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La zone méditerranénenne française : géographie régionale



La zone méditerranéenne française

Nous donnons ci-dessous un montage de cours sur les trois régions qui constituent la zone méditerranéenne française. Les auteurs sont de bons géographes français (certains sont des camarades de jury). Nous adjoignons à ce texte riche des cartes prises dans des sources de qualité. Ceci constitue une bonne base pour approcher la géographie de cet espace en terme régional.

I/ LANGUEDOC-ROUSSILLON (RÉGION)

Voir le [site documentaire Magnard

[>http://geolycee.magnard.fr/premiere/languedoc-roussillon/documents]

Au début du XXIe siècle, la région du Languedoc-Roussillon compte 2,3 millions d’habitants. Gagnant en moyenne 20 000 personnes par an, elle est devenue la première région attractive de France. Mais elle est loin d’être homogène. Aux extrêmes, la Lozère (74 000 hab.), terre d’altitude, conserve les caractères du Massif central et le massif pyrénéen marque profondément ceux des Pyrénées-Orientales (395 000 hab.). L’Aude (310 000 hab.) se partage entre les influences méditerranéennes et celles de Toulouse. Le Gard (625 000 hab.) se sent rhodanien et, pour partie, plus provençal que languedocien. Reste l’Hérault, au centre, département le plus peuplé (900 000 hab.) chargé de donner sens à l’unité régionale. Car plus que son nom ne l’indique, le Languedoc-Roussillon, multiple dans ses structures géographiques, se révèle être un assemblage complexe de pays et de territoires. Le littoral, de plus en plus convoité, associe les longues langues sableuses bordées d’étangs et les rochers escarpés de la côte Vermeille. Le calcaire règne en maître dans les Garrigues, le Minervois, les Corbières, terres des extrêmes climatiques. La montagne, en retrait et en ceinture, granitique ou schisteuse, est finalement partout présente. Quant à l’avant-pays, souvent dit de plaines et de vignes, il est surtout aujourd’hui couloir de passage fortement urbanisé, regroupant infrastructures, hommes, villes et activités. Le Languedoc-Roussillon moderne est là, tout de brassages, loin des clichés admis et des images traditionnelles.

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1/ Terres et mer

Le Languedoc-Roussillon serait-il un amphithéâtre ouvert sur la mer par une succession de gradins ? L’impression dominante est bien celle d’une gradation du relief depuis la ligne tendue du trait de côte jusqu’aux hauteurs cévenoles, l’alignement pyrénéen perturbant cette belle harmonie. Entre littoral et hautes terres, distinguons les Garrigues à l’est, les Soubergues (collines du Biterrois) et le Minervois à l’ouest, les Corbières, le Razès et les Fenouillèdes en avant-pays des Pyrénées. L’ensemble esquisse un portrait varié de la région que fleuves et rivières, par leur sillon pénétrant vers l’intérieur, viennent encore compliquer. Le Tech et la Têt ont profondément creusé leur vallée (Vallespir et Conflent) entre Albères, Canigou et crêtes du Capcir. La route des piémonts, d’Alès à Saint-Pons-de-Thomières, s’achève au pied des monts de l’Espinouse, avec le sillon du Jaur prolongé par la vallée du Thoré vers Mazamet. La vallée de l’Hérault, méridienne, ouvre la route du Larzac puis se glisse en gorges et étroit couloir jusqu’aux flancs de l’Aigoual. Petits fleuves et rivières, Vidourle, Cèze et Gardons, créent des unités de vie reposant sur leur bassin hydrographique. Tout converge vers la mer sans que la région ne s’affirme au travers des activités maritimes. Le littoral, un trait de sable rectiligne et un cordon de dunes instable précédé d’un ensemble de lagunes et de marais appelés improprement « étangs » reliés à la mer par des passes ou « graus », est peu propice aux installations maritimes. Les abris sont rares ; Aigues-Mortes tôt ensablée et Sète, création tardive accrochée au môle du Saint-Clair, sont les témoins d’une histoire maritime timide. Agde n’a jamais confirmé sa place dans le commerce méditerranéen antique, ni Maguelone son rôle au Moyen Âge. Seuls les petits ports catalans de Collioure et Port-Vendres, arrimés à la terminaison des Albères, témoignent d’une culture maritime. En dehors du mont Saint-Clair (Sète) et du Saint-Loup (Agde) qui fixent le lido, les paysages du littoral sont tout de platitudes sableuses, de rencontres des eaux douces et saumâtres. L’étang abrite une faune et une flore des plus riches. Ce milieu très fragile est menacé par les pollutions contemporaines dues aux activités agricoles, au tourisme, aux inondations. Ports de loisirs creusés à même le sable, marinas et stations touristiques implantées dans les années 1970 contrastent avec les petits ports de pêche et les doublets balnéaires traditionnels des villes de l’intérieur (Canet-Plage-Perpignan ; Palavas-Montpellier ; Valras-Béziers). Port-Camargue, La Grande-Motte et le Cap d’Agde symbolisent le littoral aménagé ; à l’ouest, le schéma urbain est moins affirmé, Leucate, Barcarès, Saint-Cyprien souffrent de leur relatif isolement et de la concurrence des stations plus anciennes, Canet et Argelès-Plage.

Du Rhône à la vallée de l’Aude, la plaine littorale n’est qu’un étroit couloir résultant des atterrissements continentaux transportés par les fleuves côtiers. Aire de conquête du vignoble de masse, elle a fixé les grandes infrastructures qui jalonnent la région, ce qui accentue l’impression de couloir de passage. Très étroite et envahie par les étangs entre les Corbières et la mer, elle s’épanouit sous forme de huerta maraîchère entre l’Agly et le Tech. Vers l’ouest, la vallée de l’Aude, entre les crêtes de la Montagne d’Alaric et celles de la Montagne Noire, prolonge le couloir jusqu’au seuil de Naurouze. Déjà, les croupes du Lauragais définissent un paysage toulousain. Les paysages associant le calcaire plus ou moins ancien, plus ou moins massif et dur à une formation végétale typiquement méditerranéenne (la garrigue) donnent leur unité à la région. Vastes plateaux coupés de vallées en canyons (garrigues d’Uzès, de Nîmes et de Montpellier), dominés par quelques proéminences en « pics » (pic Saint-Loup, signal du mont Bouquet), croupes plus limoneuses du Biterrois, collines rocheuses dans le Minervois, hauteurs désertiques des Corbières profondément entaillées par l’Aude et ses affluents, jusqu’aux Aspres catalans, tout le registre du calcaire façonne un Languedoc de la pierre et de l’eau. Trop souvent absente en surface, l’eau est active en sous-sol, dessinant le monde souterrain original du karst. La montagne en surplomb ceinture et ferme les horizons. Au nord, du mont Lozère à la Montagne Noire, les terminaisons hercyniennes du Massif central forment une ligne discontinue, cassée par les tables calcaires caussenardes. L’altitude moyenne y est voisine de 1 200 mètres et la montagne s’avance en éperons, en belvédères au-dessus de l’avant-pays. Le mont Lozère partage les eaux, l’Aigoual domine la vallée de l’Hérault, le Caroux celle de l’Orb. Les rivières ont affouillé les schistes du versant méditerranéen cévenol, abrupt et escarpé, les ont découpés en « serres », interfluves étroits et étirés au-dessus des vallées, obstacles majeurs aux communications transversales. Les versants atlantiques du revers cévenol, de la Margeride et des monts de Lacaune sont plus verdoyants, aux reliefs plus doux, aux étés plus frais et aux hivers plus rudes. Au sud, avec le Canigou en avant-scène, les crêtes pyrénéennes ciselées en dentelles, creusées en auges d’origine glaciaire comblées de lacs (région du Capcir), culminent à environ 2 700 mètres. La haute montagne imprime sa marque liée au tourisme avant de tomber brutalement dans la mer par la chaîne des Albères.

2/ Une région au soleil La distribution du relief explique en grande partie les caractères du climat méditerranéen, que la montagne contraste et accentue. Les pluies cévenoles amènent plus de 2 mètres d’eau par an sur les versants de l’Aigoual ; à quelques dizaines de kilomètres, la Camargue en reçoit moins de 500 millimètres. L’hiver, les températures varient de plusieurs degrés entre le littoral et les premiers sommets : les cerisiers sont en fleur au pied des neiges du Canigou. Peut-on pour autant parler d’un climat languedocien avec son appendice roussillonnais alors que les caractéristiques régionales sont provençales à l’est et toulousaines, avec le vent d’autan, à l’ouest ? Le soleil - c’est une des régions de France les plus ensoleillées avec plus de 2 500 heures d’insolation annuelle moyenne - et le vent, du nord (mistral), du nord-ouest (cers et tramontane), du midi (grec, marin, narbonnais) unifient et donnent sens aux nuances régionales. Le déroulement des saisons raccourcit la transition printanière, rend les automnes agréables sitôt les tourments de l’équinoxe apaisés. Les hivers sont doux et les étés torrides, mais le plus déterminant tient aux excès et aux irrégularités notamment des précipitations.

