éclatement et de dispersion.

Les conditions climatiques accentuent encore la diversité. Le climat aquitain est doux, humide et ensoleillé (5 0C en moyenne en janvier, 20 0C en juillet, 800 mm de précipitations annuelles), mais il est marqué par une très grande instabilité : les gelées tardives de printemps ne sont pas rares, les étés peuvent être très secs ou au contraire trop humides, les violents épisodes orageux peuvent être dévastateurs. Sur ce fond, la continentalité et l’altitude apportent des nuances importantes. Lumineuse, la côte ne compte qu’une quinzaine de jours de gelées, son ensoleillement est particulièrement important entre le bassin d’Arcachon et le Pays basque. Vers l’intérieur, l’hiver est bien plus marqué, principalement dans le Périgord et dans les vallées pyrénéennes où la végétation s’étage suivant l’altitude jusqu’aux alpages. Partiellement abritée, la vallée de la Garonne offre les nuances progressives, allant de l’humidité bordelaise à la plus grande sécheresse agenaise qui annonce les pays toulousains.

Les hommes et l’espace : l’inégalité de l’occupation

L’Aquitaine est très inégalement peuplée. Ce trait majeur, régulièrement accentué depuis le XIXe siècle, pose désormais la question d’une continuité sociale et administrative de la région, plus encore que celle de la vie économique ; cependant, celle-ci est aussi obérée par la trop grande faiblesse de marchés inégalement répartis. Le poids de chaque département est bien différent, de même que sa densité. La Gironde, avec 44,2% de la population régionale et 129 habitants au kilomètre carré, est le pôle incontesté, mais décentré au regard de la distribution d’ensemble. Au sud, les Pyrénées-Atlantiques avec 20,6% de la population et 78 habitants au kilomètre carré, sont déjà très au-dessous de la moyenne nationale en matière de densité (108 hab./km2). Les trois départements, Dordogne, Landes et le Lot-et-Garonne, tiennent une place encore plus modeste - respectivement 13,3%, 11,3% et 10,4% -, tandis que leurs densités sont encore plus faibles, 57 habitants au kilomètre carré pour le Lot-et-Garonne, 43 pour la Dordogne et seulement 35 pour les Landes, ce qui confirme leur caractère de « creux central » de la région déjà souligné par les conditions naturelles.

Malgré un léger tassement, la période 1990-1999 confirme la région Aquitaine dans cette France méridionale aux taux de croissance de la population supérieurs à la moyenne nationale : 0,44% par an pour la région et 0,37 pour la France, ce qui la met au sixième rang national pour le développement de la population. Cela est d’autant plus notable que, à l’exception de la Gironde, tous les soldes naturels sont négatifs, ce qui illustre, de manière de plus en plus nette, un vieillissement marqué par la présence des retraités mais aussi le rôle tenu par la venue d’actifs déjà largement engagés dans leur carrière professionnelle (ce qui est le cas de la fonction publique, fortement représentée, et des grandes entreprises). La région attire donc, et sa population cesse de se restreindre dans la communauté nationale ; seul le département du Lot-et-Garonne ne s’inscrit pas dans une dynamique qui bénéficie aux départements les plus peuplés, Gironde et Pyrénées-Atlantiques, ainsi qu’à ceux qui disposent d’atouts touristiques marqués, la Dordogne et les Landes. Le taux d’urbanisation s’accroît régulièrement ; il atteint désormais 69,7%, ce qui le rapproche du taux général de la province (70,8%). Mais cela recouvre des différences notables entre les 77% de la Gironde et les 42% de la Dordogne : l’Aquitaine est une région d’écarts d’urbanisation importants et, cependant, elle est caractérisée depuis le XVIIIe siècle par l’importance locale des bourgades et des petites villes, qui jouent un rôle de relais entre les deux grandes aires d’urbanisation. Au nord-ouest, l’agglomération bordelaise domine très largement ; l’aire urbaine est forte de 734 000 habitants (657 000 pour les vingt-sept communes de la communauté urbaine) et, par coalescence, elle s’étire vers le nord jusqu’à Libourne et vers le sud jusqu’au bassin d’Arcachon ; c’est un ensemble de 900 000 habitants, soit 30% de la population aquitaine, qui vit quotidiennement au rythme d’intenses migrations pendulaires. Au sud, la vallée de l’Adour représente le deuxième ensemble articulé en ses deux extrémités par les agglomérations de Bayonne, 160 000 habitants (40 000 pour la ville seule) et de Pau, 150 000 habitants (78 000 pour la ville) ; l’entre-deux, mais il n’est que de 90 kilomètres, est rythmé par des centres secondaires aujourd’hui liés par une relation autoroutière active, Lacq-Mourenx, Orthez et Peyrehorade, ce qui présente la première configuration de vallée, la plus dense, mais qu’on retrouve plus à l’intérieur des terres avec l’axe garonnais et ses annexes, d’une part, celui de la Dordogne, de l’autre.

Le couloir de la Garonne, aux fortes densités rurales, est structuré depuis Bordeaux par Langon, La Réole, Marmande et, en liaison avec la région voisine, Agen (30 000 hab. et près de 70 000 pour l’agglomération) ; la vallée du Lot en constitue une annexe importante avec la deuxième ville du Lot-et-Garonne, Villeneuve-sur-Lot, tandis qu’au sud s’ouvrent les rivières de la Gascogne qui, avec Casteljaloux et Nérac, animent les bordures de la forêt landaise. Au cœur de celle-ci, de très petites unités, très isolées, telles Labouheyre et Morcenx ; seules, au sud du département des Landes et déjà attirées par le système Adour-gave de Pau, Dax et la préfecture Mont-de-Marsan constituent des entités plus importantes (37 000 hab. chacune). Le nord de la région est organisé sur le bassin hydrographique et historique de la Dordogne, avec Bergerac, unité urbaine de 33 500 habitants, et sur son affluent principal, l’Isle, où Périgueux avec ses 63 500 habitants (mais la ville n’en compte que 30 000) a un rôle d’organisation pour le département de la Dordogne, principalement dans sa partie septentrionale. On le soulignera donc, à l’exception de la Gironde dominée par une très forte métropolisation, les quatre autres départements de l’Aquitaine sont disputés par un couple de villes principales qui s’en partagent le territoire en s’assurant des liaisons de proximité avec les petits centres locaux.

Toujours au recensement de 1999, la population active de l’Aquitaine s’élevait à 1 292 000 personnes, soit 5% du total national. Partant de cette donnée de base, trois caractères permettent de situer la région au regard de l’organisation de la vie économique. Le taux d’activité est de 52,8%, contre 55,2% pour la France, ce qui reflète la structure démographique vieillie des cinq départements. Le taux de chômage, lui, évolue au rythme général des fluctuations nationales, mais avec une accentuation marquée pour la région, accentuation qui cependant tend à s’amenuiser et à le rapprocher des valeurs d’ensemble : supérieur de plus de deux points au taux national quand celui-ci dépassait 12% au milieu des années 1990, il n’est plus que de 9,2%, contre 8,8% en valeur nationale, en 2001. Cet effet de rapprochement de structure, incontestable, s’explique par la mutation des rapports entre emplois salariés et non salariés ; en 1975, avec plus d’un tiers de non-salariés, l’Aquitaine est une région encore mal dégagée d’une forte base d’activités indépendantes, qu’elles soient agricoles, commerciales ou artisanales ; en 1999, le taux des non-salariés n’est plus que de 18,8% et a rejoint les valeurs nationales. L’Aquitaine est banalisée dans l’économie française, le salariat y prédomine de manière écrasante, mais la structure de ses activités n’y perd toutefois pas toute originalité.

La diversité relative des activités

Comme dans toute la France, la répartition en grands secteurs a été marquée par une très forte tertiairisation des emplois, qui dépassent désormais 70% des actifs totaux. L’originalité aquitaine réside encore en une sur-représentation agricole, 8% des actifs contre 5% en valeur nationale et, corrélativement, une sous-industrialisation exprimée en emplois, 21% contre plus de 24%. L’Aquitaine, par ces derniers traits, appartient bien à l’ensemble européen des régions du sud de la façade atlantique toujours marquée par une nette présence agricole mais, par la forte présence tertiaire, elle est beaucoup plus proche des régions méditerranéennes : encore la position intermédiaire déjà évoquée.

La tradition agricole confirmée

Forte d’une position ancienne mais conservée, l’Aquitaine est la première région française par sa contribution à la valeur ajoutée agricole, dont elle assure près de 10%. Ce rang est confirmé, et expliqué, par la première place tenue également pour le nombre de productions agricoles labellisées, qui s’étendent aujourd’hui bien au-delà du traditionnel domaine du vin, initiateur dans les techniques d’organisation. La région, désormais largement dégagée de la polyculture ancienne, s’est servi de celle-ci pour organiser une diversification largement intégrée dans les marchés. La base productive, en continuelle contraction, est forte de 50 000 exploitations : leur nombre a été divisé par deux depuis les années 1970, témoignage d’une évolution structurelle majeure qui s’appuie, par ailleurs, sur un nombre croissant de salariés (38 000 en 2000), ce qui fait de l’Aquitaine la première région française pour l’emploi agricole. Cette contraction des exploitations est le fruit d’un mouvement qui, sans toucher aux grandes spécialisations spatiales, se marque par le renforcement d’unités de production toujours mieux adaptées à des débouchés organisés par les professions elles-mêmes (fruits, légumes, maïs) ou par le négoce (vin en large partie, produits de l’élevage). L’irrigation est devenue à la fois le symbole des investissements productifs et l’un des moyens de se dégager de trop sensibles aléas climatiques : sur 1 500 000 hectares de surface agricole, 300 000 sont irrigués, et l’on considère qu’une exploitation aquitaine sur trois est concernée à des titres variés, soit 80% de la production des fruits et légumes ou 50% du maïs. Les valeurs agricoles concernent, pour 73%, les productions végétales. Au premier rang de celles-ci le vin assure à lui seul 40% des ventes et assoit le renom de l’Aquitaine. Les surfaces utilisées pour la viticulture couvrent 150 000 hectares, dont 93% en appellation d’origine ; le vignoble s’étend dans le Bordelais, son site principal, s’étale largement entre Garonne et Dordogne jusqu’au Bergeracois, qui constitue la deuxième grande référence régionale ; on y trouve aussi des vignobles originaux au sud de la Garonne (Buzet, Madiran, Duras) et en Béarn (Irouléguy). Au total, la production dépasse 6,5 millions d’hectolitres, dont plus de 2 millions sont exportés dans le monde entier. Si l’Aquitaine est le principal producteur de vins d’appellation, le premier exportateur également, elle est aussi le premier producteur de maïs ; celui-ci occupe le quart de la surface agricole, omniprésent des plateaux périgourdins aux collines des pays de l’Adour où il est dominant ; les 3,3 millions de tonnes de maïs grain constituent un aliment essentiel de la filière viande pour tout le Sud-Ouest, mais aussi une matière première industrielle transformée dans le nord de la France. Présents dans les vallées et sur leurs bas versants, les fruits et légumes représentent la troisième des grandes spécificités régionales ; arboriculture et culture des légumes de plein champ s’organisent afin de faire face à la concurrence des pays méditerranéens : l’Aquitaine n’est plus une région de primeurs, mais elle est devenue productrice de qualités reconnues dans des filières bien établies (tomates, salades, fraises, kiwis...). L’élevage est loin d’être négligeable, principalement sur les bordures plus élevées de la région. Son assise est constituée par les bovins et, sur les confins pyrénéens, par les ovins. Mais les produits les plus remarquables, tant en Dordogne que dans les Landes, sont les palmipèdes gras (oies et canards), dont l’élevage (la moitié de la production nationale) a donné lieu au développement d’une filière associant marchés de proximité et organisation commerciale ; celle-ci conjugue conserverie et produits frais ou semi-frais, particulièrement pour la restauration. Associée sur les images touristiques à ces mêmes oies, il y a, enfin, la forêt, qui couvre 44% du territoire régional. Dans ses périphéries montagneuses ou accidentées, c’est, pour le quart de l’ensemble, une série de massifs morcelés aux essences diverses. La partie la plus productive est, bien sûr, constituée par le massif landais, dont on tire chaque année 9 millions de mètres cubes de bois pour la trituration (37%) et pour les grumes à scier (63%). Et, par ces transformations possibles, on envisage dans cette sylviculture soumise aux aléas spéculatifs les relations avec le développement industriel.

La modernisation industrielle

Un déplacement majeur, commun à l’ensemble du pays, caractérise l’amenuisement régulier de l’industrie et le gonflement diversifié du secteur tertiaire. En 2000, l’industrie employait 149 000 personnes dans 8 850 établissements ; après une régression de 16% depuis 1990 elle était marquée par une légère reprise à la fin de la décennie. Par leur extrême diffusion, ce sont les industries agroalimentaires (17% des entreprises, 14% des emplois) qui sont les plus présentes, liées aux spécialisations de l’agriculture et à la diversification des filières techniques (conserves, boissons, plats préparés...). De la même manière, mais plus concentrées, les industries du bois résultent, elles aussi, de la valorisation des ressources locales, produisant papiers et cartons d’une part (dans les Landes et en Dordogne), emballages, charpentes et meubles de l’autre, alors que les importations de bois étrangers ont considérablement diminué. Sur cette valorisation du milieu se greffent des activités plus spécifiques, comme les activités mécaniques et dérivées. La construction aéronautique emploie directement 12 000 personnes, mais anime les bassins de sous-traitance de Bordeaux, Pau et Bayonne avec un total de 8 000 emplois en de multiples ateliers et entreprises moyennes, alors que la construction automobile, isolée certes, est bien représentée dans l’agglomération bordelaise (4 000 salariés). Avec 39% des emplois, la Gironde est le premier site industriel régional, au sein duquel le centre bordelais s’individualise par la forte présence du complexe aérospatial, des industries électroniques et, malgré leur contraction, des industries chimiques portuaires. Les Pyrénées-Atlantiques accueillent le quart de cette industrie régionale, avec une dominante chimique aujourd’hui obligée à une conversion liée au déclin du gisement de gaz de Lacq (1,2 milliard de mètres cubes par an au début du XXIe siècle contre 6 milliards au moment de l’apogée, vers 1980), des industries métallurgiques entraînées par l’aéronautique ainsi qu’une présence significative de l’ameublement. La Dordogne, avec 14% de l’emploi industriel, en plus des activités liées au bois (papeterie particulièrement) possède aussi des industries agroalimentaires et des activités liées aux survivances du secteur de la chaussure, autrefois fort important. Landes et Lot-et-Garonne (environ 10% chacun de l’emploi industriel) ont une place plus modeste mais loin d’être négligeable ; le premier de ces départements voit logiquement la domination de la filière bois tandis que le second connaît un fort développement de la filière agroalimentaire stimulé par l’essor d’un pôle original de recherches dans les technologies bio-alimentaires en liaison avec les productions agricoles des pays garonnais.

En articulation entre secteur secondaire et aménagement de l’espace régional, le bâtiment et les travaux publics emploient 75 000 personnes, dont 56 000 salariés, en 20 000 unités réparties sur tout le territoire régional. L’activité de construction se stabilise autour de 20 000 logements produits par an avec une mutation socio-spatiale très forte : dans les années 1990, on passe d’un quasi-équilibre entre logements collectifs et individuels à une domination de ces derniers qui, au début des années 2000, assurent les trois quarts d’une activité liée à l’étalement de l’urbanisation ainsi qu’au développement continu d’un parc de 165 000 résidences secondaires (en 1999) et à l’entretien de celui-ci. Dans les travaux publics, l’activité est soutenue pour près de 40% par les chantiers liés à l’amélioration des infrastructures et tout particulièrement les autoroutes et les divers raccordements urbains qui modifient régulièrement les rapports entre les villes, renforçant leur interdépendance.