La végétation s’adapte aux particularités du milieu. L’arbre, devenu rare sous les agressions de l’incendie et des coupes, fait l’objet de reconquêtes depuis le reboisement de l’Aigoual à la fin du XIXe siècle. Le chêne vert est dominant sur calcaire, accompagné du pin, d’ornement lorsqu’il est parasol, du chêne kermès après l’incendie, des graminées et d’un cortège de plantes odorantes et épineuses. Le châtaignier lui succède sur les premières pentes, plus haut le hêtre (fayard) et les conifères prennent le relais. Mais la garrigue reste la formation dominante, d’origine anthropique dans sa constitution actuelle.

Jean-Paul VOLLE

3/ Vignobles : l’évolution vers la qualité

Les mutations récentes de l’agriculture régionale sont liées au nécessaire passage à des systèmes culturaux intensifs associés à des concurrences européennes et mondiales plus vives. Depuis 1990, l’agriculture a perdu plus de 25 000 exploitations et les quelque 40 000 qui subsistent en 2000 gèrent 981 000 hectares. Leur taille moyenne atteint 25 hectares et les petites exploitations (moins de 10 ha), qui représentent aujourd’hui moins de la moitié du total, ne contrôlent plus que 7% de la surface agricole utilisée.

En Lozère, les surfaces toujours en herbe occupent 85% des terres agricoles et l’élevage, bovin et ovin, pour le lait ou la viande, est dominant. Partout ailleurs, la vigne occupe l’essentiel des surfaces, jusqu’à 52% de la surface utilisée dans l’Hérault . Les emblavures sont présentes dans l’Aude et le Gard, qui assurent la quasi-totalité de la production régionale de céréales, notamment de blé dur et d’oléagineux (tournesol). Le Gard, dont l’agriculture est plus diversifiée, produit en abondance des fruits à noyaux et pépins, des asperges et des tomates. La pommeraie héraultaise, qui couvre encore plus de 1 000 hectares, a souvent laissé place aux cultures de melons et tomates. Fruits et légumes (cultures sous serres) caractérisent la huerta roussillonnaise, mais les plus belles réussites en ce domaine accompagnent les parcelles irriguées par le canal du Bas-Rhône-Languedoc en Costières de Nîmes et Lunellois.

Occupant près de 300 000 hectares avec une production moyenne annuelle de 18 millions d’hectolitres, la viticulture est le principal moteur de l’évolution qualitative de l’agriculture languedocienne. Depuis le début des années 1970, l’activité viticole régionale a connu de profonds bouleversements, conduisant à la production de vins de qualité. Cette reconversion du vignoble de masse s’appuie sur une triple démarche.

La première, grâce aux aides directes (État et Union européenne) versées aux producteurs, tend à réduire l’assiette viticole tout en améliorant les encépagements. En trente ans, plus d’un tiers des superficies plantées en vigne a été arraché définitivement ou replanté en cépages « améliorateurs ». Le grenache, la syrah, le carignan, cépages régionaux conservés, voisinent avec le cabernet franc, le cabernet sauvignon et le merlot, récemment introduits. Le vignoble, longtemps homogène, tend à se diversifier. Globalement, les cépages régionaux se développent sur les hauteurs, dans les zones d’appellation d’origine contrôlée (A.O.C.). À l’inverse, les cépages améliorateurs extérieurs dominent sur le pourtour littoral, là où s’expriment de nouveaux types de vins, de « pays » et de cépages.

La deuxième démarche de restructuration débouche, par concentration, sur la disparition rapide de nombreuses petites exploitations. Les caves coopératives connaissent la même évolution, cessent toute activité ou fusionnent. Les unités de production améliorent leurs techniques de vinification, de conservation et de conditionnement, afin d’obtenir des vins plus différenciés répondant mieux aux goûts des consommateurs.

La troisième démarche repose sur des politiques de commercialisation ciblées et plus soutenues, pour assurer de nouveaux débouchés à une production de qualité.

Moins affecté par les arrachages, le département de l’Hérault se démarque de l’Aude et du Gard. Il reste plus viticole et les petites exploitations (moins de 5 ha) y sont encore nombreuses.

Ces changements ont permis à la viticulture languedocienne de maintenir son poids dans l’économie régionale, sans pour autant s’extraire des nouvelles conditions de marché et de concurrence.

Laurence FABBRI

4/ Nouvelles industries

Avec 1,8% des effectifs de l’industrie française et de la valeur ajoutée produite par ce secteur, le Languedoc-Roussillon compte peu. Tous les indicateurs le confirment : 81 800 emplois dans l’industrie en 1999 pour 755 500 emplois dans la région, seulement 17% de la valeur ajoutée régionale, perte régulière d’activités et d’emplois depuis les années 1960, long nécrologe d’entreprises dont seul le nom reste dans les mémoires, dix entreprises seulement dépassant le seuil de 500 salariés. Le faible dynamisme conjoncturel cache en fait le double visage de l’industrie régionale. Le Languedoc, classé parmi les premières régions manufacturières en 1789, ne connaît pas les bouleversements de la révolution industrielle au XIXe siècle. Investissant massivement dans la viticulture, ses élites délaissent le profit industriel, incertain, pour une rente foncière assurée. Le textile et le charbon, la métallurgie ne seront finalement que des tentatives très localisées, liées aux richesses naturelles et au savoir-faire d’une main-d’œuvre mal rétribuée. Les mines (charbon, plomb, zinc, argent, or...) ont fermé, les industries « traditionnelles » du textile, de l’habillement, du cuir, de la chaussure ne représentent plus que quelques dizaines de petits établissements, après avoir animé villes et campagnes des piémonts et vallées. Les bassins de Ganges-Le Vigan, Lodève et Limoux se démarquent encore par une part plus importante de l’emploi industriel, mais leur participation à la production régionale compte peu et leur avenir reste préoccupant. Ceux d’Alès (anciennement minier, toujours spécialisé dans la production d’appareils électriques, la mécanique, la chimie) et de Bagnols-sur-Cèze (nucléaire et métallurgie), malgré leur poids industriel, disposent d’une infrastructure tertiaire qui les rapproche du profil des bassins d’emploi des grandes villes. Car c’est autour de Montpellier et de Nîmes que l’on trouve aujourd’hui les établissements les plus dynamiques dans l’agro-alimentaire, la chimie pharmaceutique, l’électronique, l’informatique, les instruments de mesure et l’appareillage médical, les technologies de l’information et des communications. Les départements du Gard et de l’Hérault représentent près des trois quarts de l’emploi industriel total, plus de 80% des nouveaux emplois. L’américain I.B.M., qui s’installe à Montpellier en 1965, sert d’exemple aux industries modernes caractérisées par la sous-traitance, la petite voire la toute petite entreprise, une grande mobilité, une forte capacité d’innovation, la recherche de la performance. À leur côté, on retiendra quelques grands établissements à rayonnement international, Sanofi Chimie, les cafés Jacques Vabre, Alstom et Dell Computer, Perrier et les Salins du Midi, Éminence, le C.E.A. et la Cogema parmi les quelque 800 établissements de plus de vingt salariés ; un tiers d’entre eux enregistrent aujourd’hui des participations financières étrangères.

5/ Services et tourisme Longtemps considérés comme une forme de « parasitisme » économique, les services, privés ou publics, à la personne et à l’entreprise, sont en progression constante. Le tertiaire (125 000 établissements) est devenu le moteur de l’économie en Languedoc-Roussillon. Il accompagne l’expansion démographique régionale : depuis 1980, la région est passée de 1,9 à 2,3 millions d’habitants et le tertiaire a gagné 150 000 emplois. En 1999, il représentait 575 500 emplois (77% de l’emploi régional). Le commerce, l’éducation, la santé et l’action sociale, les activités de conseils et assistance aux entreprises sont les secteurs les mieux représentés. Le tourisme et l’immobilier, l’importance de la recherche et des emplois administratifs expliquent aussi l’essor continu du tertiaire. Le secteur public contribue pour un tiers à l’emploi tertiaire régional, mais ses effectifs sont relativement stables. Le tertiaire a permis une croissance régulière de l’emploi féminin : neuf femmes actives sur dix travaillent dans les services, mais souvent à temps partiel et pour des emplois précaires ou peu qualifiés.