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La forte présence des activités de services

Fortes de 590 000 salariés, les activités tertiaires couvrent une large diversité de fonctions liées à l’équilibre social et spatial de la région. Pour 18% de l’ensemble du tertiaire, la moyenne nationale est de 21%, les services aux entreprises font partie de l’environnement de plus en plus diversifié nécessaire au développement des fonctions productives (sécurité, gardiennage, conseil et assistance...) et à leur concentration continue dans les principaux ensembles urbains. Pour les activités plus générales, on soulignera la place tenue par les 40 000 établissements et les 160 000 emplois du commerce, activité remarquable par une forte présence des grandes surfaces intégrées, en particulier les hypermarchés et les magasins de bricolage et d’électroménager (quatrième rang national). Il en va de même pour les 16 000 établissements et les 115 000 emplois dans la santé et l’action sociale, qui reflètent à la fois l’équipement urbain, le vieillissement de la population et la fonction de séjour climatique. On relèvera enfin la part toujours renforcée d’un secteur public qui assure 38% de ces activités tertiaires et, plus particulièrement, concourt pour 30% au domaine de la santé et pour 75% à la recherche-développement. Avec 11 000 établissements et 30 000 emplois, l’hôtellerie-restauration est liée à la vie urbaine, aux échanges et plus particulièrement à l’activité touristique, une des spécificités aquitaines. Cinquième région française avec 7,9% des nuitées, l’Aquitaine accueille 6 millions de touristes, dont un quart d’étrangers. La capacité d’accueil y est particulièrement importante dans l’hôtellerie de plein air et les villages de vacances (deuxième rang national) qui se concentrent sur la côte. Dans l’intérieur, l’accueil est plus diversifié, mêlant tourisme rural et hôtelier traditionnel, particulièrement dans trois sites, le Périgord, la montagne pyrénéenne et Bordeaux et ses environs, dont la fréquentation culturelle, liée au cadre architectural et au vin, se renforce régulièrement de la venue de voyages organisés et du tourisme maritime de croisière qui maintient une activité croissante de substitution au cœur du « Port de la Lune ».

Région frontalière, l’Aquitaine est une des deux portes majeures des relations avec la péninsule Ibérique, grâce aux liaisons par la terminaison atlantique des Pyrénées. Cela génère un important trafic nord-sud, à la fois autoroutier et ferroviaire ; le développement de la plate-forme multimodale bordelaise assure son articulation avec l’axe ouest-est et le raccorde à l’autre axe international majeur, celui de la Méditerranée. Mais ces relations terrestres de proximité transfrontalière se trouvent complétées et élargies au monde entier par le trafic des ports de Bordeaux (9 millions de tonnes en 2000) et de Bayonne (4 millions) qui se complètent pour l’exportation des bois et céréales et l’importation des engrais. Le trafic aéroportuaire, fort de 3 millions de passagers pour Bordeaux, de 600 000 pour Pau et de 800 000 pour Biarritz, constitue 15% du trafic des aéroports de province ; il joue un rôle important dans l’attraction touristique régionale et, bien sûr, dans les relations d’affaires avec Paris, Londres et les métropoles européennes. Au total, l’Aquitaine se situe au onzième rang national pour la valeur des exportations et au douzième pour les importations ; l’Union européenne constitue 58% des destinations et provenances, l’Amérique du Nord 21%, mais l’Afrique n’assure plus que 3,3% et l’Amérique du Sud 2,1%. En se modernisant, l’économie régionale s’est détachée des dépendances ultramarines assurées traditionnellement par Bordeaux pour s’intégrer fortement à l’espace et aux marchés européens, et la métropole devient une place de périphérie européenne dynamique dans les relations continentales plus que de façade maritime atlantique.

Jean DUMAS

Bibliographie indicative : P. ARQUÉ, Géographie du Midi aquitain, Armand Colin, Paris, 1939 P. BARRÈRE, R. HEISCH & S. LERAT, La Région du Sud-Ouest, P.U.F., 1962 H. BONIN dir., Cinquante Ans en Aquitaine (1945-1995), L’Horizon chimérique, Bordeaux, 1995 P. DELFAUD, Économie de la région Aquitaine, Sud-Ouest éditions, Bordeaux, 1996 P. DELFAUD & C. LACOUR dir., L’Aquitaine face à la crise, Bière, Bordeaux, 1985 J. DUMAS, Les Activités industrielles dans la communauté urbaine de Bordeaux, Impr. centrale, Bordeaux, 1980 H. ENJALBERT, Les Pays aquitains, Bière, 1960 I.N.S.E.E., Tableaux économiques de l’Aquitaine, Bordeaux, 1991 J. LAJUGIE dir., L’Aquitaine, vingt-cinq ans d’évolution économique et sociale, Bière, 1977 L. PAPY, Atlas et géographie du Midi atlantique, Flammarion, 1982 P. ROUDIÉ, Vignobles et vignerons du Bordelais, C.N.R.S., 1988.


IV / PAYS DE LA LOIRE (région)

La région des Pays de la Loire comprend cinq départements de l’ouest de la France : la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Sarthe et la Vendée. Sa capitale est Nantes. Elle couvre une superficie de 32 082 km2 pour une population de 3 222 061 habitants (recensement de 1999), soit une densité proche de la moyenne nationale (100 habitants au km2). C’est la cinquième région française par le poids démographique (5,5% de la population hexagonale).

La ruralité est plus présente dans les Pays de la Loire qu’à l’échelle nationale : 69,8% seulement de la population ligérienne en vit dans l’espace à dominante urbaine, contre 82% pour la France métropolitaine (1999). L’armature urbaine est composée en majorité d’aires urbaines de petite dimension : cinq d’entre elles seulement, sur un total de vingt-deux, dépassent les 100 000 habitants.

1. Des contrastes territoriaux marqués Il est banal d’évoquer l’absence d’unité de la région des Pays de la Loire. En effet, celle-ci ne correspond nullement à une entité historique, puisqu’elle a été construite en agrégeant quatre parties d’anciennes provinces (Anjou, Bretagne, Maine et Poitou). Par ailleurs, elle est marquée par une discontinuité géologique majeure, avec une situation de contact entre le Massif armoricain, d’une part, et l’extrémité sud-ouest du Bassin parisien, d’autre part. De là le passage de paysages de bocage faiblement vallonnés ayant des altitudes peu élevées (le point culminant de la région est le mont des Avaloirs, au nord de la Mayenne, avec 417 mètres) qui caractérisent les trois quarts occidentaux de la région, là où se déploie le vieux massif hercynien, à des secteurs de plaine aux paysages plus ouverts en arrivant sur le bassin sédimentaire, dans la moitié orientale du Maine-et-Loire et de la Sarthe. Ce contraste géologique et paysager, illustré par l’opposition entre l’Anjou noir et l’Anjou blanc, se retrouve également dans les franges méridionales de la Vendée, qui mordent sur le seuil du Poitou. Par ailleurs, si du fait de leur ouverture sur le littoral atlantique, les Pays de la Loire bénéficient d’un climat océanique tempéré, à l’origine d’une amplitude thermique annuelle modérée, les moyennes annuelles augmentent toutefois de trois degrés en progressant vers l’est : de 13 0C sur le littoral à 16 0C au Mans.

L’absence d’unité des Pays de la Loire ne se lit pas seulement dans l’histoire ou dans les paysages, elle se traduit également dans les réalités fonctionnelles. La région semble ainsi constituée de différents sous-ensembles : un estuaire de la Basse-Loire articulé autour de la métropole Nantes - Saint-Nazaire et tourné traditionnellement vers le grand large ; un Choletais mariant dynamisme industriel et conservatisme politique ; un Anjou blanc caractéristique du Val de Loire tourangeau, avec ses maisons en pierre de tuffeau et son habitat troglodytique ; un département de la Mayenne en position de marche entre Bretagne et Bassin parisien ; la Sarthe sous influence parisienne ; enfin, une bordure littorale à la vocation balnéaire très marquée et caractérisée par la présence de milieux humides rétro-littoraux (la Brière et le Marais du pays de Retz en Loire-Atlantique, le Marais breton et le Marais poitevin en Vendée). Enfin, l’examen du taux d’urbanisation et de la structure de l’emploi à l’échelle départementale atteste également de l’importance de ces contrastes territoriaux. La Loire-Atlantique s’affirme doublement dans le contexte ligérien, par l’importance du fait urbain et par la diversité des fonctions tertiaires de la métropole nantaise, huitième aire urbaine française avec 711 120 habitants en 1999 (883 499 habitants si l’on y adjoint l’aire urbaine de Saint-Nazaire, avec laquelle elle forme le complexe urbain de la Basse-Loire). C’est le seul département à la fois fortement urbanisé (l’espace à dominante urbaine regroupe 87% de la population en 1999) et dans lequel la part de l’emploi tertiaire est presque conforme à la moyenne nationale. À l’opposé, la Mayenne et la Vendée présentent encore un visage rural affirmé et une double vocation à la fois agricole et industrielle. Dans ces départements, environ un habitant sur deux vit dans l’espace à dominante rurale et l’aire urbaine des deux villes préfectures, Laval et La Roche-sur-Yon, avoisine seulement les 100 000 habitants en 1999. Quant aux deux autres départements ligériens, le Maine-et-Loire et la Sarthe, ils sont en situation intermédiaire, tant par l’intensité de l’urbanisation que par le profil des activités. Cette situation s’explique par la présence d’une aire urbaine relativement peuplée, respectivement Angers (333 624 habitants en 1999, soit le 23e rang national) et Le Mans (293 159 habitants en 1999 et 28e rang national).

2. Les dynamiques démographiques et économiques

Un bilan migratoire positif Entre les deux derniers recensements (1990-1999), la croissance de la population est plus rapide dans les Pays de la Loire qu’en France métropolitaine : + 0,58% contre + 0,37%. Ce dynamisme n’est guère spécifique à la région ligérienne car il touche l’ensemble des régions de la moitié occidentale du pays. Les Pays de la Loire se classent ainsi au cinquième rang pour le taux d’accroissement démographique, alors qu’ils n’étaient qu’en quatorzième position entre 1962 et 1968.

Cette croissance démographique relativement soutenue est due pour un tiers à l’excédent du solde migratoire, qui prend progressivement le relais d’un solde naturel en net recul depuis 1975. Le renversement du solde migratoire traduit le passage d’une région d’exode à une région attractive. De nouveau, l’espace ligérien ne fait guère exception dans la moitié occidentale du pays, car les régions atlantiques françaises présentent, depuis 1975, des bilans migratoires de plus en plus excédentaires.

Toutefois, au cours de la décennie 1990, dans les Pays de la Loire comme dans la plupart des autres régions de province, les soldes migratoires par âge laissent apparaître un déficit pour les jeunes adultes. Autrement dit, entre vingt et trente ans, le nombre des départs excède celui des arrivées, avec un creux prononcé autour de vingt-cinq ans. En revanche, le bilan migratoire est positif pour toutes les autres classes d’âge, mais plus spécifiquement pour les adultes ayant entre trente-cinq et cinquante ans et pour les jeunes retraités. Enfin, les flux les plus significatifs de migrants s’installant en Pays de la Loire viennent d’Île-de-France (environ un tiers des arrivants en provenance d’une autre région française) et des régions limitrophes.

Le dynamisme de l’emploi et les spécificités économiques régionales

Le dynamisme économique des Pays de la Loire est incontestable. Au cours des décennies 1980 et 1990 (1982-1999), la croissance de l’emploi y a été la plus rapide de toutes les régions métropolitaines et la région apparaît également en tête, avec le Languedoc-Roussillon, pour la progression du produit intérieur brut (P.I.B.) entre 1992 et 2002. Ce dynamisme économique a été soutenu par la création d’infrastructures de transports. Ainsi, l’arrivée du T.G.V. Atlantique en 1989 (même si la ligne à grande vitesse, dite L.V.G., ne concerne que le tronçon Paris-Le Mans) rapproche les principales villes de la région de Paris mais aussi des autres agglomérations françaises, grâce au contournement ferroviaire de la capitale : à titre d’exemple, le temps de trajet a été réduit de trois à deux heures entre Nantes et Paris. Par ailleurs, le maillage autoroutier des Pays de la Loire s’est poursuivi, avec l’ouverture, depuis la décennie 1980, de plusieurs tronçons autoroutiers ou de voies rapides (A11, A81, A83, A85).

La région ligérienne offrait 1,378 million d’emplois au 31 décembre 2002, soit 5,6% de l’emploi total en France. Cependant, la contribution de la région au P.I.B. national est inférieure (4,9%), bien qu’en progression, car les Pays de la Loire ne se situent qu’à la dixième place des vingt-deux régions françaises métropolitaines pour le P.I.B. par habitant. Celui-ci est inférieur à la moyenne de la France métropolitaine (22 300 euros contre 25 153 en 2002), en raison des spécificités économiques régionales. D’une part, les secteurs de l’agriculture et de l’industrie-construction sont surreprésentés, au détriment du tertiaire, qui ne représente que les deux tiers de l’emploi régional contre près des trois quarts à l’échelle nationale, étant donné la sous-représentation des services aux entreprises. D’autre part, la structure économique fait ressortir la présence d’industries de main-d’œuvre et la faiblesse relative d’activités à haute valeur ajoutée. Les Pays de la Loire représentent le dixième de la valeur de la production agricole nationale, avec une forte spécialisation dans l’élevage bovin, ce qui n’exclut pas, ponctuellement, d’autres productions, comme le vignoble (Pays nantais, Anjou et notamment Coteaux du Layon, Saumurois), l’horticulture et les vergers (Val d’Anjou) ou le maraîchage (Pays nantais). La région se situe ainsi à la première place en France pour la viande et à la seconde pour le lait, derrière la Bretagne. Par ailleurs, elle possède, loin cependant derrière cette dernière, le second cheptel porcin et de volailles. Quant au secteur secondaire, quelques spécificités régionales ressortent. Les principales branches industrielles sont l’agroalimentaire, qui prend appui sur l’important secteur agricole, les biens de consommation de type habillement, chaussure et meuble, la métallurgie-mécanique, la construction navale (les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire mais aussi la construction de bateaux de plaisance en Vendée) ou encore l’aéronautique (usine Airbus à Nantes et Saint-Nazaire). Enfin, signalons l’importance du tourisme parmi les activités tertiaires. Celui-ci est limité pour l’essentiel au littoral, où il est très développé, prenant appui sur de nombreuses stations balnéaires dont certaines très connues (La Baule, Les Sables-d’Olonne) et sur une moyenne annuelle d’insolation qui situe cette portion du littoral atlantique en seconde position derrière le Sud-Est méditerranéen. Hors du littoral, le tourisme se fait plus discret et plus ponctuel. Il n’a jamais l’aspect massif que revêt cette pratique le long de la façade atlantique au cours de la période estivale. Il concerne quelques centres urbains présentant une certaine valeur patrimoniale (Angers, Nantes...), le Val de Loire en amont d’Angers, l’abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire) aux confins de l’Anjou et de la Touraine ou encore le parc d’attraction du Puy-du-Fou en Vendée. En outre, si le Marais poitevin connaît également un processus de valorisation récréotouristique, celui-ci touche essentiellement le Marais mouillé et notamment la Venise verte, espace situé dans la région voisine du Poitou-Charentes, alors qu’en Vendée se déploie largement le Marais desséché, mis en valeur de façon intensive sous forme de céréaliculture.