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Le tourisme, bien établi, participe aussi à la croissance des emplois tertiaires. Riche de quelque 45 000 actifs, il est créateur d’emplois saisonniers destinés à assurer plus de 120 millions de nuitées par an. Malgré sa forte saisonnalité, il place la région au troisième rang national. Mais les stations, Port-Camargue, La Grande-Motte, le Cap d’Agde, Gruissan, Leucate-Barcarès, créées par la mission Racine à la fin des années 1960, ont vieilli et ne répondent plus de manière satisfaisante aux demandes de la clientèle. Une nouvelle « mission littoral » définie par l’État et un Conseil de développement du littoral doivent tout à la fois procéder à une expertise de la situation, définir une politique globale de requalification de l’immobilier, de protection des espaces naturels très sensibles à l’érosion marine, coordonner les actions locales, enfin mobiliser les fonds et aides indispensables. Thermalisme, tourisme de passage urbain, tourisme vert de la résidence secondaire, de la randonnée et des activités de pleine nature, et tourisme « blanc » des sports d’hiver dans les Pyrénées complètent le tableau.

La richesse régionale provient à 80% du tertiaire et le tourisme a dépassé l’agriculture dans la constitution du produit intérieur brut régional. Rapporté au nombre d’habitants, cet indicateur classe le Languedoc-Roussillon au dernier rang national, classement qui traduit les difficultés d’une région peu industrialisée, peu productive et à faible valeur ajoutée.

6/ Une région de villes Le Languedoc-Roussillon est maillé par un réseau de villes trouvant leur fondement dans la pax romana, dans les activités marchandes et manufacturières de l’âge classique, rarement dans l’essor de la mine ou de l’industrie. La ville contemporaine est en fait liée à la rente viticole, dont l’appropriation légitime la richesse des bourgeoisies citadines, confirme les capitales, explique les concurrences entre les cités (Montpellier-Nîmes, Béziers-Narbonne). La crise viticole tarit la rente et modifie le rapport de la ville à la campagne, alors que la société languedocienne s’urbanise selon le mode de la diffusion périphérique et de la métropolisation. Dans un Languedoc-Roussillon aux structures territoriales de plus en plus déséquilibrées, Montpellier s’affirme face aux aires métropolitaines de Lyon, Marseille, Toulouse et Barcelone. Depuis 1960, les apports démographiques extérieurs - rapatriés d’Afrique du Nord, migrants en provenance des régions et métropoles françaises - sont constants. Ils expliquent la croissance généralisée des aires urbaines et les contrastes de répartition. Les terres du vide ont progressé : si 50% de la population vit sur 5,5% du territoire le plus urbanisé, 5% occupe 52% de l’espace régional. La nouvelle société urbaine du Languedoc-Roussillon vit largement à la périphérie des villes et à moins de 30 kilomètres de la Méditerranée. Elle se concentre dans l’espace urbanisé qui court de Sète à la vallée du Rhône (3 000 km2), rejoignant l’aire d’influence de la métropole marseillaise. Montpellier et Nîmes assurent la dynamique de cet espace qui compte près d’un million d’habitants et devrait recevoir 350 000 habitants supplémentaires d’ici à 2020 (75% de la croissance régionale). Ce modèle spatial dominant témoigne des transformations récentes des territoires par l’urbanisation. Il s’oppose à celui de la ville au cœur de ses campagnes, représenté par les villes moyennes du Languedoc occidental et par Perpignan en Roussillon.

Jean-Paul VOLLE

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Bibliographie indicative J.-C. BOUSQUET, Géologie du Languedoc-Roussillon, Presses du Languedoc, Montpellier, 1997 R. BRUNET dir., Atlas permanent de la région Languedoc-Roussillon, G.I.P.-Reclus, Montpellier, 1990 R. DUGRAND, Villes et campagnes en Bas-Languedoc, P.U.F., Paris, 1963 R. FERRAS, 99 Réponses sur le Languedoc-Roussillon, C.R.D.P., Montpellier, 1998 ; « Le Languedoc-Roussillon », in Géopolitique des régions françaises, Y. Lacoste dir., Flammarion, Paris, 1986 R. FERRAS & J.-P. VOLLE, « Cadre naturel, histoires naturelles » et « Économie » (chap. IV et V), in Le Languedoc méditerranéen, éd. C. Bonneton, Paris, 1989 ; Languedoc-Roussillon, région de la France du Sud et de l’Europe du Nord, Bréal, Paris, 1989 Y. GILBERT, Le Languedoc et ses images. Entre terroir et territoire, L’Harmattan, Paris, 1989 I.N.S.E.E., Tableaux de l’économie du Languedoc-Roussillon, Montpellier, 2001 Languedoc-Roussillon 2000-2020, Schéma régional d’aménagement et de développement du territoire, Région Languedoc-Roussillon, Montpellier, 2000 R. PECH, Entreprise viticole et capitalisme en Languedoc-Roussillon, du phylloxéra aux crises de mévente, université de Toulouse-Le-Mirail, 1975 P. RACINE, Mission impossible ? L’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon, Midi libre, Montpellier, 1980. Revues Bulletin de la Société languedocienne de Géographie, université Paul-Valéry, Montpellier Pôle Sud, Revue de Science politique, Montpellier Revue de l’économie méridionale, université Paul-Valéry, Montpellier.


II/ PROVENCE-ALPES-CÔTE D’AZUR (RÉGION)

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La région de Provence-Alpes-Côte d’Azur (P.A.C.A.) est, depuis 1983, une des vingt-six régions politiques françaises, dites de décentralisation. Elle regroupait 4,5 millions d’habitants lors du recensement de 1999. Plus de 80% de la population vit et travaille dans les trois départements littoraux (Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-Maritimes). Les deux départements alpins (Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes) n’ont que 270 000 habitants. Mais ils connaissent, depuis 1975, un regain démographique assez sensible après plus d’un siècle d’exode rural. Le Vaucluse, enfin, compte un peu plus de 10% du total de la population de la région. Celle-ci se situe au troisième rang des régions françaises (pour la population et pour le produit intérieur brut, le quart de l’Île-de-France ; les trois quarts de Rhône-Alpes). Ses six départements sont inscrits dans le périmètre, approximatif, de l’aire d’influence (commerciale, financière, universitaire, sanitaire) de Marseille dans les années 1960-1970, époque de la création des régions de déconcentration des grandes administrations.

1. L’unité de la région

La région n’a pas d’unité physique : au nord, les haut et moyen pays correspondent à la terminaison de la montagne alpine. À l’ouest, de grandes plaines (Comtat, Crau et Camargue) caractérisent la basse vallée du Rhône. Le fleuve, longtemps frontière entre Royaume de France et Saint Empire romain germanique, est aujourd’hui un axe de circulation et de concentration urbaine. Au centre, la vallée de la Durance, large couloir qui coupe la région en deux grands domaines de collines et de montagnes, joue le rôle d’épine dorsale du territoire. Au sud, des chaînons calcaires séparent des bassins argileux. En bordure de la mer Méditerranée, les plaines littorales, fermées vers l’intérieur par des massifs montagneux, ourlent de vastes rades et baies à vocation portuaire (Fos-sur-Mer, Marseille , La Ciotat, Toulon, Saint-Tropez, Antibes, Cannes, Nice, Villefranche, Menton).

La région se divise en plusieurs sous-ensembles territoriaux correspondant aux aires d’influence des grandes villes : au sud-est, celle de Nice , débordant très largement sur la montagne au nord ; au centre-sud, celle de Toulon ; au sud-ouest celle de Marseille - Aix-en-Provence ; à l’ouest celle d’Avignon, qui couvre une large partie de la vallée du Rhône ; au centre-nord, aucune ville majeure n’encadre le domaine alpin partagé entre les aires d’influence de Grenoble au nord, de Nice à l’est et de Marseille au centre.