3. La diversité régionale

Les inégalités de croissance démographique et économique

Le dynamisme démographique et économique des Pays de la Loire est très inégalement réparti. Du fait de la vigueur de leur solde migratoire, la Loire-Atlantique et la Vendée apparaissent nettement en tête pour le taux d’accroissement de la population (+ 0,84% et + 0,65% par an entre 1990 et 1999). C’est également au sein de ces deux départements que l’augmentation du nombre d’emplois a été la plus soutenue. En revanche, avec un bilan migratoire nul et une croissance de l’emploi plus modeste, les autres départements sont en retrait pour le dynamisme démographique, avec des valeurs s’échelonnant entre + 0,29% par an entre 1990 et 1999 pour la Mayenne et + 0,41% pour le Maine-et-Loire (+ 0,35% pour la Sarthe).

La distance au littoral et aux aires urbaines constitue un facteur déterminant des fortes inégalités en matière d’accroissement démographique. D’une part, les cantons qui bordent l’Atlantique enregistrent une forte croissance de leur population, étant donné la vigueur du solde migratoire. D’autre part, le taux d’évolution annuel moyen de la population est très nettement supérieur dans l’espace à dominante urbaine : + 0,71% par an entre 1990-1999, contre seulement + 0,29% pour l’espace à dominante rurale. Quelques aires urbaines enregistrent ainsi des taux d’accroissement rapide, comptant même parmi les plus dynamiques du territoire national, qu’il s’agisse des deux plus importantes de l’espace ligérien, à savoir Nantes (+ 1,10% par an) et Angers (+ 0,84% par an), mais aussi une ville moyenne comme La Roche-sur-Yon (+ 0,86%).

Des « campagnes vivantes »

Fruit d’une moindre intensité de l’urbanisation, près d’un million de Ligériens, soit 30,2% de la population, vivent dans l’espace à dominante rurale. Celui-ci est caractérisé par des densités de population relativement élevées, avec 50 habitants au km2 contre 33 seulement au niveau national, ce qui peut s’expliquer, au moins partiellement, par un essaimage des activités secondaires. L’industrie est en effet très présente dans ces territoires ruraux, où culmine la proportion d’actifs employés dans le secondaire, ce qui justifie l’expression « campagnes vivantes ». Les industries agricoles (matériel agricole, intrants) et agroalimentaires y occupent une place importante, même si leur contribution à l’emploi varie considérablement d’un lieu à un autre. Par ailleurs, d’autres secteurs sont également bien représentés, comme la métallurgie, la plasturgie, l’ameublement ou encore la construction-B.T.P. Toutefois, si les espaces ruraux des Pays de la Loire apparaissent comme des campagnes peuplées, c’est non seulement par l’importance relative de l’emploi industriel, mais aussi par la bonne résistance, voire la progression de ce secteur, ainsi que par la croissance du tertiaire.

La spécificité du Choletais Le Choletais est souvent présenté, en France, comme le modèle de l’industrialisation en milieu rural. Cet espace comprend, pour l’essentiel, le sud-ouest du Maine-et-Loire et le nord-est de la Vendée et, de façon plus limitée, le sud-est de la Loire-Atlantique et le nord-ouest des Deux-Sèvres, département appartenant à la région Poitou-Charentes. C’est une aire de peuplement dense, organisée selon une trame serrée de bourgs et de petites villes. Cette densité et cette diffusion du peuplement sont liées à un essaimage des industries, avec une spécialisation marquée dans la production de biens de consommation. L’activité traditionnelle du Choletais est l’habillement (deuxième pôle français après la région parisienne) et la chaussure (premier pôle). Toutefois, depuis les années 1950, un processus de diversification est à l’œuvre, porté notamment par les industries agroalimentaire, mécanique, du meuble, de la plasturgie ou encore la construction de bateaux de plaisance.

Le Choletais s’apparente à un district industriel, avec une multitude de petites entreprises, mais pas exclusivement (quelques entreprises de plus grande dimension, soit d’origine locale, soit issues d’une délocalisation - comme Michelin ou Thomson à Cholet sont recensées). Il s’agit d’un développement endogène, reposant sur des initiatives et des capitaux locaux. La démarche des entrepreneurs comprend une dose prononcée de paternalisme vis-à-vis de la main-d’œuvre. Celle-ci ne se reconnaît aucunement dans les valeurs de la classe ouvrière, manifestant avec constance son ancrage dans un vote conservateur. On retrouve ainsi la même configuration sociale que dans la société agraire : les industriels, fréquemment issus du monde de l’artisanat, détiennent désormais le pouvoir, à la place des grands propriétaires terriens ; quant aux ouvriers, ils reproduisent la même attitude de soumission qu’avaient les petits fermiers ou métayers, niant ainsi leur appartenance à la classe ouvrière. Face à la rude concurrence des pays à bas coût de main-d’œuvre, le Choletais souffre, mais sa base économique ne s’est pas effondrée, en raison de la capacité d’adaptation des entrepreneurs : le nombre d’entreprises délocalisées dans le prêt-à-porter a été limité pour l’instant, les entrepreneurs ayant diversifié l’activité en relevant le niveau technologique, ce qui a entraîné une requalification de la main-d’œuvre.

L’identité des Pays de la Loire, mosaïque de territoires, reste incertaine, tant les facteurs de diversité sont nombreux. Néanmoins, l’un des traits les plus remarquables de cette région est son dynamisme démographique et économique, qui profite d’abord et avant tout aux principales villes et au littoral atlantique.

François MADORÉ

Bibliographie indicative M. BALESTE et al., La France : les 22 régions, Armand Colin, Paris, 2001 C. CABANNE, Pays de la Loire et Centre, Sirey, Paris, 1984 A. CHAUVET, Porte nantaise et isolat choletais, Hérault, Maulévrier, 1987 N. CROIX dir., Des campagnes vivantes. Un modèle pour l’Europe ?, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2000 I.N.S.E.E., La France et ses régions, 2002 ; Les Fonctions métropolitaines supérieures dans les villes de l’Ouest, 2002 J. RENARD, Géopolitique des Pays de la Loire : à la recherche d’une région perdue et retrouvée, A.C.L.-Crocus, Saint-Sébastien, 1988 ; La Vendée : un demi-siècle d’observation d’un géographe, Presses universitaires de Rennes, 2005.


V / MIDI-PYRÉNÉES (RÉGION)

Midi-Pyrénées fut d’abord, en 1961, une circonscription administrative, la plus étendue de France, plus grande que la Belgique ou la Suisse avec ses 45 597 kilomètres - 8,3% du territoire national -, et ses huit départements (Ariège, Aveyron, Haute-Garonne, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées, Tarn et Tarn-et-Garonne) regroupés autour de Toulouse. La réforme de 1964 lui donna un préfet de région, également préfet de Haute-Garonne, et ses premières institutions à compétence « régionale » mais aux attributions limitées. Elle ne prit officiellement le nom de « région » qu’en 1972, toujours sous l’autorité d’un préfet, mais dotée d’attributions nouvelles et de ressources propres. Il faut attendre les lois de décentralisation de 1982 pour voir la Région s’affirmer comme une grande collectivité territoriale, exerçant des compétences plus larges et disposant de moyens accrus, en partie transférés par l’État.