La région a cependant une grande unité culturelle. Elle correspond à la Provincia romana et aux terres de civilisation occitane (langue provençale). Les systèmes agraires sont fondés sur la culture du blé dur, de la vigne, de l’olivier et sur l’élevage des moutons. Elle est perçue à partir d’images sensibles : le soleil, le vent, la lumière du ciel, les ombres dans les ruelles des villages et des vieux quartiers urbains, la mer, la garrigue sur les collines, les gros villages urbanisés, groupés, circulaires, souvent perchés sur les versants des collines , sur les lignes de front des plateaux calcaires, sur les buttes dans les régions de plaine. C’est peut-être en Provence que, depuis les temps les plus lointains, un équilibre subtil s’est établi entre campagnes et villes. Il semble se maintenir en dépit de la très forte croissance urbaine. Il explique, sans aucun doute, la permanence des traditions agraires dans la nourriture, les meubles, les costumes, les formes et l’architecture des maisons rurales et urbaines, dans le goût pour la chasse et le cabanon, dans le renouveau des fêtes villageoises et de la langue d’oc.

2. Un dynamisme démographique puissant

De 1860 à 1950, les écarts démographiques se creusent entre les départements. Les Alpes-de-Haute-Provence (appelées Basses-Alpes jusqu’en 1970) et les Hautes-Alpes se dépeuplent sous l’effet de l’exode rural. Le développement du bas pays, celui de la vallée du Rhône et des plaines littorales, précipite la ruine des modes de vie traditionnels de la montagne. La croissance démographique est relativement modérée dans le département du Vaucluse, demeuré rural. En revanche, la poussée est très forte dans les Bouches-du-Rhône, en raison des retombées du développement économique du port de Marseille et de l’essor des activités industrielles liées au commerce colonial (savonneries, huileries, sucreries, minoteries) et aux ressources locales du sous-sol (argiles pour la fabrication des tuiles et briques, extraction du charbon, traitement de la bauxite) ; puis à l’arrivée du pétrole importé, dès 1936, sur les rives de l’étang de Berre. Les Alpes-Maritimes ont connu une forte croissance démographique à partir du rattachement du comté de Nice à la France en 1860. Dans le Var, la poussée démographique est liée à l’expansion des activités militaires à Toulon et au développement des chantiers navals. À partir de 1950, le déséquilibre entre régions intérieures et régions périphériques s’accentue. Il a pour moteur des flux migratoires intenses vers les régions littorales et la vallée du Rhône : rapatriés européens venus d’Afrique du Nord ; immigrés étrangers venus des pays méditerranéens moins développés (Espagne, Portugal) et surtout d’Afrique du Nord (plusieurs centaines de milliers entre 1960 et 1975) ; Français venus de toutes les régions françaises, attirés par le soleil et les offres d’emplois dans les secteurs agricoles, industriels et tertiaires. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur passe de 2,5 millions d’habitants à 4,5 millions entre le milieu et la fin du XXe siècle. Ce quasi-doublement de population, en un demi-siècle, est un des plus élevés de France. Depuis 1975, on assiste à une reprise sensible de la population des Alpes du Sud, qui ont pratiquement retrouvé leur population du début du XIXe siècle. Mais le renouveau ne concerne que les villes et les communes périurbaines d’une part, et les communes rurales à fonction touristique et de loisirs d’autre part. Dans les communes exclusivement rurales, à l’écart des grands axes de circulation, et très éloignées des villes, le dépeuplement continue.

Dans les années 2000, quatre aires de forte concentration de peuplement, structurées par les grandes villes, s’individualisent :

- autour d’Avignon et des villes moyennes qui lui servent de relais (de Nyons dans la Drôme, à Carpentras, Cavaillon, Tarascon et Arles) : 400 000 habitants environ ;

- autour d’Aix-en-Provence, de Marseille et de leur couronne : 1 500 000 habitants environ ;

- autour de Toulon et des petites villes qui s’organisent en nébuleuse autour de la préfecture du Var : 800 000 habitants environ ;

- autour de Nice et des villes de la région littorale qui s’étend de Menton à l’est, à Saint-Raphaël et Fréjus, à l’ouest, à Grasse au nord : 1 000 000 d’habitants environ.

3. Un espace profondément urbanisé

Depuis 1950, parallèlement à la croissance démographique, le dynamisme des villes est très soutenu. Les bourgs sont devenus des villes de services. Leur rôle local s’est accru. Ils étaient jadis uniquement des pôles de commercialisation de produits agricoles. Ils concentrent aujourd’hui, dans une des deux ou trois rues centrales, souvent « piétonnisées », des commerces plus exceptionnels, des services financiers et bancaires, des services médicaux, administratifs, sportifs et culturels. Les petites villes ont vu leur pouvoir de commandement s’accroître parallèlement à l’augmentation de population. Des équipements scolaires, sociaux, sportifs ont été construits. Des zones industrielles, de tailles diverses, ont été aménagées à leur périphérie. Les villes moyennes (plus de 20 000 habitants) ont aujourd’hui des équipements de service de haut niveau, aussi bien au plan commercial que culturel, sanitaire ou sportif. Leur aire d’influence s’est considérablement renforcée. Les grandes villes (Marseille-Aix, Nice, Toulon, Avignon) ont connu un rythme de croissance soutenu pendant la période de fort développement économique qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale (accroissement naturel plus fort ; soldes migratoires élevés, liés aux créations d’emplois pour les actifs et à l’héliotropisme pour les retraités). Il semble s’être ralenti depuis 1975. La « vieille ville » (centre ancien) a connu une diminution d’habitants dont les causes sont la « décohabitation » (la famille conjugale ou monoparentale remplace la famille élargie) et la disparition de logements au profit des bureaux ; ou la destruction d’îlots insalubres. Le pouvoir de commandement des très grandes villes a considérablement augmenté. La concentration des activités du tertiaire supérieur dans les centres des villes de Nice et de Marseille, laisse entrevoir une « métropolisation » naissante, marquée par la concentration des établissements de gestion des affaires, de conception, de communication, de production de nouvelles technologies, d’enseignement supérieur et de culture, de services orientés vers le développement économique. Ils se regroupent dans des pôles décisionnels où se côtoient bureaux, hôtellerie et restauration de luxe, et résidences destinées aux couches moyennes et supérieures. La population des communes périurbaines a augmenté de manière explosive depuis les années 1960. Le phénomène se mesure au rayon et à la complexité des migrations alternantes entre communes et à l’étalement spatial des résidences (pour les deux tiers pavillonnaires). La partie orientale des Bouches-du-Rhône, à l’est d’une ligne Fos-sur-Mer - Avignon, est aujourd’hui une vaste aire urbanisée dans laquelle il est difficile de séparer les faisceaux migratoires quotidiens qui se dirigent vers Aix, de ceux qui s’orientent vers les villes de l’étang de Berre ou vers Marseille (carte 1). Il en est de même pour la partie littorale du département du Var autour du pôle de Toulon ; et pour la région urbaine de Cannes-Grasse-Antibes-Nice-Monaco-Menton. Le village rural groupé, souvent perché ou semi-perché, qui avait constitué pendant des siècles une entité fermée (quelquefois par des remparts) est aujourd’hui profondément bouleversé dans ses paysages et dans sa composition sociale par la diffusion de l’habitat pavillonnaire ou de petits collectifs urbains. Les idéologies sociales de l’environnement et du patrimoine rural expliquent la périurbanisation dont le vecteur est l’automobile.

4. Une mutation sociale de grande ampleur Croissance de la population et urbanisation se sont accompagnées de profondes transformations de la société. Depuis les années 1950, deux paysans sur trois ont quitté le travail de la terre. Ce mouvement a été très accusé pendant la période de forte croissance industrielle et tertiaire (1960-1980). L’ampleur de la diminution de l’emploi agricole s’explique, d’une part, par des causes générales liées à l’évolution de la société française ; et, d’autre part, par des faits propres à la région. Les exploitations agricoles sont, en moyenne, trop petites (la moitié de la moyenne nationale) pour assurer des revenus suffisants aux agriculteurs. Le prix très élevé de la terre (en raison de la forte demande en terrains à bâtir par les citadins) limite l’agrandissement ou l’installation des exploitants et favorise les ventes de terrains agricoles dans les zones les plus urbanisées (communes périurbaines et touristiques). À l’aube du XXIe siècle, la Provence-Alpes-Côte d’Azur compte moins de 30 000 exploitations.