En raison de son étendue, de sa diversité, Midi-Pyrénées a pu apparaître comme une construction artificielle, une « fausse région », mais la réorganisation des grands services de l’État dans ce cadre territorial y a progressivement imposé des solidarités territoriales nouvelles dans tous les domaines de la vie économique et sociale. C’est en fait autour de Toulouse, métropole régionale incontestée, que se forge peu à peu l’unité de Midi-Pyrénées. Unité qui se dessinait depuis fort longtemps, guidée par la configuration en étoile, autour de cette grande agglomération, des réseaux routier et ferroviaire. Dès le milieu du XIXe siècle, Toulouse avait en effet renforcé sa suprématie sur un vaste territoire qui préfigurait la région actuelle. Au sein même de celle-ci, les autres villes ne pouvaient vraiment rivaliser avec elle, mêmes les plus notables par leurs fonctions administratives, ou les plus dynamiques par l’essor de leurs activités industrielles. Fragilité de l’économie dominée par une agriculture qui présentait de grands signes d’archaïsme, médiocrité de la vie industrielle, population vieillissante après des décennies de dénatalité et d’émigration..., au moment de sa création officielle, Midi-Pyrénées semblait marquée par de lourds handicaps. Le renouveau contemporain n’en est que plus spectaculaire, mais il est surtout le fait de sa métropole régionale dont l’aire urbaine regroupe aujourd’hui près de 40% des 2 552 000 habitants (recensement de 1999). Comment diffuser ce dynamisme dans le reste de la région ? Comment promouvoir un développement territorial plus équilibré ? Autant de défis à relever en ce début de siècle.

1. Une région marginalisée dans l’espace français : XIXe siècle-années 1950

Dans les limites actuelles de Midi-Pyrénées, le maximum démographique fut atteint au milieu du XIXe siècle, où l’on dénombra, lors du recensement de 1846, 2,6 millions d’habitants. Le déclin fut ensuite très fort. Pendant le siècle qui suivit, la région a perdu près du quart de sa population : en 1954, on y recensait 1 975 000 habitants. Tous les départements avaient été touchés, même la Haute-Garonne malgré la croissance soutenue de Toulouse, et l’hémorragie fut particulièrement accusée dans les plus ruraux d’entre eux : Aveyron, Ariège, Gers, Tarn-et-Garonne. Les facteurs démographiques de cette évolution sont bien connus, mais ils ont joué dans des proportions variables selon les lieux : une dénatalité précoce et une émigration importante vers d’autres régions, Paris et les contrées qui offraient des perspectives d’emplois grâce à leur industrialisation. C’est que l’exode rural, ni plus massif ni plus précoce qu’ailleurs, ne put ici se fixer dans des villes proches, trop peu dynamiques, et prit la forme d’un exode régional. Après la saignée de la Première Guerre mondiale, les campagnes finiront même par manquer de bras ; on y fera appel à une main-d’œuvre étrangère, recrutée en Italie et en Espagne.

Crise agricole et faiblesse de la vie industrielle Dans le Midi toulousain, l’attrait des placements fonciers rémunérateurs, conférant un grand prestige social, n’a jamais favorisé les investissements dans l’industrie. Le blé destiné à la vente dans les régions méditerranéennes déficitaires, ravitaillées grâce au canal du Midi, assurait de beaux revenus aux propriétaires qui avaient à cœur d’étendre leurs domaines ruraux, où ils séjournaient une partie de l’année dans des châteaux ou des maisons de maîtres, l’exploitation étant assurée le plus souvent par des métayers. Le reste du temps, ils vivaient en ville, à Toulouse en particulier, où ils avaient fait construire des hôtels particuliers, témoignages de leur prospérité.

Ce système économique et social, que Roger Brunet a nommé « machine à blé », n’était guère propice à la naissance, au sein des bourgeoisies locales, de l’esprit d’entreprise nécessaire aux aventures industrielles. Si la Révolution française ne l’a guère ébranlé, il perdit de son efficacité économique à partir des années 1820. Concurrencé par les importations, le blé des pays toulousains ne se vendait plus aussi facilement, ou pâtissait de prix beaucoup moins rémunérateurs. L’inquiétude gagna les classes dirigeantes, qui eurent un moment l’espoir de trouver dans des mesures protectionnistes la solution pour retrouver un « âge d’or » de plus en plus improbable. Rares furent les tentatives des propriétaires ruraux pour moderniser l’agriculture, ou l’orienter vers de nouvelles productions. Plus rares encore les stratégies de reconversion dans l’industrie, qui apparaissait pourtant, dès le milieu du XIXe siècle, comme le moteur de la croissance dans d’autres régions du pays. Il est vrai aussi que les potentialités de la région dans le domaine industriel n’incitaient guère à l’optimisme. Toutes les activités de ce type connaissaient alors de sérieuses difficultés. De nombreux petits foyers industriels s’étaient en effet développés, dans la première moitié du XIXe siècle, à la périphérie du territoire régional, dans des contrées où les conditions naturelles ne permettaient pas une agriculture aussi rémunératrice que celle des plaines et des collines de la Gascogne, du Lauragais, de l’Albigeois et du Castrais. Profitant de ressources locales ou d’un savoir faire hérité des siècles passés, la métallurgie animait les bassins houillers d’Aubin-Decazeville et de Carmaux, exploitait à Pamiers les gisements de fer ariégeois. Ganterie à Millau, délainage à Mazamet, mégisserie à Graulhet, textile à Castres, Bagnères-de-Bigorre et dans le Pays d’Olmes, autour de Lavelanet..., dans ces petits centres industriels, on attendait beaucoup du désenclavement ferroviaire pour conquérir de nouveaux marchés et accroître la production.

Il fallut déchanter ; le chemin de fer eut souvent l’effet inverse : il exposa les producteurs locaux à la concurrence de produits manufacturés livrés par la grande industrie d’autres régions, et dont les prix étaient très inférieurs. Dans certains cas, l’industrie locale ne fut pas en mesure de résister ; dans d’autres cas, elle dut s’adapter pour maintenir son activité sur des créneaux de production particuliers et en abaissant ses coûts de production grâce à une main-d’œuvre peu exigeante, chassée des campagnes par l’exode rural, ou trouvant dans l’industrie un moyen de compléter les médiocres revenus qu’elle continuait à tirer de l’agriculture. Enfin, les secteurs les plus intéressants (charbonnages, sidérurgie et métallurgie), qui exigeaient des investissements plus lourds, échappèrent aux capitaux locaux et devinrent tributaires de stratégies extérieures à la région.

Des impulsions extérieures

Dans un contexte de déprise rurale et de désindustrialisation, les capitaux et l’esprit d’entreprise ont fait cruellement défaut, plongeant la région et ses villes dans une grande léthargie. Aux carences, longtemps niées, des bourgeoisies locales, s’ajoutaient aussi des handicaps beaucoup plus souvent invoqués pour expliquer les « malheurs » de cette partie du Sud-Ouest français, que l’on désignait sous des vocables divers : Midi toulousain, Aquitaine intérieure... Incontestablement, ces « pays » ne possédaient pas les richesses du sous-sol qui firent ailleurs les beaux jours de la grande industrie. Les réserves de charbon dans les gisements de Carmaux et Decazeville étaient d’ampleur limitée, mais ils n’ont pas suscité sur place une industrialisation à la mesure de leurs capacités de production ; et il a toujours fallu se préoccuper de leur trouver des débouchés hors de la région. Quant à l’hydroélectricité pyrénéenne, faute d’attirer de nombreux utilisateurs dans la montagne, comme ce fut le cas dans les vallées des Alpes, ses producteurs durent s’organiser pour l’acheminer vers des clients éloignés, en établissant dès les premières années du XXe siècle, par exemple, des lignes à haute tension vers Toulouse ou Carcassonne. La découverte des gisements de gaz naturel, en Haute-Garonne d’abord (Saint-Marcet, 1939), puis à Lacq (1951), dans l’Aquitaine voisine, révélèrent une situation semblable. Pour tirer profit sur place de ces sources d’énergie, ce sont les investissements industriels et les initiatives locales qui ont toujours manqué.

C’est de l’extérieur que vinrent souvent des impulsions, toutefois limitées. En ce domaine, la Première Guerre mondiale joua un rôle décisif, incitant à installer dans la région, loin du front et hors de portée des incursions ennemies, des industries travaillant pour la défense nationale. Restée longtemps à l’écart de la révolution industrielle, la région s’ouvrit ainsi à l’industrie, ce qui montre bien que ses potentialités n’étaient pas aussi faibles qu’on avait coutume de le dire. Dès le début de la guerre, l’arsenal de Tarbes développait ses activités et les ressources hydroélectriques de la montagne attiraient l’électrochimie et l’électrométallurgie dans les Hautes-Pyrénées. À Toulouse, ce furent aussi les débuts de la grande industrie, avec l’extension des installations de la poudrerie et l’installation des usines Latécoère, qui construisirent plusieurs centaines d’avions de reconnaissance pour l’armée. La paix revenue, ces greffons industriels connurent des succès inégaux, contraints de se reconvertir dans des productions civiles, mais souffrant de leur éloignement des grands marchés de consommation. Le mouvement n’en était pas moins lancé et il reprit dans les années 1930, quand la perspective d’un nouveau conflit avec l’Allemagne incita à des décentralisations stratégiques. Profitant du potentiel hydroélectrique des Pyrénées, plusieurs usines d’aluminium furent implantées en Ariège et à Lannemezan. À Toulouse, des installations de la poudrerie furent reconverties dans la fabrique d’engrais azotés, tandis que l’aéronautique, après une reconversion difficile vers des appareils destinés à l’aviation civile, recevait de nouvelles commandes militaires à partir de 1936-1937 et passait en partie sous le contrôle de l’État.

Le désenclavement

Ainsi, les handicaps, réels ou supposés, qui auraient laissé la région en marge de la vie économique dès le milieu du XIXe siècle et engendré son déclin démographique, doivent être relativisés. Bien des potentialités n’ont pas été utilisées faute de capitaux et/ou d’esprit d’entreprise. Il en va de même de l’enclavement, souvent dénoncé comme un frein au développement économique. Avec quelque retard sans doute, Midi-Pyrénées a bénéficié d’une bonne intégration dans le réseau ferroviaire national, par la construction de lignes nombreuses. Dans la partie nord, ce fut l’œuvre de la compagnie du Paris-Orléans, reliant dès 1858 les mines d’Aubin-Decazeville à la vallée de la Garonne (Montauban) avant d’assurer la liaison avec Paris, par Capdenac d’abord, puis plus directement, en 1893 seulement, par Cahors, Brive et Limoges.

Mais l’équipement ferroviaire fut surtout l’affaire de la Compagnie des chemins de fer du Midi, la seule des grandes compagnies à ne pas disposer d’une tête de réseau dans la capitale : son artère maîtresse était la voie Bordeaux-Sète à laquelle se raccordaient, à Toulouse, les lignes du « réseau pyrénéen » ; celui-ci conduisait d’une part vers la vallée de l’Ariège, et desservait, d’autre part, différentes vallées de la montagne par des antennes connectées à la grande voie qui, par le piémont, conduisait de Toulouse à Bayonne, par Tarbes, Lourdes et Pau. Précocement électrifié, ce réseau a toutefois souffert d’un trafic insuffisant dans une région aussi peu active. La compagnie du Midi fut ainsi à l’origine de nombreuses initiatives pour tenter de stimuler l’activité régionale et d’élargir sa clientèle : encouragement aux cultures maraîchères et fruitières en Moyenne-Garonne, commandes de matériels aux usines de Tarbes et de Bagnères-de-Bigorre pour l’électrification de son réseau, aménagement de sites touristiques avec la construction de grands hôtels en altitude, à Superbagnères, près de Luchon, et à Font-Romeu.

Le bilan de l’équipement ferroviaire est donc loin d’être aussi négatif qu’on l’a souvent écrit et on ne peut y trouver une cause majeure du faible développement économique local. Il n’en reste pas moins que les distances n’en furent pas pour autant abolies : à la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’actuelle région Midi-Pyrénées demeurait fort éloignée du centre de gravité de l’économie nationale qui s’était déplacé, à partir du milieu du XIXe siècle, vers Paris et le quart nord-est du pays. Loin de la capitale, la région apparaissait bien comme une partie de ce « désert français » dénoncé par Jean-François Gravier en 1947 et dont les pouvoirs publics prendront conscience dans les années 1950. Elle appartenait aussi à cette France rurale, peu industrialisée, peu urbanisée, réservoir démographique alimentant de forts courants de l’émigration, à l’ouest d’une ligne, devenue mythique, tracée entre Marseille et Le Havre, révélatrice d’une fracture territoriale qui n’avait cessé de s’aggraver. De ce constat est née la volonté de mieux distribuer les hommes et les activités dans l’espace français, qui s’est incarnée dans une politique d’« aménagement du territoire » dont Midi-Pyrénées a largement bénéficié.

2. Les chemins du renouveau

Le renouveau est net et rapide. Après plus d’un siècle de déclin, la croissance démographique, observée depuis 1954, a pratiquement permis de retrouver un effectif de population comparable à celui du maximum démographique de 1846. Midi-Pyrénées comptait 2 552 000 habitants en 1999, soit un gain de 600 000 personnes en moins d’un demi-siècle. Malgré un baby-boom relatif, compte tenu d’une structure par âge attestant d’un vieillissement prononcé dès l’entre-deux guerres, c’est l’inversion des flux migratoires qui a été le plus spectaculaire. Dans un premier temps on a pu l’imputer à l’installation de nombreux rapatriés d’Afrique du Nord (80 000 environ venant d’Algérie en 1962), mais, tous les recensements l’ont confirmé depuis, la région attire plus d’habitants venant de l’étranger ou du reste de la France, qu’elle n’en perd au profit de ces destinations. Le solde migratoire pour la seule période 1990-1999 est largement positif (+ 110 800), très supérieur à l’excédent des naissances sur les décès (+ 10 500). Une partie des nouveaux venus est certes constituée par des retraités ou des inactifs, dont les revenus et les besoins n’en constituent pas moins un atout non négligeable pour l’économie locale. Mais la région attire aussi des actifs, en particulier des ingénieurs, techniciens et cadres qui s’installent majoritairement dans l’agglomération toulousaine. Car tel est bien le caractère majeur de ce renouveau démographique incontestable : il se répartit très inégalement à l’intérieur de la région. C’est l’aire urbaine de Toulouse qui en bénéficie surtout, alors que les autres villes et les campagnes éloignées des zones urbanisées voient, sauf exceptions, leur population stagner ou décliner, avec parfois des signes inquiétants d’un vieillissement accentué.

Lors du recensement de 1999, près des deux tiers de la population vivaient dans l’une des 18 aires urbaines de la région. La seule aire urbaine de Toulouse avait gagné 463 000 habitants depuis 1962, alors que, globalement, les 17 autres aires de la région n’avaient augmenté que de 120 000 habitants.

C’est par l’attraction qu’elle exerce sur des populations résidant hors de Midi-Pyrénées, par sa capacité à dégager de forts excédents migratoires avec d’autres régions et/ou avec l’étranger que l’aire urbaine de Toulouse creuse l’écart de façon très nette avec toutes les autres villes de la région, handicapées par leur taille, comme par des activités moins diversifiées et souvent plus fragiles.

Quant à l’espace à dominante rurale, ses perspectives démographiques sont bien médiocres : si l’on excepte quelques signes de renouveau autour de certaines petites villes ou de quelques gros bourgs, les marques du vieillissement et du dépeuplement s’y aggravent : dans quelque 2 000 communes, soit près des deux tiers du territoire régional, la population a diminué de 17,2% (- 125 000 habitants) dans la dernière décennie du XXe siècle.

Le rôle décisif de l’État

Profitant d’abord à l’agglomération toulousaine, l’impulsion décisive est venue de l’État avec la politique d’aménagement du territoire pilotée par la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (D.A.T.A.R.) à partir de 1963. Toulouse fut alors choisie, avec sept autres grandes villes de province, comme métropole d’équilibre. Il fut décidé d’aider prioritairement ces « pôles de croissance » en y accumulant de façon volontaire des infrastructures nouvelles, des entreprises décentralisées, des services déconcentrés de l’État à compétences régionales..., ceci afin de les rendre plus attractifs et d’assurer, à terme, leur développement économique sans intervention de la puissance publique. Développement dont on espérait qu’il se diffuserait dans leur aire d’influence, en direction des villes moyennes et des petites villes, par le biais de la sous-traitance par exemple.