La région demeure cependant une des régions agricoles les plus productives de France, aussi bien par exploitation que par hectare de terre cultivée. Les fleurons en sont les légumes (la tomate de Provence), les fruits (pommes et poires), les fleurs et le vin (production moyenne annuelle de plus de 3 millions d’hectolitres d’A.O.C, dont des crus réputés (Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Beaume-de-Venise, Cassis, Bandol). On dénombrait, au milieu du XXe siècle, environ 300 000 actifs industriels (bâtiment et travaux publics inclus) ; ils sont 280 000 en 2000. Entre-temps, la population active a augmenté de plus d’1 million de personnes. La croissance des emplois industriels a été assez notable jusqu’en 1970-1975. Mais, depuis une vingtaine d’années, l’industrie connaît une contraction sévère, liée au passage de la société industrielle à la société technologique (forte diminution d’effectifs dans les grands établissements industriels qui représentaient plus du tiers des effectifs dans les années 1960). Comparée à l’augmentation de la population active, l’augmentation des emplois offerts par l’industrie proprement dite est très insuffisante, ce qui a fait parler de « sous-développement industriel » (carte 2). En 2000, le poids relatif de l’emploi industriel est de plus de 5 points inférieur à la moyenne nationale. Des mouvements de sens contraire expliquent la relative stagnation de l’emploi industriel. Les industries nées au XIXe siècle (dites traditionnelles) ont connu de fortes réductions d’effectifs : les industries agroalimentaires, à cause des fermetures d’établissements et des concentrations d’entreprises ; la construction et la réparation navales, en raison de la diminution des frets des transports maritimes et du désarmement de nombreux navires pétroliers ; les industries du bois et du cuir, les textiles, les industries mécaniques, à structure de petites entreprises, à cause de regroupements ou de faillites. En revanche, des branches dites « modernes », conquérantes sur les marchés, ont connu, jusqu’au milieu des années 1970, des créations d’emplois assez nombreuses. Elles ont été l’œuvre d’établissements de grande taille, appartenant à des sociétés internationales (industries aéronautiques, pétrole, chimie, plastiques, sidérurgie, métaux non ferreux). Depuis 1975, l’industrie subit une contraction de grande ampleur de ses effectifs, non seulement dans les petites et moyennes entreprises des industries traditionnelles mais également dans les grands établissements où l’introduction des nouvelles technologies de production (robotique, intelligence artificielle, informatique) a conduit à des diminutions d’effectifs dans une conjoncture de concurrence internationale. Entre 1975 et 2000, les usines des grandes sociétés du raffinage, de la pétrochimie, de la sidérurgie, de l’aluminium, de la métallurgie lourde ont perdu plus de la moitié de leurs salariés. La contraction des effectifs frappe, en troisième lieu, le secteur du bâtiment et des travaux publics (de près de moitié entre 1970 et 2000) ; la cause en est l’achèvement des grands travaux publics et la fin des mises en chantier des grands collectifs de logements. Depuis les années 1980, la région tente une reconversion industrielle dans les secteurs plus modernes de la nouvelle économie, fondée sur les technologies de pointe (industries de l’électronique, de l’informatique, de la robotique ; des biotechnologies ; des industries sous-marines). La recherche-développement joue désormais un rôle fondamental dans l’économie régionale. La région compte plus de dix mille chercheurs en 2000, soit 7,5% du total national dans la recherche publique. Pour la recherche privée, les effectifs atteignent 8 500 personnes, soit 5% de l’effectif national. Cette dernière est le fait soit d’entreprises de recherche spécialisées dans certains domaines (telle la Comex à Marseille dans l’océanographie), soit de départements autonomes créés par les grandes sociétés industrielles. Le Centre d’études nucléaires de Cadarache (dépendant du C.E.A.) est de loin le centre de recherches le plus important de la région dans le domaine des applications de l’énergie nucléaire.

Les parcs d’activités industrielles et les technopôles de Marseille, Aix-en-Provence, Nice, Toulon, Avignon, ont vu s’implanter, depuis les années 1970, des entreprises utilisant les technologies nouvelles ou fabriquant des produits innovants : Sophia-Antipolis près de Nice ; Var-Technopôle à Toulon, Marseille-Provence Technopôle (sites de Château-Gombert et de Luminy) ; Aix 2000 ; Avignon-Montfavet (Agroparc) ; Manosque-Cadarache ; Micropolis à Gap. Le secteur tertiaire est aujourd’hui en plein expansion en région P.A.C.A. : 80% des personnes actives exercent un métier tertiaire en 2000.

Toutefois, comparée à la moyenne française, la région a davantage d’emplois dans les transports, les commerces, les entreprises de loisirs, les services de santé, les professions libérales. C’est sans doute l’effet de l’importance prise depuis longtemps par les échanges, le tourisme et l’accueil de retraités, les loisirs et le développement des résidences secondaires. C’est également une conséquence de la forte croissance urbaine et du développement de la vie de relations (flux interurbains intenses), le taux d’urbanisation dépassant 80%.

Les activités liées aux échanges et aux transports ont été multipliées par deux depuis 1975 dans les villes du littoral et de la vallée du Rhône. Partout, l’encadrement social et administratif s’est fortement accru, sous l’effet de l’augmentation de la population : développement des services destinés aux familles et aux entreprises (augmentation du nombre des fonctionnaires de l’État et des collectivités territoriales, qui représentent le tiers des actifs du tertiaire). Le dynamisme des activités de formation et de recherche universitaire est remarquable (pôles universitaires de Nice, de Marseille, de Toulon, d’Aix-en-Provence, d’Avignon, de Gap et de Digne, d’Arles). Enfin la diffusion de la fonction d’accueil touristique est générale dans toutes les communes de la région.

Le tertiaire est aussi un secteur refuge pour ceux qui ne trouvent pas de travail dans l’agriculture ou l’industrie. Or les taux de chômage atteignaient près de 15% en Provence-Alpes-Côte-d’Azur dans la décennie 1990-2000. Les villes concentrent les quatre cinquièmes des emplois tertiaires. Ceux-ci occupent toujours plus des deux tiers des actifs urbains, et jusqu’à 80% dans les grandes villes (Aix, Avignon, Marseille, Nice, Toulon).

5. La première région de tourisme estival

Le tourisme est une activité majeure de la région, qui arrive très largement en tête des régions françaises en été. La fréquentation touristique s’élève à près de 250 millions de nuitées par an dont près de 80% sont dénombrées en été. Plusieurs types de vacanciers se côtoient dans les villes et villages : les touristes venus de l’étranger (U.E. et États-Unis) représentent environ 50% de la fréquentation des hôtels ; les vacanciers venus des régions françaises les plus urbanisées forment les gros bataillons de touristes, un quart vient de l’Île-de-France, un autre quart de Rhône-Alpes, le reste des régions de l’Est et du Nord. En été, les départements littoraux concentrent les trois quarts des nuitées touristiques. En hiver, la fréquentation touristique est plus modeste. Les Alpes du Sud sont à la deuxième place parmi les régions françaises pour les séjours de sports d’hiver, très loin cependant derrière les Alpes du Nord. On relève douze millions de nuitées pour le périmètre à neige des Alpes du Sud, pour des séjours plus courts qu’en été. Dans ce total, la place des résidents de la région est très forte. La Côte d’Azur est la première région française d’accueil en hiver, en hôtels et en résidences secondaires. Les étrangers y représentent le tiers de la clientèle.

Le tourisme est à l’origine d’importants transferts de revenus. On évalue à plus d’1 milliard d’euros par an la dépense touristique : 50% correspondent à des séjours d’été, 20% à des séjours d’hiver (dont 10% pour les séjours de neige). Le quart provient de la consommation étrangère (les étrangers résident beaucoup à l’hôtel, alors que les Français sont hébergés plus fréquemment en résidences secondaires, ou chez des parents). Les activités de tourisme et de loisirs concernent toutes les communes de la région ; les collectivités locales ont multiplié les installations de sport et de loisirs (carte 3). Les diverses formes d’hébergement et les résidences secondaires attirent une population de vacanciers, qui souvent double, voire triple, le nombre d’habitants dans de très nombreuses communes rurales du haut et moyen pays. La capacité d’accueil touristique du haut pays montagnard a été multipliée par trois depuis 1975. Elle représente environ le quart du total régional des lits touristiques en 2000. Deux grandes formes de villégiature et de tourisme coexistent : celles de l’été, plus diffuse et plus populaire ; celle de l’hiver, concentrée en « stations » de sports de neige, fréquentées par les vacanciers plus aisés. Depuis les années 1960, de grandes stations intégrées ont été édifiées dans les zones d’alpage les mieux enneigées, au-dessus de 1 500 mètres (Super-Dévoluy, Montgenèvre, Serre-Chevalier, Vars, Auron, Isola 2000). Des stations-villages sont apparues dans les années 1980. Le département des Hautes-Alpes est celui qui accueille le plus de touristes par habitant (près de trois touristes pour un habitant permanent). En moyenne montagne, plus sèche, la construction de gîtes ruraux dans de vieilles bâtisses restaurées et l’aménagement de terrains de campings à la ferme procurent des emplois de complément aux agriculteurs (pluri-activité).