Toulouse put ainsi rattraper son retard en matière d’équipements de haut niveau, en même temps que sa vocation aéronautique et spatiale était renforcée par la décentralisation de grandes écoles aéronautiques et du Centre national d’études spatiales.

La crise des foyers d’industrialisation ancienne

Tel ne fut pas le cas de la plupart des autres villes de la région : alors que la progression de leurs emplois tertiaires avait soutenu leur croissance jusque là, presque toutes ont souffert des difficultés qui affectaient leurs activités industrielles plus traditionnelles et qui, de fermetures en restructurations, se sont traduites par de lourdes pertes d’emplois.

Commencée dès les années 1950 dans les bassins charbonniers de Carmaux et Decazeville, la crise industrielle touche la sidérurgie et la métallurgie, puis le textile, la mégisserie et le délainage. Dans les premières années du XXIe siècle, cette désindustrialisation semble même s’accélérer, dans un contexte de mondialisation, avec la fermeture des usines pyrénéennes d’aluminium, des plans sociaux sévères dans l’industrie de l’armement à Tarbes (G.I.A.T. industrie), mais aussi la disparition d’équipementiers pour l’automobile en Tarn-et-Garonne et à Cahors. Dans ce tableau, rares sont les signes de résistance ou de réussite : les Laboratoires pharmaceutiques Fabre à Castres, un tissu industriel plus réactif autour de Rodez...

À l’évidence, ces foyers d’industrialisation ancienne souffrent de leur petite taille, de leur monoactivité souvent, et de leur isolement. Mais le désenclavement de certains d’entre eux par de nouvelles liaisons autoroutières vers Toulouse, et quelques implantations universitaires à leur profit, (École des mines d’Albi, I.U.T. ou sites universitaires d’Albi, Rodez et Figeac fédérés dans un Établissement public administratif, embryon peut-être d’une future université de plein exercice...) ne semblent pas suffisants pour asseoir leur développement sur des bases solides. C’est le dynamisme toulousain qu’il faudrait diffuser plus largement, alors qu’il gagne surtout en périphérie, favorisant l’étalement de cette vaste aire urbaine.

Il faut donc, en même temps, conforter et diversifier le potentiel économique toulousain tout en réfléchissant à la façon d’en faire profiter l’ensemble de la région. Dans la compétition qui oppose aujourd’hui Toulouse aux grandes métropoles européennes et mondiales, ses atouts sont certains, mais son enclavement constitue un handicap et il faudra sans doute attendre encore de longues années pour l’insertion de Midi-Pyrénées dans le réseau des T.G.V.

L’environnement régional

Face à la montée des préoccupations environnementales et à la recherche d’une meilleure qualité de la vie, Midi-Pyrénées possède bien d’autres atouts : les « atouts du retard », dans la mesure où les sites et les paysages ont été relativement préservés pendant les décennies au cours desquelles d’autres régions participaient à la révolution industrielle. Ici, rien de tel. La diversité des paysages n’aide guère à trouver pour la région une image fédérative, une identité, mais elle constitue un potentiel considérable, non seulement pour le tourisme, mais aussi pour les nouveaux habitants qui trouvent là de multiples opportunités de loisirs et de découvertes, suscitant même, parfois, une volonté d’enracinement dans des lieux où ils élisent résidence et dans une culture qui s’incarne dans des fêtes remises au goût du jour, dans les produits du terroir, ou tout simplement par la gastronomie (vins, foie gras, cassoulet...). Des monts de l’Aubrac aux sommets et aux champs de neige des Pyrénées, c’est toute une mosaïque de « pays » qui se revendiquent aujourd’hui comme tels et valorisent leur patrimoine longtemps délaissé, ou perçu comme un symptôme d’archaïsme dans un monde qui ne jurait naguère que par la modernité : plateau calcaire massif du Larzac, ségalas du Tarn et de l’Aveyron, causses du Quercy où l’austérité des plateaux contraste avec les vallées cultivées, plaines et coteaux du Lauragais et de la Gascogne voués à la culture du blé ou du maïs, vergers de la Moyenne Garonne, piémont pyrénéen au-dessus duquel surgit la chaîne des Pyrénées, « frontière sauvage », où chaque vallée est un monde particulier... Tous ces paysages doivent, certes, beaucoup à la nature, mais ils sont aussi le fruit du travail des hommes depuis des décennies. Leur valeur patrimoniale est désormais reconnue, et, parfois, sanctionnée par une reconnaissance internationale comme ce fut le cas du classement par l’U.N.E.S.C.O. du canal du Midi. La protection et la mise en valeur de ces sites et de ces paysages pose la question du devenir d’une activité qui les a façonnés, assure leur entretien et en fait un patrimoine vivant : l’agriculture. Depuis des décennies, les campagnes de la région sont sorties de leur routine et d’une longue léthargie. Dès les années 1960, les efforts de modernisation y ont été intenses, sacrifiant parfois sur l’autel du productivisme bien des équilibres sociaux et territoriaux. Cette mutation a réduit de façon spectaculaire le nombre des exploitations. Entre 1970 et 2000, plus d’une exploitation agricole sur deux a disparu : cette évolution a profité aux 60 000 qui subsistent, dont la taille moyenne est passée de 19,5 à 39,2 hectares, puisque dans le même temps la surface agricole utilisée (S.A.U.) diminuait de 6,5% seulement. Mais elle n’a pas toujours récompensé les hommes qui en furent les artisans, des hommes de plus en plus inquiets face aux décisions venues d’ailleurs, aux aides ou aux contraintes de la Politique agricole commune. En prenant mieux en compte aujourd’hui l’espace rural, et non plus seulement l’agriculture, les instances européennes et le gouvernement français répondent sans doute mieux à la diversité et aux handicaps naturels ou structurels des campagnes de Midi-Pyrénées. En misant désormais sur la qualité, longtemps sacrifiée à des objectifs de quantité, les producteurs de la région participent de leur côté à la recherche de nouvelles vocations pour des campagnes qui restent dominées par la polyculture ; leur avenir ne peut laisser indifférents tous ceux qui vivent et travaillent dans des espaces urbanisés proches, dont la capacité d’attraction dépend aussi de cet environnement rural.

Plus que jamais sans doute, dans une région où les contrastes économiques et démographiques ne cessent de s’accroître, c’est la recherche de nouvelles solidarités territoriales, à différentes échelles, qui guide une politique régionale d’aménagement du territoire, soucieuse de concilier deux objectifs souvent contradictoires : l’efficacité économique, qui passe par les grandes concentrations urbaines et la métropolisation, et la qualité de la vie qui naît de la diversité et d’une répartition plus équilibrée des hommes et des activités.

Robert MARCONIS

Bibliographie indicative : INSEE, Tableaux de l’économie Midi-Pyrénées, publication annuelle, 2003 R. MARCONIS, « Midi-Pyrénées », in La France dans ses régions, A. Gamblin dir., Sedes, 3e éd., Paris, 2000 ; Midi-Pyrénées, Transports, espace, société, Éditions Milan, Toulouse, 1986 R. MARCONIS & F. PRADEL DE LAMAZE dir., Représentations de Midi-Pyrénées, Atlas régional, INSEE, Université de Toulouse-Le Mirail, Privat, Toulouse, 1995 F. PRADEL DE LAMAZE, Midi-Pyrénées, De l’isolement à l’ouverture, 5O ans de cheminement (1945-1996), INSEE Midi-Pyrénées, Toulouse, 1997 F. TAILLEFER dir., Le Midi Toulousain, Atlas et géographie de la France moderne, Flammarion, Paris, 1978.

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Les diaporamas correspondant aux divers cours ci-dessus :

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Grand Ouest diaporama
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Bretagne diaporama synthèse
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Du Poitou au seuil du Lauragais diaporama de synthèse
Texte extrait de http://danslamarge.com