Toutefois, plus des deux tiers des possibilités d’accueil touristiques sont concentrés sur une bande littorale d’une trentaine de kilomètres de large. Le Var est aujourd’hui le département le plus touristique de la région (75 millions de nuitées contre 60 millions pour les Alpes-Maritimes en 2000). La diffusion des résidences secondaires (le record est pour le Var et les Alpes-Maritimes, 150 000 environ pour chaque département), le développement exceptionnel des campings depuis les années 1980 (sans doute parce que les prix du foncier étaient plus bas que dans le département des Alpes-Maritimes) expliquent l’essor des activités de loisirs et de tourisme dans ce département. Par ailleurs, devant le succès de la navigation de plaisance, les communes du littoral ont multiplié les ports de plaisance spécialisés : on compte près de cent cinquante ports aménagés par les communes ou concédés. Les régions littorales sont également des lieux de tourisme hivernal : tourisme d’affaires (Monaco, Nice, Cannes, Marseille) ; tourisme de résidences secondaires (Côte d’Azur de Menton à Cassis).

Le tourisme de festivals (Avignon, Vaison-la-Romaine, Orange, Aix-en-Provence, Marseille, Nice, Cannes) a pris également beaucoup d’essor. La fréquentation touristique des sites patrimoniaux ruraux et urbains, des musées d’art, d’archéologie, de traditions populaires a fortement augmenté depuis les années 1980. La culture sous-tend désormais le tourisme dans les villes.

La région était, hier, repliée sur elle-même, dans un cadre agricole et rural, devenu mythique à la fin du XXe siècle (le blé, l’olivier, la vigne, les moutons, les restanques, la garrigue, la forêt de chênes, les villages groupés), excepté les régions portuaires (Marseille surtout) dont le trafic de marchandises et de passagers était tourné vers l’Afrique du Nord, l’Afrique et l’Orient. La région était ainsi coupée de l’Europe du Nord et de la mer. Aujourd’hui, la région est bien reliée à l’Europe par des axes majeurs de circulation (autoroutes A7 et A8, T.G.V. Méditerranée depuis juin 2001), par des ports actifs (Marseille-Fos, Nice, Toulon) et des aéroports internationaux (Nice, Marseille-Provence). Par ailleurs, la région de Provence-Alpes-Côte d’Azur veut s’inscrire au cœur d’une Europe méditerranéenne en développement, qui équilibrerait la prééminence de la « mégalopole » de l’Europe du Nord-Ouest. En témoigne le projet Euroméditerranée, pôle d’études et d’affaires à rayonnement méditerranéen, en voie de réalisation à Marseille, aux financements croisés (État et collectivités locales). La réussite de cette stratégie volontariste, fondée sur les relations commerciales et les rencontres culturelles, dépend beaucoup de l’apaisement des conflits au sud ; et des capacités de renouveau culturel, social, et économique des États, non européens, du monde méditerranéen.

Lucien TIRONE

Bibliographie indicative

R. BERTRAND, C. BROMBERGER, J.-P. FERRIER et al., Provence, C. Bonneton (coll. Encyclopédies régionales), Paris, 1989 A. COMPAN, G. CROUÉ, A. DAUPHINÉ et al., Alpes-Maritimes, C. Bonneton, Paris, 1993 R. DUCHENE, Histoire de Provence-Alpes-Côte d’Azur, naissance d’une région (1945-1985), Fayard, Paris, 1986 I.N.S.E.E., Provence-Alpes-Côte d’Azur, Données économiques et sociales, 2002 Provence et Côte d’Azur, Hachette (Guides bleus), Paris, 2000 É. TEMIME, Voyages en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Gallimard, Paris, 1997 L. TIRONE dir., Provence-Alpes-Côte d’Azur, le territoire régional, Éditions Université de Provence, 1993.


I

II/ LA CORSE

voir le site documentaire Magnard

Située à près de 200 km au sud-est de Nice, l’île de Corse délimite, avec l’Italie péninsulaire, la Sicile et la Sardaigne - dont elle n’est séparée que par une dizaine de kilomètres aux bouches de Bonifacio -, la mer Tyrrhénienne, partie de la Méditerranée occidentale.

Ainsi placée au carrefour des voies maritimes, de l’Italie à l’Espagne, de la Gaule à l’Afrique, elle connut une histoire particulièrement tragique. Des Carthaginois aux Lombards et aux Maures, des Romains aux Aragonais et aux Génois, les peuples du Bassin méditerranéen se sont succédé sur son sol. Cependant, aucun ne semble avoir eu une influence prépondérante. L’île témoigne encore d’un fort particularisme qui, bien qu’étant source de richesses, constitue un obstacle sérieux à toute mise en valeur, à tout développement économique, alors que celui-ci se trouve déjà compromis par l’insularité et le puissant relief qui font de cette région française d’une superficie de 8 722 km2 une montagne dans la mer. L’histoire récente ajoute à ces difficultés. Alors que l’intérieur de l’île dépérit, le développement qui change le visage du littoral et des plaines a la fragilité des greffes. Qu’il s’agisse de démographie, d’économie, de vie politique, l’ensemble insulaire subit le traumatisme d’une évolution venue de l’extérieur. Il y réagit aux extrêmes, alors que, du même mouvement, la sensibilité corse croît en fonction de la conscience d’une déperdition : c’est en termes d’identité que l’avenir de l’île pourrait se dessiner.

Gilbert GIANNONI

1. Une montagne dans la mer

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La terre À part de faibles superficies de terres qui se trouvent à l’embouchure des fleuves, seule la côte orientale présente des espaces suffisamment plans pour qu’on puisse parler de plaine. Pour le reste, il s’agit de deux systèmes montagneux orientés du nord au sud et séparés par une dépression appelée « sillon de Corte ». Le système occidental est le plus important par son altitude (monte Cinto, 2 710 m ; monte Rotondo, 2 625 m ; monte d’Oro, 2 391 m ; Incudine, 2 195 m) et son étendue. D’une crête centrale, ne s’abaissant jamais au-dessous de 1 000 m, des torrents de direction nord-est - sud-ouest descendent vers la Méditerranée occidentale (Gravone, Taravo, etc.). Ces torrents ont creusé de profondes vallées limitées par des crêtes aiguës. Les roches essentiellement cristallines sont assez variées pour laisser place à des paysages contrastés : aux lourdes croupes et aux bassins granitiques s’opposent les pics et les gorges granulitiques. La présence de barres de roches dures dans les sections moyennes des vallées isole des bassins perchés, comme celui de Bastelica. Les rares plaines de la côte occidentale sont taillées dans les granites tendres (Calvi, Ajaccio). La crête centrale descend brusquement vers l’est (balcon de l’Ospedale), sauf au nord où les torrents tyrrhéniens ont réussi à la reporter très à l’ouest. Le principal d’entre eux, le Golo, a ainsi isolé le plus parfait des bassins montagnards : le Niolo, séparé du sillon de Corte par les gorges de la Scala de Santa Regina. Ce sillon lui-même est en fait composé de segments discontinus séparés par des cols assez élevés (San Colombano, 692 m). Au nord-est, le second système montagneux, moins élevé que le précédent (monte San Petrone, 1 766 m), est formé de deux masses bien distinctes : la « Castagniccia » et le Cap d’une part, la chaîne de Tenda et le désert des Agriates d’autre part. La première est faite uniquement de schistes tendres quelquefois renforcés de roches volcaniques (roches vertes). Il en résulte un monde de crêtes encore plus aiguës que dans la région granitique de l’ouest. La seconde est entièrement granitique et rappelle ainsi les paysages occidentaux.

L’importance du volume montagneux est le résultat du soulèvement récent et quasi continu de l’île. Mais la violence de l’érosion torrentielle est telle que les hautes surfaces tertiaires ont été fortement défoncées, sauf quand les torrents ont eu affaire à des barres de roches dures. Quelques plateaux subsistent alors (plateau d’Ese, Bosco del Coscione). Les altitudes sont maintenant insuffisantes pour qu’on ait actuellement des glaciers. Mais ceux du Quaternaire ont laissé des traces sous forme de lacs (Melo), de pics aigus et d’auges glaciaires (Golo).

L’écran de cet important relief en Méditerranée fait que l’île est copieusement arrosée, surtout en hiver. Il tombe plus d’un mètre d’eau par an sur les montagnes, et seules les plaines en reçoivent moins de 500 mm. La neige joue un certain rôle dans ces précipitations, et il n’est pas rare que les principaux cols soient encore fermés au mois de mai. En revanche, les températures restent déterminées par la latitude : les moyennes de janvier en plaine dépassent 8 0C et celles de juillet 20 0C. Pourtant, le thermomètre monte rarement au-dessus de 40 0C. Il reste que les golfes souffrent en été d’une chaleur humide qui rappelle les tropiques.

Si l’on ajoute que les côtes manquent de bons abris naturels, on aura une idée des conditions physiques que les hommes ont rencontrées.

Les hommes Quels éléments constituèrent la population d’origine de la Corse ? Ibères et Ligures, selon les historiens de l’Antiquité ; infiltrations protoceltiques, peut-être africaines d’après des investigations plus récentes. Quoi qu’il en soit, les habitants, dès la préhistoire, proviennent déjà de vieux brassages, auxquels se sont ajoutés de nombreux apports depuis vingt-cinq siècles. Pourtant, ce melting-pot coexiste, pour les insulaires, avec l’affirmation d’une forte personnalité ainsi qu’avec le sentiment profond d’appartenir à un groupe particulier.

C’est le résultat de l’action conjuguée de la nature et de l’histoire. Jusqu’au début du XXe siècle, les Corses ont été concentrés en altitude, sur les coteaux et en montagne (entre 400 et 900 m), où s’étaient perchés les villages, à cause de l’insécurité des rivages, ouverts aux menaces venues de la mer et aux pénétrations étrangères (Grecs, Romains, Génois...). Comme la Sardaigne proche, l’île a abrité des terriens, paysans et bergers, car, le Cap Corse mis à part, la vie maritime et commerciale n’a pu s’épanouir sur le littoral où les villes, Bastia, Ajaccio, Calvi, sont restées, du Moyen Âge aux Temps modernes, des forteresses créées par les Génois pour veiller sur une colonie rétive.

Aussi la Corse est-elle demeurée une terre pauvre, dépourvue de prospère cité marchande. Dans un milieu difficile, les habitants ne pouvaient survivre qu’en associant, par le biais des transhumances qui étaient autant agricoles que pastorales, les ressources du haut et du bas pays : seigle, châtaignes, porcs, pâturages d’été pour brebis, chèvres même bovins en haut, blé, olives donc huile, un peu de vin, pâturages d’hiver à la « plage », c’est-à-dire en bas, sur les basses pentes et dans les plaines. Les révolutions agricole et industrielle du XIXe siècle n’ont guère corrigé le schéma des temps d’autarcie ; peu de mines et, malgré d’éphémères hauts-fourneaux, des industries fugitives, appuyées sur le bois, le liège, les peaux. Seules ont résisté quelques industries alimentaires.

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Ces conditions expliquent que la Corse ait toujours été la moins peuplée des grandes îles méditerranéennes : 150 000 habitants en 1796, 273 000 en 1881 - époque probable du maximum. Il est vrai que pauvreté, insécurité, violence des mœurs encouragèrent une émigration ancienne, d’abord vers les terres proches, italiennes et provençales, mais aussi beaucoup plus lointaine : les Cap-Corsins vers l’Amérique, surtout les Caraïbes, l’ensemble des Corses, après 1850, vers l’empire colonial et l’Hexagone. La Première Guerre mondiale, en provoquant des pertes sévères, a ruiné les anciens équilibres et entraîné l’émigration massive. La population a diminué de 40%, puisque le nombre des habitants était tombé à 160 000 en 1960.

Cette ponction n’a pas été compensée par l’immigration, pourtant précoce et continue. La venue des Italiens a toujours existé : colonies génoises au Moyen Âge, « Lucquois » pour les gros travaux au XIXe siècle, Sardes, Siciliens et Calabrais après 1945. Les Français du continent, les pinzuti, fonctionnaires, militaires et gendarmes, n’ont jamais été nombreux. Le dépeuplement a figé la répartition des habitants dans les villages perchés. D’où l’importance que revêt, aux yeux de beaucoup, la Corse de l’intérieur et l’attachement viscéral aux villages pour ceux qui en sont originaires. Jusqu’en 1960, les rivages étaient presque déserts, les villes littorales médiocres, insuffisamment animées pour fixer l’exode rural, même Bastia et Ajaccio, si bien que les citadins sont restés minoritaires. C’est le dernier demi-siècle qui a bouleversé la situation et effacé la répartition inversée de la population en privilégiant les positions côtières.

André RONDEAU Janine RENUCCI

2. Les bouleversements du dernier demi-siècle

Une population accrue Après un siècle de dépérissement, l’évolution régressive s’est inversée pour la Corse au cours de la décennie 1950-1960. L’impulsion est venue du dehors. Pourquoi et avec quels effets ? 176 000 habitants en 1962, 260 000 en 1999 : le gain de 84 000 habitants témoigne de l’arrêt du dépeuplement. L’arrivée de 17 500 rapatriés d’Afrique du Nord, entre 1957 et 1963, en a été la cause initiale. Plus de la moitié d’entre eux s’est installée à Ajaccio et Bastia ; cinq cents familles se sont dispersées dans les campagnes littorales, surtout autour d’Aléria et de Ghisonaccia. Cette immigration a entraîné la croissance, mais les rapatriés n’ont constitué qu’une fraction minoritaire par rapport aux entrées de main-d’œuvre étrangère jusqu’en 1975. Ensuite, les arrivées du continent l’ont emporté sur le flux étranger, majoritairement maghrébin.

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D’ailleurs, l’excédent naturel étant presque nul (la natalité en 1999 est de 10,5‰ et la mortalité de 10‰), les progrès reposent sur l’excédent migratoire et diminuent depuis trente ans. Ils ont gonflé les groupes d’adultes sans supprimer le vieillissement, fruit de l’exode, et sans accroître le capital jeunesse qui reste déficient : pour la première fois, en 1990, les moins de vingt ans (23,1% de la population) sont devenus moins nombreux que les plus de soixante ans (23,4%). Mais les taux d’activité se sont améliorés, la population active passant de 29,2% en 1962 à 40% en 1990, l’activité féminine de 11% à 35,3%.

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L’accroissement de la population n’a pas été également bénéfique pour l’ensemble de l’île. Les grandes gagnantes sont les villes, puisqu’elles ont attiré l’essentiel des gains, doublant leur importance en réunissant aujourd’hui 60% de la population. L’expansion a transfiguré Ajaccio et Bastia , deux villes moyennes très vivantes, avec respectivement 52 880 et 54 075 habitants ; elle a accusé le contraste entre les vieux ports-forteresses, associés aux centres-villes, et les nouveaux quartiers dont la croissance impétueuse a créé des unités satellites et occupé les pentes. Parmi les petites villes, Porto-Vecchio a connu une explosion brutale : avec un centre modernisé et une marine aménagée, elle vient de dépasser 10 000 habitants. Deux autres seulement ont franchi le seuil des 5 000 habitants : Corte , grâce à sa position centrale sur l’axe Ajaccio-Bastia et à son université, et Calvi, animée par sa fréquentation touristique.

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En revanche, l’intérieur montagnard offre le spectacle des régions hautes qui se sont vidées progressivement. Depuis la fin du XIXe siècle, la désertification a emporté plus des trois quarts des habitants en Castagniccia, dans le Niolo, près des deux tiers dans l’Alta Rocca, le Taravo, la Balagne, le Cap Corse. Sous l’effet des départs, du vieillissement et de la dénatalité, beaucoup de villages sont devenus squelettiques. Ils ne revivent que l’été, au moment des vacances, de plus en plus réduits au rôle de résidences saisonnières.

Ainsi, moins de 50 000 personnes peuplent maintenant les coteaux et la montagne. La population se concentre dans les villes littorales, le long de la façade orientale, et sur les axes de communication. C’est une nouvelle géographie de la Corse vivante qui s’est établie.

Des tentatives de rénovation et un bilan économique décevant

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La prise de conscience des disparités régionales a valu à la Corse, qui avait le niveau de vie le plus bas de la métropole, d’être intégrée à l’aménagement du territoire avec un Plan d’action régionale particulier en 1957. Le tourisme, activité clé, devait régénérer toute l’économie. Un aménagement agro-sylvo-pastoral visait à transformer les plaines incultes en riches terroirs irrigués. La Société pour la mise en valeur agricole de la Corse (Somivac) et la Société pour l’équipement touristique de la Corse (Setco), sociétés d’économie mixte, furent créées. Si la seconde eut un rôle réduit, la première entreprit, durant vingt ans, une mission de colonisation rurale sur quatre périmètres de défrichement, installant une partie des rapatriés, soutenant un faisceau d’initiatives privées, construisant un réseau d’irrigation. Les résultats furent importants : 30 000 hectares conquis sur le maquis, une centaine d’exploitations nouvelles, un verger d’agrumes, un vignoble envahissant bien qu’imprévu, une agriculture sophistiquée appuyée sur un mouvement associatif multiforme. Que reste-t-il de cet embrasement ?

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Le repli est grave depuis le début des années 1980 : beaucoup d’exploitations ont disparu, les primes à l’arrachage ont emporté les trois quarts du vignoble. Le verger de clémentiniers se maintient et la production de vin, moins de 400 000 hectolitres par an, recherche maintenant la qualité. Si la surface plantée en kiwis et pêchers a diminué, amandiers, noisetiers et oliviers sont plus prometteurs. L’élevage survit : traditionnel pour les bovins et les porcs dans l’intérieur, plus évolué pour les chèvres et les brebis car les bergers fabriquent du fromage fermier depuis le repli des sociétés de Roquefort à partir des années 1980. Mais 3% seulement du sol sont cultivés, 25% utilisés ; 10 000 hectares sont retournés à la friche en plaine orientale. La situation des agriculteurs, écrasés par le poids des prêts non remboursés, est inquiétante. La conversion au tourisme de masse a été plus aisée. De 25 000 lits en 1960, la capacité d’accueil est passée à 420 000 lits (127 000 en hébergement professionnel, 300 000 en résidences secondaires). Les initiatives privées ont donné l’impulsion : clubs de vacances, grande finance pour les grosses opérations immobilières, tourisme social, et un ensemble d’initiatives locales pour les hôtels, campings et restaurants. Pourtant, l’essor de la fréquentation a subi arrêts et reculs, en 1993-1996 par exemple. Elle s’est redressée depuis lors, franchissant en 1999 le cap des 2 millions de touristes (dont 30% d’étrangers), dopée par les facilités de transport, l’apparition des navires à grande vitesse et la multiplication des lignes maritimes italiennes.

C’est la preuve que l’île reste dépendante de son économie de services. Les faiblesses industrielles, si souvent dénoncées, persistent ; le bâtiment, qui faisait la force du secteur secondaire, a peine à sortir d’une longue crise. Le tertiaire-refuge garde sa toute puissance (81,5% des emplois salariés), surtout le tertiaire public, qui procure plus du quart de la richesse de l’île, et les services marchands où le secteur hôtels-cafés-restaurants compte autant que l’industrie dans la T.V.A. Il y a quelques éléments encourageants : les succès de l’aquaculture, les espoirs reposant sur l’énergie éolienne.

Le Rapport au gouvernement de 1998 révèle la fragilité d’une économie déséquilibrée et « des dépenses publiques abondantes qui n’ont pas les effets escomptés ». Car la Corse coûte cher à l’État : aides et avantages divers sont évalués à 3 milliards de francs de dépenses de solidarité. S’y ajoute le plus fort ratio par habitant de dépense communautaire en France. C’est une région « sous perfusion », très vulnérable bien que les habitants aient bénéficié d’une hausse notable de leur niveau de vie : même si tous les décalages ne sont pas comblés, elle est la plus aisée des régions pauvres de l’Europe, associant une production de pays pauvre à une consommation de pays riche.

Les tumultes des mouvements revendicatifs Si la Corse n’a pas l’exclusivité du nationalisme provincial, elle est celle pour qui la montée des revendications s’enracine dans la période charnière 1955-1965. Il y a eu cependant des précédents et un Parti corse autonomiste en 1927. Mais c’est la révélation du délabrement insulaire et le démarrage du changement avec l’intrusion brutale de la modernité qui ont engendré la contestation. Née d’une réaction défensive devant les difficultés économiques, s’appuyant d’abord sur les handicaps de l’insularité, elle prend peu à peu une dimension politique, multipliant ses objectifs et ses moyens d’action, entraînée à un perpétuel dépassement, malgré les résultats obtenus. Le Front régionaliste corse est créé en 1966, l’Action régionaliste corse (frères Siméoni) en 1967 ; les attentats ont commencé en 1965, dirigés contre la Somivac, perçue comme un symbole du colonialisme. La reconnaissance de la personnalité insulaire, avec un statut particulier, devient vite un but essentiel et, malgré la création de la Région de programme (1970), la notion d’autonomie s’affirme dès 1973. La violence s’intensifie, jusqu’à la sanglante affaire d’Aléria en août 1975 (où deux gendarmes sont tués), provoquée par l’occupation de la cave Depeille par Edmond Siméoni et quelques partisans de l’A.R.C., en guise de protestation contre les fraudes des grands viticulteurs pieds-noirs, entachant la réputation des vins corses. Malgré l’échec de cette opération, les gains se succèdent : création de deux départements distincts (1975), de l’université de Corte, et, grâce à une Charte de développement, mise en œuvre de la continuité territoriale (1976) assurée par la Société nationale Corse-Méditerranée, service public qui abaisse les tarifs de transport Corse-continent. De la prolifération des groupes contestataires surgissent le Front de libération nationale de la Corse en 1976 et l’Union du peuple corse des frères Siméoni en 1977 (qui remplace l’A.R.C. dissoute en 1975), hostile à la violence du F.L.N.C. Le gouvernement socialiste, en proposant un statut particulier pour l’île, dotant celle-ci en 1982 d’une Assemblée régionale de 61 membres, élus au suffrage universel, suscite la première expérience française de décentralisation. Les élections à l’Assemblée de Corse, depuis 1982, introduisent légalement les nationalistes dans la vie politique. Le statut Joxe de 1991 accorde des prérogatives nouvelles. Mais les attentats ne cessent pas, les factions se multiplient, entraînant une guerre fratricide entre chefs, déclenchant « la spirale criminelle » qui aboutit à l’assassinat du préfet Érignac en février 1998, abattu comme un symbole de l’État.

Après quarante ans de rébellion, autonomistes et indépendantistes, peu attractifs au début, ont accru leur influence, malgré leurs divisions. Les thèmes de la propagande sont mobilisateurs pour les Corses : l’attachement au pays, à sa langue, à ses traditions, la défense des intérêts économiques, l’hostilité devant les intrusions extérieures. Cette sympathie n’a pas pour autant entraîné l’approbation du terrorisme ou des dérives affairistes et mafieuses. Des protestations se sont élevées après les faits les plus retentissants. Les scores électoraux ont grossi, atteignant pour la première fois 24,8% des suffrages en 1992, oscillant depuis lors entre 15 et 25%, sans parvenir à la majorité, le corps électoral restant fidèle aux hommes politiques en place. La lassitude s’exprime par des abstentions nombreuses (42,8% en 1999). Une longue réflexion a été engagée en 1999 entre gouvernement et élus (le processus de Matignon) pour sortir de la crise et parvenir à rétablir la paix, l’État de droit, et à assurer un développement économique maîtrisé de l’île. Un nouveau statut qui prévoit le transfert de larges compétences, y compris législatives, à la région a été approuvé à la fin de 2000. Reconnue pour Madère, les Canaries et les Açores, « l’identité spécifique » pourrait-elle apporter, par cette consécration, une solution à l’imbroglio corse ?

Janine RENUCCI

Bibliographie indicative Généralités D. CARRINGTON, La Corse, Arthaud, Paris, 1999 F. ETTORI, R. PECQUEUX-BARBONI, F. POMPONI et al., Corse, Christine Bonneton, Paris, 1992 F. POMPONI dir., Mémorial des Corses, 6 vol., Ajaccio, 1979-1981. Économie, géographie, problèmes d’actualité J.-L. ANDREANI, Comprendre la Corse, Gallimard, Paris, 1999 E. KOLODNY, La Géographie urbaine de la Corse, Sedes, Paris, 1962 J. RENUCCI, Corse traditionnelle et Corse nouvelle, Audin, Lyon, 1974 ; La Corse, coll. Que sais-je, P.U.F., 6e édition, 2001 A. RONDEAU, La Corse, Armand Colin, Paris, 1964 ; Recherches géomorphologiques en Corse, ibid., 1961 P. SIMI, Atlas scolaire de la Corse, C.R.D.P. de Corse, 1992.

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